Une saison sans grandes surprises

 

Cette 19e saison du Mondial SAQ n’aura pas été celle de l’originalité et des surprises. Elles se sont vraiment fait attendre chez les huit firmes en compétition Quelques-unes d’entre elles ont quand même fait des efforts louables pour offrir au public un spectacle de qualité.

Certes la venue de cinq nouvelles firmes dont l’Australie, qui n’avait changé que d’identité, entrouvait la porte à la nouveauté, l’originalité et aussi aux audaces. Pourtant ce déclic tant attendu s’est produit que très rarement ou alors s’est fait timidement chez ces artisans de l’éphémère.

 Ces émotions, ces poussées d’adrénaline qui enthousiasment tous ces inconditionnels des feux,, c’est presque de la magie. Certaines démonstrations donnaient même l’impression de ne pas avoir d’âme. Des concepteurs se bornaient à une mise en scène qui se tenait à peine. 

Le regretté Giovanni Panzera n’avait-il pas toujours insisté sur l’esprit inventif et novateur des firmes en compétition si l’on voulait soutenir l’intérêt du public montréalais ? Or, on ne peut pas dire que les compétiteurs sont arrivés à Montréal avec, enfouis dans leurs bagages, le secret d’une découverte artistique et pyromusicale qu’ils voulaient faire partager. Côté originalité, certaines firmes ont tenté d’apporter quelques éléments de leur cru pour donner à leur démonstration une orientation plus étayée, plus sophistiquée par l’emploi approprié des niveaux, en particulier le lac des Dauphins. Un feu réussi n’est-il pas celui qui sait bouger dans tous les sens et mettre en relief une interrelation terre-air ?   

Du point de vue purement pyrotechnique, on a noté un manque parfois flagrant de variations dans les combinaisons pyrotechniques. Dans la plupart des cas, on s’est cantonné dans un choix de pièces communes répétitives : profusion de chandelles, de volcans et de gâteaux, très souvent chinois et surtout fumants. Bien sûr, ces pièces permettent de combler plus facilement des vides et ne nécessitent guère de chorégraphies élaborées. Pour les fabricants de certains de ces produits c’est évidemment la manne. Ils y voient aussi la possibilité de tester leurs produits, de venir commercer et surtout de signer des contrats de vente.

 Il faut toutefois noter la performance des Américains de Atlas PyroVision Productions avec leurs superbes moulins tournoyant en virant du blanc au rouge au centre du lac. Comme celle des Italiens de Parente Fireworks, qui ont su utiliser le lac à bon escient, à la fois par l’insertion d‘un rideau de fontaines argentées et le déploiement de moulins argentés et par leurs bombes nautiques transformant le lac en un étonnant miroir pourpre..

Les Argentins de Cienfuegos pour leur première venue, nous ont entraînés sur Les Contrastes du Sud, un scénario emporté par une bande musicale typique de leur coin de pays dont ces tangos de feu. entraînés par le bandonéon. Un feu avec cette âme à la sensibilité ardente, faisant ressortir toute cette passion qui leur est propre. Pour une première, l’expertise n’était pas tout à fait au point,  la tradition pyromusicale argentine est encore jeune. 

Depuis le temps que les firmes viennent rivaliser à Montréal elles connaissent pertinemment bien l’importance d’une trame musicale bien travaillée avec des pièces variées.

Quant aux Australiens de Explosive Entertainment International, ils l’ont sans doute bien compris ; ils se sont attaqués à un scénario sur un programme musical de Roméo et Juliette  attrayant et bien agencé.

 Royal Pyrotechnie, cette firme québécoise installée à Saint-Pie, représentant le Canada, une firme prometteuse certes et qui pour leur première compétition avait produit un excellent feu. Un feu qui manquait toutefois de profondeur, de diversité et qui n’a pas brillé par sa  trame musicale uniforme ; elle sombrait dans la monotonie. Et pourtant le jury lui a décerné la palme d’or. Allez-y comprendre quelque chose!

