Le courage d’innover

 

La 23e saison de l’International des feux Loto-Québec n’aura guère apporté de réponses  aux questions que l’on se pose sur  l’avenir immédiat de la plaque tournante du  festival du mondial  du pyromusical. Il faudra vraiment avoir le courage d’innover.

Les compétiteurs nouveaux ou anciens qui se sont aventurés dans l’arène du  monde du pyromusical  pour une reconnaissance  mondiale  dans le domaine  n’ont guère amélioré le style  de leur spectacle. Certes  pour les compétiteurs Montréal  est un défi continuel, comme le  notait le Hollandais Hein Hofmeester en 1995. Des défis plusieurs en ont affrontés comme : Igual, Weco et Tucker.

A Montréal les firmes françaises, en général, se sont amenées avec des synopsis peaufinés misant davantage sur l’aspect culturel, voire théâtral qu’on leur connaît. N’en déplaise aux antis.

Il faut dire que la tradition des feux d’artifice est surtout européenne. Les firmes françaises  sont celles qui ont vraiment  donné le ton à  ces feux en développant surtout le coté artistique  sur le rythme et la finesse.  Leurs scénarios  avec monologues mettaient davantage l’accent sur cet aspect plutôt que sur la débauche de bombes. Un aspect que ne prisent pas tellement tous  les fans. Pour certains mordus,  un feu doit  apporter volume et puissance, le reste n’est que babillage ennuyeux. Ô trahison! Si l’on s’avance dans un bref monologue. Pourtant en 2005  la firme canadienne  BEM avait pris ce virage  sur son scénario narratif Au pied du courant. Commenté  habilement par le comédien Albert Milliaire. Ce qui lui a valu  le Jupiter de bronze. en 2004, la firme allemande Weco avait conquis le Jupiter de Platine  avec un spectacle emporté par un véritable orchestre.Elle n’avait pas craint d’innover en jouant particulièrement d’audace.

Ainsi le spectacle de la firme française Féérie dur Roméo et Juliette pourtant bien amené n’a pas fait l’unanimité du jury! La moitié du jury n’aurait pas apprécié le spectacle et surtout le bla bla et le côté théâtral.  Tout n’est en somme que question de goût et de culture.

On peut se demander dans quelle optique le jury a-t-il été préparé? A-t-il tenu compte vraiment de l’originalité du spectacle et du défi qu’il relevait?

Feu le maestro Giovanni Panzer le répétait souvent lors de nos rencontres : Il faut changer la façon de voir les spectacles et faire appel à de nouvelles expériences. Montréal n’est pas le champ d’expérience des tireurs de bombes. Il faut aller plus loin.

A la lumière du dernier choix du jury populaire  on est en droit de se poser des questions sur l’avenir véritable de cette compétition. Désire-t-on  inviter des firmes qui viennent seulement tirer des bombes  sans jouer d’audace et d’innovation ou veut-on aussi ouvrir la porte  toute grande aux firmes qui  apportent une lumière nouvelle à l’art pyromusical?

Ce fut le cas de la firme anglaise Pains Firerworks qui, sans sombrer dans l’extravagance, nous a offert un spectacle d’envergure sur un thème simple Le jour et la nuit, qu’elle a mené avec finesse du début à la fin. Une Jupiter d’or donc bien mérité.

La question des  thèmes proposés par les compétiteurs choisis, aux organisateurs des feux plus de six mois avant la compétition, demeurent, à mon avis, la pierre angulaire d’un feu. A quoi bon proposer un thème s’il devient secondaire dans le spectacle. A mon sens, un thème soit refléter fidèlement le feu et être en mesure de le développer du début à la fin.

Ce ne fut pas le cas des Allemands avec  L’émotion inoubliable d’un feu d’artifice hors de l’ordinaire. Un thème qui  sombrait dans la pure banalité et ne s’apparentait aucunement à leur feu classique, pourtant précis. Quant à la trame musicale imposante,  elle demeurait dans la plus pure tradition Lunig-Berner.

Je n’en démords pas un feu doit être raffiné dans ses tableaux et apporter des émotions tout en jouant sur tous les niveaux. On ne peut pas dire que ce fut souvent le cas.

La trame sonore ne peut être noyée par le bruit des bombes Je l’ai déjà répété. Elle perd alors toute sa force son originalité et surtout la subtilité que le concepteur a voulu lui apporter.

Trop souvent cette année on a  assisté à des feux dans le style guerrier lors de la conclusion de fins de séquences et de bouquets finals.On a l’impression que  le coté puissance et volume, en particulier, a été  privilégié. Est-ce à dire qu’à l’avenir les organisateurs de cette compétition internationale devront écarter tout compétiteur qui présentera un spectacle apportant innovation et audace et comportant un minimum narratif? Il me semble que les Montréalais sont assez matures pour faire la part des choses.

Une saison au cours de laquelle Dame nature s’est souvent fait  tirer l’oreille tandis que des défectuosités électriques nuisaient  malencontreusement aux programmes espagnol (Igual) et canadien (Fireworks spectaculars Canada) .

On se dirige  vers des spectacles  pyromusicaux pour célébrer des événements prestigieux. Une autre forme, plus sophistiquée, se fraie une voie dans l’illustration de spectacles qui intègrent théâtre et pyrotechnie.

A Montréal les deux formes doivent pouvoir compétitionner au même niveau. A l’avenir, le jury doit donc  envisager ces deux variétés. Aux organisateurs de décider quelle orientation ils entendent donner à l’avenir à cette compétition s’ils veulent qu’elle conserve toute sa notoriété  si âprement gagnée