Une haute performance controversée


 

Eblouissants et percutants artificiers de Pirotècnia Vicente Caballer qui, par leur déploiement impétueux de puissantes bombes et de chandelles agrémentés par la maîtrise des jeux de couleurs ont subjugué la foule de spectateurs euphoriques.

Contrairement à leur scénario de 2000 (Ethnologie) sur une narration poétique, celui de La Musique de mon cœur, un spectacle centré sur une conversation entre un grand-père, un père et sa fille de vingt ans, qui ne s’est pas réellement  distingué. Il est toujours risqué dans un spectacle pyromusical d’envergure de s’en remettre uniquement à une narration pour étayer un scénario. Hormis de relier les neufs séquences du programme de la soirée, cette narration n’apportait strictement rien dans l’évolution du feu.

Pour leur sixième participation à la Coupe du monde SAQ le concepteur de Pirotècnia  Vicente Caballer n’a pas su fusionner musique, feu et scénario au thème évocateur, La musique de mon cœur. En dépit de la voix profonde du grand-père, cette conversation entre trois générations prenait plutôt l’allure d’une répétition de rôles.

Les Espagnols ont rappelé ces deuils tragiques qu’ils ont vécus comme tant d’autres durant les guerres et récemment  lors de l’attentat de Madrid. Comme le précisait l’introduction, ce spectacle était particulièrement dédié, à tous ceux qui ne sont plus parmi nous. dont le gendre de Caballer disparu récemment à l’âge de 42 ans. Que venait faire alors dans ce scénario l’inopportune intrusion de La planète des singes sinon en exalter la dérision? L’horreur insaisissable des brusques séparations qu’engendrent la folie des hommes, aurait, me semble-t-il , mieux répondu à ce souhait dès le départ avec La Liste de Schindler et la colombe de Picasso, symbole de paix.

Le jour précédent le feu, Rafael Garcia Barat  me promettait un spectacle très sentimental qui voulait transmettre au public les émotions par la musique, les couleurs et la pyrotechnie. De la mélancolie à la tristesse du grand-père jusqu’à la tendresse, la joie et l’amour rêvés par sa petite-fille Mélanie. C’est d’ailleurs ce que rappelait le consul général d’Espagne à Montréal, M. Arturo Reig Tapia, ce désir des artificiers de son pays à nous ramener dans ce paradis perdu de notre enfance .

Dès le lever du rideau, une fois le décompte achevé, sur La Planète des singes,  on a senti une hésitation par un premier décalage  avec quelques clignotants stroboscopiques. Blocage apparemment imputable à un raté dans l’allumage de la cinquième rampe.

Il y avait là loin de la coupe aux lèvres. Pas une entrée en matière susceptible d’emporter les nombreux fans impatients. La colombe tranchait malencontreusement avec le martèlement cadencé de la Planète des singes. La rive du Lac des Dauphins s’est éclairée de quelques feux de Bengale rouges. Emportés par une impressionnante volée de comètes mono-coups.

Par ailleurs, l’enchaînement sur Mais que Nada, aux accents brésiliens très rythmés a donné le ton et rattrapé les spectateurs. Superbe tableau emmené par une nuée de volcans, de soucoupes, de bombes araignées et en particulier une pluie de mines nautiques polychromes faisant miroiter le lac des Dauphins.

Belle incursion et bonne synchronisation durant Rejoyce où la cadence des sons du tambour s’harmonisait parfaitement aux marrons, même si on a surpris un bref passage à vide. Ces puissantes bombes déployant des fleurs au centre , cette quantité effarante de chandelles de fort calibre et ces comètes mono-coups entraînant dans leur sillage des pluies de bombes rouges, oranges, vertes et bleues. Des jets siffleurs rouges, verts, orangés et bleus ouvraient la voie aux volcans sur la rive pour se terminer par les gros calibres(300mm) éclatant en forme de palmier.

Comme toujours, les maîtres-artificiers de cette firme plus que centenaire avaient déployé un volumineux arsenal de magnifiques pièces qui font leur réputation de fabricants. Les fans ont été gavés de chandelles de tous calibres et de toutes couleurs qui jouaient à grimper tantôt à gauche, tantôt à droite tantôt  à s’entrecroiser sous de folichons jets siffleurs et des craquelins continuels à vous faire tourner la tête. Sans oublier en début de chaque tableau ces surprenantes bombes nautiques aux teintes changeantes s’ouvrant en grappes sur lac des Dauphins dans des salves savamment orchestrée, médusant à chaque moment les amateurs.

Une profusion de pièces, entre autres de gâteaux, développant une épaisse fumée et s’orientant  en direction du pont Jacques-Cartier, au grand dam des spectateurs y agglutinés.

Durant le bouquet final le ciel de la Ronde s’est littéralement  inondé de fleurs multicolores  par l’incursion de bombes s’ouvrant en éventail et qui semblaient s’avancer vers les gradins. Un bouquet final  typiquement espagnol par sa fouge, son impétuosité dans une profusion intense de couleurs notamment par des orangés, un jaune-citron, des rouges vermeils et un bleu-ciel. Une apothéose soutenue et d’une intensité à couper le souffle. Nous invitant à assister à un autre de ces étourdissants déferlements.

D’accord pour la féerie et pour la musique, pourtant côté synchronisation entre les séquences de cette trame musicale et la pyrotechnie, il apparaissait tout de même certains petits manquements que le concepteur n’a hélas! , pas été en mesure de surmonter. A mon avis, il aurait été plus souhaitable de conclure ce bouquet final sur la musique de Duel of the Fates dont les chœurs ouvraient la voie à une démonstration de plus grande ampleur. Pièce qu’on aurait pu précéder de Rejoyce en guise de prélude au final et qui s’adaptait beaucoup mieux au scénario que la séquence de Back in Town pour annoncer les vingt ans de Mélanie et ceux du Mondial SAQ.

En conclusion un spectacle qui aurait grandement mérité d’être mieux agencé pour éviter ces décalages entre la musique et la pyrotechnie, occasionnant bien des aléas dans la synchronisation. Dommage pour ces tisserands des feux récipiendaires de cinq Jupiters en autant de participations et qui ont  donné à l’art pyromusical. Ses lettres de noblesse.

Mercredi prochain les Hollandais de la firme JNS Pyrotechniek B. V. nous invitent à  participer à une invasion de couleur  dans une animation de science-fiction.