Un exercice technique dans la pure tradition ancestrale espagnole. Une fois encore les artificiers de Ricardo Caballer se sont montrés à la hauteur de leur réputation de maîtres de la pyrotechnie : imposant arsenal de pièces variées, rythme endiablé et musique entraînante.
Tout concourrait pour ces Espagnols bien préparés à faire de cet autre rendez-vous montréalais un nouveau succès : chaleur idéale, ciel dégagé, peu de vent, foule exaltée et réceptive. Bref, on aurait pu se croire attablés à une terrasse à Valence ou à San Sebastian. Un temps propice à entrer dans la fougue espagnole. D’ailleurs, les amateurs montréalais fourmillaient sur La Ronde et sur le pont Jacques-Cartier pour admirer ces faiseurs de feu. Que demander de plus !
Fidèles à leur habitude, les artificiers de Ricardo Caballer, important fabricant et importateur de pièces pyrotechniques - gagnant du Jupiter de bronze en 1998 -, avaient déployé un arsenal de 9000 pièces dont une impressionnante série de fusées mono-coups, de soucoupes, de chandelles et d’étonnants moulins et roues. Rappelant surtout qu’en Espagne on ne fait rien à moitié pour séduire le public. Un public conquis d’avance qui sait reconnaître l’excellence du savoir-faire de ces artistes impétueux du pyromusical.
Un feu bouillant, agencé avec un soin
jaloux et surtout bien synchronisé sur un jeu de
couleurs et de sons mais où l ‘émotion caractéristique nous échappait. Une
synchronisation dans un style
authentiquement espagnol. Pas de temps
mort mais un enchaînement continuel qui comblait chaque espace de temps de
cette envolée, au grand plaisir des spectateurs qui manifestaient avec
ostentation leur bonheur en répétant leurs applaudissements.
Le véritable point marquant de cette soirée aura été sans conteste l’ouverture sur un départ fulgurant de fusées mono-coups, des faisceaux de fusées en cadence qui donnait le ton au spectacle. Un petit bijou d’agencement avec ces imposants et superbes moulins et ces roues qui tournoyaient sur la rive du lac changeant du doré au rouge.
Pour cette ouverture, le concepteur
espagnol Ricardo Caballer Cardo avait puisé
dans le répertoire espagnol le thème de L’homme de la Mancha, marquant
aussi le 400e anniversaire de Cervantès,
auteur de Don Quichotte. Quoi de plus représentatif pour ouvrir cette
prestation espagnole! De loin la séquence la plus réussie et qui donnait le ton
à ce spectacle.
On aurait apprécié davantage
l'interprétation espagnole de La Quête
par la voix puissante du ténor Placido Domingo. La version anglaise
rompait soudainement la magie qui nous séduisant au départ de cette trame
musicale. Une trame musicale qui
regroupait majoritairement de pièces espagnoles, reprenant des morceaux qu’on
retrouve souvent au programme de bien
des concepteurs pyromusicaux, comme : Espana, Tambor de Grenaderos,
Capriccio Espagnol et River Dance(la
plus longue séquence)
Que venait faire River Dance en fin du programme de ce feu typiquement
espagnol tranchant dans le thème du tableau de cette Passion espagnole? Le concepteur
désirait-il diversifier le rythme dans
le déroulement de son feu? Il reste que
ce passage s’est révélé d’une grande classe
par sa cadence soutenue et l’ascension de soucoupes montantes et
descendantes et des saxons jaillissant sur la rive du lac des Dauphins. Pendant que des stroboscopes cadençaient le rythme et des fusées mono-coups
répondaient. Les jeux de chandelles rouges
et dorées employées à profusion s’entrecroisant pendant que des moulins dorés
sur la rive complétaient ce tableau enchanteur. Un tableau qui se concluait par
une pluie de lucioles et de cheveux
d’ange s‘étirant langoureusement dans le ciel.
Sur Suspiros de Espana
les castagnettes entretenaient la cadence des volées de chandelles et de fusées mono-coups, de bombes et serpentins et
une pluie de jets siffleurs Et toujours ces faisceaux de fusées employés à qui
mieux-mieux.
Autre moment fort pendant El Garo Montes. L‘entrée remarquée des
matadors dans l’arène emmenée par une profusion de faisceaux de fusées et de
chandelles en crescendo et ces soucoupes à double ascension qui réanimaient le
mouvement.
Quant au bouquet final sur le 4e mouvement de la 9e Symphonie de Beethoven, il cadrait parfaitement dans la lignée des grands maîtres artificiers sans déroger aux règles sempiternelles du déploiement en force et en lumière dans un ensemble diapré. Servi à la manière typique espagnole :détonnants et percutants dans un tourbillon incandescent et multicolore qu’accompagnait une série fracassante de mascetas (marrons d’air).de bombes et de jets craquelins. L’espace de quelques secondes et le ciel de La Ronde se transformait en une véritable poudrière
Samedi, sixièmes concurrents et pour leur première venue à
Montréal les artificiers tchèques
de Flash
Barranco SFX prendront la relève en
nous plongeant dans le Mystère.
.