De la classe française

Le 21 juillet 2001

Un spectacle de classe que ce feu français.présenté samedi au Mondial SAQ, sur un scénario inspiré du poème If(si) de Rudyard Kipling. Dix séquences musicales rendant hommage aux enfants du millénaire. Pour situer leur passage à travers la vie, les artificiers de Brézac Artifices ont orchestré un des meilleurs spectacles donnés cette saison. Enfin un pyromusical bâti sur un scénario simple mais cohérent. Un feu qui semble avoir été conçu et travaillé pour le site de La Ronde avec une qualité et une quantité de pièces bien appropriées.

Trois minutes avant le décompte, pour éviter de freiner le feu, le concepteur, Dominique Brézac, avait choisi de nous livrer une ode de Kipling Tu seras un homme mon fils , interprété par le poète Bernard Lavilliers. Un poème moralisateur pour célébrer les enfants nés en l'an 2000 dont son propre fils.

Puis le spectacle a pris son envol sur The Diva Dance, emporté par girandoles, chandelles et fusées pétaradantes monochromes dorées. Suivi de Unity où le vert clair dominait par le truchement de volcans. Déjà la fumée se compactait. Plus la musique s'accentuait , plus le crescendo grimpait avec beaucoup de chandelles et de comètes pétaradantes.

Le concepteur avait opté pour un temps mort de quelques secondes entre les tableaux, question de permettre aux spectateurs de reprendre leur souffle - c'était nécessaire - et aussi à la fumée de se dissiper. Et pourtant… Malheureusement le vent capricieux a tourné rapidement et du côté des gradins de la presse, les spectateurs étaient enfumés et bombardés de débris incandescents. On vivait véritablement dans le feu.

On pourrait toutefois reprocher à cette prestation un choix répétitif de girandoles, de volcans, de chandelles et de fusées crépitantes. En revanche, notons cet heureux choix des pièces monochromes que trop souvent les artificiers hésitent à employer. D'autre part, un passage moins rapide et moins puissant aurait, me semble-t-il, été plus approprié pour symboliser la période d'émerveillement à celle de l'adolescence.

Sur la séquence de Peter Pan, belles pièces que ces arbres verts se déployant et représentant la forêt. De nouveau des volcans verts suivis de grosses bombes de même teinte.

A l'ouverture de Tigre et dragon, en arrière plan, des scintillements se sont développés, suivis de faisceaux, de gerbes, de fusées crépitantes dorées , de grosses bombes rouges, des girandoles, pour clore avec des lucioles.

En ouvrant Le Livre de la jungle, Brézac s'est lancé dans des pièces multicolores (vert, rouge jaune ) avec le retour de volcans ,de bombes crépitantes ,de chandelles et du gros calibre s'élevant très haut dans le ciel. N'étions-nous plus dans la période plus calme d'émerveillement ?

Avec First Knight, répétition de volcans et de girandoles à une cadence soutenue. Quelques bombes rosées se sont déployées dans le ciel sur cette musique envoûtante. De nouveau le lac des Dauphins a pris des allures de miroir magique, illuminé de nautiques rouges et bleues. L'instant suivant s'ornait des panaches blancs s'épanouissant sur la berge du lac, appuyés de serpentins, pendant que dans la foule des stroboscopes clignotaient par ci par là.

Sur Firedance, l'enchaînement s'est amorcé en douceur mais sur un rythme soutenu avec de nouveau des feux de bengale clignotant rouges , suivis de chandelles rouges, bleues et jaunes accompagnées de girandoles rouges oranges et jaunes.

Le passage le plus époustouflant, voire le plus agressant est arrivé pendant Trainspotting, de la musique techno super forte. Où sons et pièces puissants martelaient nos tympans. A mon avis beaucoup trop pour symboliser le passage ardu de l'adolescence, tellement les sons étaient forts et les pièces assourdissantes. Nul doute que Dominique Brézac aurait pu jouer davantage de subtilité dans le mouvement plutôt que de nous étouffer avec cette musique stressante. Enfin!

Pendant Gladiator le lac s'est embrasé de nautiques rouges ,de grosses bombes et de chandelles , un autre choix monochrome , anneaux rouges ,fusées, chandelles , serpentins, girandoles blanches et rouges et sifflets sur la même cadence.

Pour clore leur démonstration sur un rythme effréné voire essouflant, les Français ont paré le ciel de La Ronde d'un manteau doré et de cheveux d'ange. Sur la fin Real, around the Sun, musique interprétée par la troupe de Riverdance, des volcans dorés ont émergé du lac des Dauphins. Un final tout en or sur un tempo intensif que les dizaines de milliers d'amateurs ont adoré. Il fallait les entendre laisser vibrer leurs émotions, éverser leur trop plein d'enthousiasme par des cris intempestifs de joie et des applaudissements répétés. Ils venaient de lâcher leur fou. dans cette vague pyrotechnique par cette autre belle soirée d'été.Mercredi, les Australiens de Foti's mettront fin à la compétition avec Tour de feux.