Une performance échevelée
C’est une performance échevelée pour amateurs de jazz que nous ont
présenté les Espagnols en ouvrant la 23e rendez-vous de l’International des feux Loto-Québec.Un
exercice qui pourtant n'a pas su éveiller l’émotion et l’imagination chez tous
ces spectateurs montréalais friands de musique de jazz.
Une démonstration légendaire
typiquement espagnole par son intensité et son rythme d’enfer et époustouflant
ou dominaient puissance et intensité des couleurs. Le décompte n’était
pas encore terminé (à trois) que le
spectacle avait déjà pris son envol.
Pour leur 10e
participation à cette compétition, les représentants de la firme Pirotecnia Igual avaient choisi cette
fois de relever tout un défi en présentant une trame musicale (Le Jazz à l’état pur), axée
essentiellement sur de la musique de jazz et de ses grands interprètes. Nous
avons pensé apporter de la
nouveauté en misant sur une histoire du jazz
avec un spectacle destiné spécialement au public montréalais,
m’avait précisé la veille Xavier Galan,
l’un des trois concepteurs du spectacle avec Isedre Panella. Une trame musicale
de 49 séquences qui a nécessité d’ailleurs
plus de sept mois de travail d’agencement. Une trame pourtant
déconcertante aux séquences trop brèves (30 secondes) qui empêchaient de suivre
aisément le fil conducteur du feu.
Un spectacle audacieux, s’il en est,
qui voulait faire apprécier une autre approche musique -pyrotechnie.
Bien sûr les Espagnols y avaient apporté leur réputé savoir-faire
pyrotechnique avec une panoplie de
belles pièces dont les nautiques de 150
mm, les chandelles, les bombes à double anneaux, les girandoles, les
farfelues, les craquelins, les jets
siffleurs, les serpentins, les soucoupes et
les torsades. De quoi gaver cette foule imperturbablement enthousiaste.
Il n’empêche qu’il fallait surtout
regarder ce spectacle comme un défilé de pièces pyrotechniques de haut
calibre mais qui noyaient souvent les courts extraits de
musique, minant du même coup toute la subtilité du spectacle
Pendant Dippermounth Blues, la rive du lac des Dauphins s’est soudainement
illuminée grâce à une douzaine de croix fusantes. Suivaient des typiques
bombes nautiques multicolores Igual
jaillissant du lac en pluie changeante dans un harmonieux déploiement.
Pourquoi ces deux temps morts: l'un avant l’interprétation
de Ella Fitzgerald, l'autre très brève (cinq secondes) de Marilyn Monroe? Que
venait donc faire le Happy Bitrth day de Marilyn Monroe dans ce décor?
En revanche c’est certes le passage mettant en scène le
coté espagnol sur Ziryab, Coloras et
Churro Solo Hay uno (Paco de
Lucia et Joan Albert Amargos) vers le mi-spectacle, qui, à mon avis, été le
plus réussi. Les spectateurs ont pu renouer avec le côté espagnol sur des airs
de guitare que rythmait une pluie de poussières d’étoiles roses, de glycines et
de gerbes. Sur les notes le rythme s’intensifiait saccadé par des craquelins,
faisceaux et sifflets pour se conclure
sur une pluie de saules pleureurs.
Sur In the Mood , le jeu de bombes et de chandelles s’entrecroisant apportait une note différente
a un spectacle qui en avait bien souvent besoin pour rejoindre cette
foule ne demandant pas mieux que de s’insérer dans le fil des séquences pour mieux entrer dans
le jeu..
Quelques passages ont fait ressortir
avec brio tantôt l’impétuosité (surprenante volée de plumeaux sur la rive du
lac, tantôt le romantisme (voix langoureuse de Sarah Vaughan) sur une pluie
d’étoiles glissant lentement vers le
sol.
Par ailleurs, à maintes occasions le
jeu des grosses bombes s’est limité à mi-hauteur. Bien des tableaux se cantonnaient dans le répétitif :
chandelles entrecroisées, craquelins, farfales,
bombes-araignées et jets siffleurs. L’apport d’un peu plus de diversité
dans les séquences auraient sans doute
rehaussé davantage cette
prestation.
Sur le bouquet final les Espagnols
n’ont pas dérogé à leur réputation de fervents amateurs de décibels; un
final toujours tonitruant et assourdissant,
mettant a contribution toute la gammes de pièces multicolores les plus
sonores Comme en 2001 ils se sont amusés
à offrir en prime un rappel avec marrons d’air qui éclataient
parfaitement en cadence , histoire de faire sentir aux amateurs qu’ils savent toujours leur en mettre plein
la vue et plein les oreilles.
Mercredi prochain les Anglais de la firme Pains Fireworks reviennent après 22 ans – leur dernière
participation remonte à 1985- avec un spectacle
axé sur Jour et Nuit.