Une vingtième année faste
Le 20e anniversaire de la compétition internationale des feux d’artifice de Montréal, La Coupe du monde SAQ aura permis aux amateurs de redécouvrir tout le talent et l’originalité des grands magiciens de l’art pyromusical.
Une année faste à tous les niveaux : compétiteurs de haut calibre qui n’ont dû affronter ni vents ni pluie durant leur présentation, profitant ainsi d’une saison exceptionnelle côté temps.
Evidemment, compte tenu de ce concert de compétiteurs, la tâche du jury cette année était particulièrement ardue. Choisir une seule firme parmi les grands de la pyrotechnie n’était pas de tout repos
Mme Martyne Gagnon ,directrice de cet événement annuel, a parlé de cette Édition spéciale 20e anniversaire comme une saison de prestige dans le domaine pyromusical. La Coupe du monde SAQ s’est sans contredit imposée comme le plus grand cru pyrotechnique jamais réuni dans une seule et même compétition, a-t-elle insisté.. Les firmes se sont toutes imposée comme des figures de proue dans l’industrie en participant au championnat de la crème de la crème pyrotechnique
Dans l’ensemble, chacun des huit concurrents a apporté une nouvelle dimension à ce huitième art qu’est devenu l’art pyromusical. Même s’il reste toujours possible de repousser les limites dans ce domaine. Il faut, bien sûr, y mettre les efforts.
En début de programme, dans une pré-ouverture de cinq minutes, Paul Csukassy, responsable de l’équipe pyrotechnique de La Ronde, avait agencé avec un soin jaloux les pièces pyrotechniques qui ne supplantaient pas la puissante voix de notre Ginette Reno nationale, vedette de la soirée, ’accompagnaient plutôt en duo. Mini-spectacle fort réussi, En seconde partie, la firme canadienne Ampleman, hors-concours, a innové par son audace en incorporant des acrobates du Cirque Orange s’exécutant avec des pièces pyrotechniques.
Bien sûr pour cette joute épique des meilleurs du monde, chacune des firmes s’était avantageusement armée, jouant sur leurs spécialités, tentant de démontrer leur grand savoir-faire, leur originalité. Et leur réputation.
Le regretté Giovanni Panzera me disait toujours qu’il fallait penser à de nouvelles expériences et aussi provoquer les fabricants. Ce sera sans doute le défi qui devra animer les organisateurs de cette compétition après cette année fastueuse. Peut-on affirmer que cette compétition aura été un prélude pour les prochaines années?
Il n’empêche que du côté musical les concepteurs se sont une fois de plus retranchés dans les mêmes musiques en dépit du vaste répertoire musical disponible.
Seule la firme allemande Weco Feuerwerk a joué d’audace tout en investissant davantage de ce côté. , C’était tout de même l’exception Lui seul. Georg Alef en avait pris le risque en dépit du coût onéreux que cela impliquait. Bien sûr on ne peut pas demander à un concepteur pyromusical d’amener son orchestre comme l’a fait l’Allemand. Pour celui qu’il appelait son dernier feu d’une telle envergure Georg Alef l’avait accompagné en direct d’un orchestre classique de 40 jeunes musiciens de la Junge Sinfonie Köln, dirigée par le maestro Günter Hassy. Qui plus est, pour cette contribution exceptionnelle, le maestro avait composé tout spécialement pour Montréal une Ouverture canadienne d’une grande beauté. Une première dans les annales de ce concours à Montréal. Il reste que pour la première fois à Montréal depuis l’existence de ce concours en 1985, jamais on n’avait vu une firme présenter un spectacle avec orchestre en direct. Un feu d’envergure pour le concepteur allemand. Pour le public c’était toute une innovation, mais aussi un défi de taille pour un concepteur. Un spectacle impliquant aussi d’onéreuses dépenses supplémentaires.
D’autres comme Eric Tucker, concepteur expérimenté et habitué de Montréal, avait encore et toujours joué sur des valeurs sûres pour le feu de Sunny International Un feu bien structuré techniquement par ordinateur, que privilégie Tucker. La firme chinoise, seule concurrente à adapter son spectacle sur une musique typique, essentiellement chinoise. Une œuvre ciselée comme un diamant avec musique exclusive chinoise qui n’a pas eu la cote du jury, Celui-ci aurait-il été dépaysé par l’exotisme ? Derrière Sunny, sous l’habileté du concepteur on ne sentait tout de même pas ressortir l’âme de l’artiste.
Avec les Français de Lacroix-Ruggieri, les cinéphiles ont retrouvé un peu de leur enfance et les peintres, familiers des couleurs, de leur illumination dans la palettes de couleurs que les peintres du ciel avaient déployées dans le firmament.
Du côté de la firme hollandaise JNS Pyroteckniek, dirigée par Hein Hofmeester, perfectionniste et tout autant innovateur, avait emmené le public vers un monde fantastique de la science-fiction sur Alphaville dans un scénario futuriste et aménagement approprié. Une tentative orchestrée avec grand soin mais que le jury n’a pas cautionné.
Les fougueux Espagnols de Pirotècnia Igual, ouvraient la saison par un feu-inspiré par la paix. Un spectacle qu’ils dédiaient à la paix et en particulier à leur fondateur Mario Igual Baseda, Les artisans de cette firme plus que centenaire se sont employés a dépeindre avec éclat une grande épopée de l’évolution de notre monde, avide de paix. Mais surtout à transformer la poudre noire en poudre d'or magique qui sait émouvoir les cœurs les plus endurcis.
En revanche avec les Italiens de Ipon (Pagano) les amateurs se sont retrouvés en pleines réjouissances italiennes à Rome sur un ensemble de musiques habituelles( à peu d’exception près) et de bombes de gros calibre aux superbes couleurs dont la réputation a dépassé les frontières.
On retient également de cette saison l’évolution inévitable de ce t art pyromusical de plus en plus envahi par la haute technologie. Ainsi des huit compétiteurs cette année, cinq se sont appuyés sur la mise à feu par ordinateur(pyrodigital) et trois(Weco, Ampleman et Igual en partie)) sur le système électronique (Fire One) Les Espagnols Pirotècnia Igual et la firme italienne Panzera restant fidèles à la main de l’homme. L’indéfectible Pier Paolo Serafino continue de perpétuer la tradition de feu Giovanni Panzera qui préférait vivre son feu manuellement derrière la console, un système, à son avis éprouvé et qu’il a toujours favorisé.
Avec le dernier spectacle de la firme Panzera, qui avait présenté le premier feu sous la pluie et les éclairs en 1985, je venais de participer au 180e feu tiré à La Ronde en vingt ans.
Que conclure dans ce bilan de la couverture des médias électroniques et écrits? En général on a pris la peine de s’attarder à cette manifestation de très haut calibre pour Montréal. Des représentants hollandais , japonais, allemands, chinois, espagnols et italiens (télévision ethnique) s’y pressaient. J’ai même été interviewé par le télévision chinoise le soir du feu de Sunny. Côté médias électroniques francophone Radio-Canada et TQS assuraient en grande partie la couverture. .En outre, les feux ont été suivis par Le Courrier du Sud .et La Presse canadienne, le soir de clôture. Pourtant à Montréal, capitale des feux, en plein cœur de l’action, Le plus grand quotidien français d’Amérique, commanditaire depuis le tout début, à l’exception d’une photo en Une dans l’édition du 13 juin,, le lendemain de la remise du prix, ne faisait même aucune mention du nom du gagnant de cette saison. C’était le black-out.