 Les Italiens de Parente Fireworks par leur Mélodie de feu avaient misé sur des valeurs sûres côté musical avec de la grande musique qui se mariait bien à leur prestation : Pavarotti, Carmina Burana(Orff) et Vangelis. A ce sujet, on ne peut pas dire qu’ils innovaient tellement. Il n ‘empêche qu’ils ont su bien doser leurs effets sur leur musique, avec finesse et dextérité,  de sorte qu’on se sentait vraiment emporté par la vague.

 De leur côté, les Chinois (Hong Kong) de Pyromagic Productions Ltd ont surtout impressionné par leur puissance, leurs décibels et la fumée. S’ils ont apporté des éléments forts intéressants dans leur feu, il en ressortait aussi un réel manque de cohésion et de crescendo entre les tableaux. Le fait d’opter pour un bouquet final après chaque tableau sombrait dans l’insipidité. L’apothéose, elle,  s’est conclue sur une véritable incohérence.

Les Français de Arc-en-ciel, eux, ont trop insisté sur le côté poétique avec Parfums de femme-Femmes je vous aime. Une tentative narrative bien amenée et bien pensée, mais qui brisait trop souvent le tempo du spectacle, d’autant qu’il n’était pas appuyé par des pièces pyrotechniques. A mon avis, ils manquaient vraiment d’expérience pour une démonstration à Montréal. Peut-être le public de Genève et de Cannes, se retrouve-t-il mieux dans ces spectacles avec narration  intégrée, mais pas tellement celui de Montréal..

Quant aux Portugais de Pirotecnia Minhota LDA, ils n’ont vraiment rien apporté de très  palpitant et encore moins de novateur dans cette compétition. Leur spectacle Moments magiques a manqué d’imagination dans sa conception et sa trame musicale, qu’on aurait espéré plus peaufinées. Un exemple de spectacle qui, malheureusement, n’avait ni la préparation ni  l’étoffe voulues pour ce concours.

De tous les compétiteurs, ce sont les Anglais de Kimbolton Fireworks Ltd, derniers en lice, qui ont été les plus malchanceux. Ils ont dû composer avec les bourrasques et la pluie. Résultat : une démonstration retardée de 30 minutes,  suscitant  même un sérieux handicap.

Une constatation s’impose. Certaines firmes arrivent à Montréal avec un spectacle qu’ils ont déjà testé ailleurs ; il leur suffisait d’apporter les corrections voulues. En d’autres mots, un feu qui n’a rien d’unique pour Montréal. Or, à Montréal on incite toujours les concepteurs à produire un programme exclusif. Pas du réchauffé.

Bien sûr, après tant d’années la pyrotechnie s’est mise à l’heure de la technologie ouvrant la porte à toutes les possibilités. Pour les firmes et les concepteurs de feux, conserver un haut niveau de qualité artistique tient parfois du miracle. Certaines firmes s’y appliquent par une recherche soutenue, d’autres moins Et Dieu sait. elles ne sont pas légion celles qui peuvent se le permettre et mettre à profit leurs nouvelles expériences. Pour que ce concours maintienne son niveau de prestige il importe de sélectionner les nouvelles firmes en fonction de leur  compétence acquise et surtout de leur audace. L’audace n’est-elle pas devenue aujourd’hui l’élément moteur d’un pyromusical ? Les concepteurs doivent indubitablement s’en inspirer pour se dépasser et briller parmi les meilleurs Une compétition internationale comme celle de Montréal ne survivra que si elle  s’oriente dans cette voie.

En définitive une saison dont la seule grande surprise aura été le cadeau du Jupiter d’or à la firme canadienne Royal Pyrotechnie. Un choix du jury populaire qui a réellement stupéfait plusieurs amateurs connaisseurs dont le soussigné. N’en déplaise aux autres!

Espérons que l’an prochain, pour le 20e anniversaire, les concurrents retenus redoubleront d’efforts pour offrir au public montréalais des spectacles raffinés qui sauront encore et toujours faire vibrer les cordes sensibles.