Audacieux spectacle à la française            

                             

Les artificiers français du Groupe F, reconnus pour leur  grande habilité dans les imposants  spectacles pyromusicaux, ont offert  samedi aux Montréalais un audacieux spectacle à grand déploiement d’effets rapprochés qui se démarquait du feu traditionnel.

 Une première participation à l’International des feux Loto-Québec, éloquente par sa chorégraphique poussée à son maximum et faisant ressortir leur créativité et leur originalité. Eléments qui manquent bien souvent chez  les compétiteurs pourtant  habitués à maîtriser cet art subtil du mariage: musique - pyrotechnie.

 Les amateurs des feux de Montréal n’étaient vraiment pas rompus à cette nouvelle approche d’un pyromusical, privilégiant davantage l’aspect  pyrotechnie  plutôt que celui du spectacle. Des adeptes qui ont pu profiter d’une de ces agréables soirées à laquelle nous avait conviés Dame nature pour cette deuxième démonstration pyromusicale de la saison.

.       Du côté technique, le spectacle français s’est animé de bout en bout  sur le rythme d’un continuel mouvement, jouant davantage sur les niveaux bas et moyen, délaissant la uteur, au grand dam des habitués du pont Jacques-Cartier et de ceux de la Rive-Sud..

  Néanmoins, dans l’ensemble, l’unité a manqué de souffle. Les tableaux ne donnaient pas l’impression d’établir  une combinaison entre eux, répétant les séquences à qui mieux-mieux, sans y apporter de variations. En revanche, la réussite s’est révélée d’emblée côté couleurs par leur élégance et leur brillance, axée manifestement sur le doré.

Le thème du spectacle Passion, que les concepteurs décrivaient comme un parallèle entre les musiciens et les artificiers ne permettait guère le rapprochement de ces deux mondes. On ne peut pas dire qu’il ait apporté une touche particulière dans ce scénario. On a beau chercher le lien entre les musiques pour s’appuyer sur des pièces pyrotechniques, il n’y en avait pas ou … si peu. A mon avis, les concepteurs n’ont pas démontré avec autorité ce lien, se bornant à  présenter sept tableaux différents sur autant de séquences musicales avec bouquets finals intempestifs sur presque tous les tableaux.

Par ailleurs, si le choix de  mortiers lance-flammes apportait un aspect nouveau à cette compétition, sa répétition à satiété nous gavait. On avait l’impression de se retrouver dans un champ pétrolifère ou d’une raffinerie de l’Est de la ville.  Evidemment il est plus facile et moins coûteux de jouer avec des lance-flammes qu’avec des pièces pyrotechniques.

A trop vouloir répéter des pièces dont entre autres les chandelles mono-coups et l’usage abusif de lance-flammes, même si bien agencés, on finit, me semble-t-il, par désintéresser les vrais amateurs.

Quant à l’incursion de ces artificiers progressant sur le lac des Dauphins en déployant leurs ailes enflammées d’ange ou d’oiseau, elle n’apportait rien de très concret dans ce spectacle. Un passage mal utilisé, mal centré, voire décousu qui semblait sortir de nulle part. Belle tentative tout de même!

Leurs tableaux  jouaient avec spontanéité sur des pièces répétitives. On aurait apprécié  une plus grande variété de pièces notamment sur La Tosca, qui se prêtait bien à ce genre de  séquence chantée.

La seule diversité de pièces s’est concrétisée durant la séquence finale de pièces: soucoupes, mosaïques, serpentins et mines de 50 mm  pour s'orienter sur une myriade d’abeilles courant presque sur le lac grâce à des faisceaux et des craquelins pour aboutir dans un bombardement en règle à l’espagnole.

La séquence sur l’air du bandonéon de Astor Piazzolla jouait d’adresse  avec ces fusées mono-coups s’entrecroisant et ces figurants avançant sur le lac déployant leurs ailes enflammées, Heureusement qu’entre cette volée de chandelles, des jets de fusées, des pluies dorées venaient briser la monotonie. Aurait-il été plus approprié d’adapter des pièces pyrotechniques sur les notes du bandonéon ouvrant la voie à d’autres découvertes?

Au départ de Sitter of Mercy l’éclatement continuel d’une profusion de marrons d’air s’est  heureusement estompée par l’entrée en scène d’une série de gerbes dorées, de girandoles  et de bombes en forme de cœur. Moment particulier aussi avec cette myriade d’abeilles et de jets craquelins venus briser ce temps mort. Pour se terminer par un bombardement  digne d’un bouquet final. Applaudissement du public qui retrouvait ses  amours. Spectateurs qui ont du affronter aussi une fumée compacte développée par les mines et qui enveloppait les gradins, limitant leur vision du spectacle. On reconnaissait dans cette panoplie de pièces dont une quantité impressionnante de chandelles mono-coups et de bombes de petit calibre(125mm) la marque du fabricant espagnol Igual réputé pour la qualité de ses produits. Sans oublier les étonnantes bombes multi-bris italiennes.

Il faut dire que les artificiers de La Ronde qui appuyaient ceux des Français ont dû mettre les bouchées doubles pour la mise en place de cette variation d’effets spéciaux..

En présentation d’avant spectacle, le consul général adjoint de France à Montréal, M. Denis François, a fait l’éloge du Groupe F, le qualifiant d’un des meilleurs en pyrotechnie, tout en insistant sur leur création artistique à part. Discours suivi de l’interprétation de la Marseillaise par Julie Charbonneau,  On aurait vraiment pu se limiter à la musique.

Samedi prochain, les artificiers argentins, pour leur troisième visite à Montréal, nous entraîneront  dans la Passion du sud sur des rythmes de tango.