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                                                                               Quand la flamme vacille!

 
                                                 29 juillet 2002

La 18e saison du concours de feux d’artifice de Montréal, le Mondial SAQ n’a guère brillé par ses exploits pyromusicaux. Marquée par le fiasco américain et les défectuosités techniques des firmes italiennes Soldi et Panzera, la saison ne figurera certes pas au palmarès des grandes réalisations.

Trois firmes parmi les huit invitées ont réussi à se démarquer. Rien de très prometteur pour l’avenir de cet événement prestigieux. Même si Martyne Gagnon, directrice du concours, notait, lors de la clôture, que seuls les meilleurs sont invités à l’événement le plus populaire au Canada. A vrai dire, une saison peu convaincante et qui, en fait, n’a rien apporté de nouveau sous le soleil.

Les dirigeants devront encore se retrousser les manches pour trouver la formule gagnante qui ralliera tout le monde, en invitant en premier les firmes à faire montre de plus d’originalité. A titre de propriétaire de La Ronde, Six Flags devra aussi apporter sa contribution et ne pas laisser tout le poids sur les épaules des organisateurs du concours. Un concours qui rappelons-le, bénéficie quand même d’une généreuse subvention gouvernementale : du commanditaire, la SAQ et de la Société des événements majeurs internationaux du Québec(SEMQ), successeurs de Rothman Benson & Hedges.

D’où sortira l’idée lumineuse qui permettra de raviver la flamme de ce concours international qui semble vaciller, à bout de souffle?

Une année qui nécessitera aussi de sérieuses améliorations au système de mise à feu de l’arsenal pyrotechnique. Ce n’est pas d’aujourd’hui que ce système électrique fait défaut, même si déjà d’importants progrès ont été réalisés. En 1999, les Soldi avaient été confrontés aux même difficultés. Situation qui est restée inchangée cette année pour les feux Soldi et Panzera (clôture)

Pour les firmes qui s’en tiennent à leur propre système informatisé( pyrodigital ou Fire-One), la question ne se pose pas. Mais pour celles qui s’en remettent encore au système manuel, la situation se corse. Peut- on en conclure qu’à l’avenir on s’en tiendra aux seules mises à feu par ordinateur ? Il reste encore chez les artificiers espagnols, italiens, belges, autrichiens et allemands, bien des irréductibles qui tiennent mordicus à tirer des feux live.

En revanche, il serait difficile d’en demander plus aux magiciens de la poudre. A moins qu’un brillant chimiste découvre une idée géniale voire révolutionnaire. Ce n’est pas pour demain, compte tenu des coûts considérables qu’entraîne la recherche de nouveaux produits et la sécurité qui s’y rattache. Hélas! Il me semble que seuls les fabricants aux reins solides soient en mesure d’apporter ce renouveau. D’ailleurs, les firmes ont de plus en plus tendance, justement à cause des coûts, à s’approvisionner dans les supermarchés asiatiques plutôt que dans les magasins spécialisés, notamment européens.

Reste la conception des spectacles agencés sur des trames musicales recherchées. C’est à ce niveau que devrait véritablement se manifester le développement.

Evidemment, le choix d’un scénario implique de la part d’un concepteur aguerri une vaste expérience à la fois musicale et pyrotechnique. Il nécessite une longue et méticuleuse mise en oeuvre pour un spectacle de 30 minutes.

De l’ensemble de participants de cette année, La France(Lacroix-Ruggieri) a quand même produit un spectacle complet en élaborant un thème qu’elle a respecté. De son côté, le Japon( Marutamaya Ogatsu) a également présenté un concept intéressant avec Les Quatre saisons sur une musique appropriée. Le Portugal(Groupe Luso Pirotecnia) nous a donné cette touche d’originalité avec une immense couronne et des roues s’ouvrant sur la rive. Quant aux Italiens( Soldi), ils ont joué de leur créativité artisanale avec leurs queues de paons et leurs anneaux doubles rouges. Par une subtile acrobatie ils ont enchaîné par des tableaux remarquables avec leurs bombes sphériques à multi effets s’ouvrant comme des fleurs très hautes dans le ciel. Mais côté musical, rien de très neuf: rock, techno et New âge ; musiqueparfois agaçante. On s’ennuyait de temps plus calmes.

Les autres se sont limités, comme bien souvent, à faire exploser des pièces avec plus ou moins de succès sur leur musique En général, jusqu’à présent on se limite trop souvent, à présenter des feux sur une trame musicale peu travaillée. Espérant convaincre public et jury. On éprouve encore bien des difficultés à se libérer de la facilité.

Evidemment chaque metteur en scène pyromusical, apporte dans ses bagages son propre style avec son choix de musiques et de pièces pyrotechniques. A lui de s’ingénier à les agencer. Il revient finalement au public et au jury de décider s’il aime ou non ce choix, compte tenu de critères préétablis pour cette compétition..

On ne semble pas encore avoir bien compris qu’un spectacle pyromusical doit soulever des émotions chez les spectateurs en les faisant entrer vraiment dans le jeu. Et l’émotion ne vient pas nécessairement des musiques aux cadences saccadées. Il faut permettre au public de reprendre son souffle avec des temps d’accalmie. Un feu ne doit pas ressembler à un défilé de diapositives ou de petits sketches.

Par ailleurs, la décision de Six Flags, apparemment pour une question de budget, d’éliminer le présentateur Michel Lacroix, une fois l’ouverture de la saison faite, a été, à mon avis, une mauvaise décision. Elle dénotait un manque de décorum et de prestige qui doivent faire partie d’un tel événement. Suite au mécontentement, Six Flags a rectifié son tir et décidé le retour de Michel Lacroix pour toute la saison prochaine.. La radio officielle des feux a bien tenté de prendre la relève avec des talents québécois, mais avec un résultat plus que mitigé. On sombrait manifestement dans la plogue.

D’ailleurs, l’arrivée des Américains de Six Flags, qui a permis de revamper le parc d’attraction, -ne semble pas avoir donné un nouvel élan au concours lui-même. En tout cas, ils ne donnent pas l’impression que pour eux ce concours international est important.

On ne peut d'ailleurs pas se fier sur le record d’affluence pour les seuls feux d’artifice puisqu’il est toujours impossible de savoir si au cours de la saison cette affluence s’est accrue ou non. On insiste sur le fait que rien n’oblige cette société privée à divulguer ses données. Si l'on s’en tient à la version officielle, les feux à La Ronde auraient accueilli 200 000 amateurs, soit 50 000 de moins que l’an dernier (avec trois jours de mauvais temps) Cette année, à l’exception des feux du Japon et des Etats-Unis, tirés par mauvais temps, on peut soutenir qu’à voir les foules envahir le site, la saison a été plutôt intéressante en matière de fréquentation. J’éprouve une certaine difficulté à saisir la raison qui pousse Six Flags à ne pas dévoiler ses chiffres.

Une saison qui a été également marquée par la suppression de la salle de presse et la réduction du jury de 25 à 12 membres. Une question de budget?

Si l’on désire maintenir le niveau de prestige de cet événement international et aussi celui d’affluence à ces spectacles il faudra commencer à faire un sérieux examen de conscience. Faudra-t-il sonder les adeptes des feux pour connaître leurs opinions et aussi leurs attentes?