Le drame  de l’amour et de la mort

 

 

La foule record des beaux jours de La Ronde était au rendez-vous  pour vivre une radieuse soirée durant cette septième présentation de la saison estivale 2007  des feux d’artifice. Tout concordait pour faire apprécier aux amateurs un spectacle  prometteur : un temps idéal, un scénario raffiné et une véritable atmosphère de vacances.

D’emblée une présentation (30 secondes) de Roméo et Juliette orientait les spectateurs vers cette tragédie romantique ou  l’amour et la mort s’affrontent. La scène était en place pour vivre un grand moment dans ce théâtre de plein air.

Les artifices français de Féérie  se sont  appliqués à produire une démonstration fignolée et très recherchée, remplie de dénouements et de surprises. Un scénario qui se tenait parfaitement, illustré par une trame sonore minutieusement synchronisée et une diversité de pièces.de qualité. Spectacle que le concepteur Joel Hamon décrit fièrement comme une chorégraphie pyromusicale.

Un départ impeccable sur  les premières notes d’une  musique baroque et très rythmée(Rammstein). Surgit un cœur rouge-rosé aux ailes dorées  qu’heureusement la fumée ne venait pas masquer. Même un croissant de lune s’invitait  dans  ce décor.

En une  quinzaine de séquences  Joel Hamon  nous imprégnait de l’histoire tragique de ce couple réputé. Nous faisant découvrir petit à petit à la fois les moments heureux et tragiques de ce drame shakespearien.

Une prestation qui s’est jouée à un rythme cadencé mais qui savait aussi intercaler des  passages doux comme The  Lovely Shepherd sur une musique langoureuse de Zamfir tout comme  celle de Concerning Hobbits (Seigneur des anneaux).

Certains moments  particulièrement entraînant durant le Bal  avec Primi Baci –Polka a Alfred Mourret apportaient un peu de pétillant dans la progression des séquences.

Deux moments  également sublimes : l’apparition  du cœur ailé en début de programme et celle du codeur transpercé qui éclate dans  la scène de God's Creation, symbolisant la mort de Roméo sur ces mots  Je meurs!

Des bruitages en trame de fond tout au long du spectacle, cloches, chants de coqs, battements de cœur et  voix complétaient  le déroulement des séquences. Une démonstration parfaitement synchronisée qui n’a d’ailleurs souffert d’aucun temps mort

Quelques petits points faibles sur lesquels on pourrait se questionner. Notamment le passage Ode a Mercutio (au moment où Roméo tue Tybalt). Le texte anglais aurait pu être abrégé sans offusquer les amateurs de Shakespeare. Dans les chaumières du Québec on ne  récite pas souvent du Shakespeare.

Le passage  moins concluant  pendant Don juan ou Roméo est chassé de Vérone, on s’attendait à  plus d’intensité de pièces. 

Les Français ont joué à profusion avec les chandelles  et les jets siffleurs, les bombes en pluies  d’ange dorées. Chaque tableau comportait son lot de chandelles tantôt croisées tantôt droites tantôt en rase motte stout comme ses bombes tressées d’or. Une diversité qui faisait partie d’une panoplie de produits provenant de sept fournisseurs différents : espagnols, italiens, chinois, français.

Le bouquet final éclate sur l’imposante musique de Moulin Rouge. Une projection de jets de chandelles vertes qui  faisaient du ras motte sur le lac. Venaient ensuite les pluies dorées et une myriade de chandelles croisées, de stroboscopes et de jets siffleurs. Pour se clore par un embrasement multicolore de bombes  de jets siffleurs  et de marrons. Une finale ou l’on soupçonnait la résurrection de Roméo et Juliette  par leurs rires et leurs explosions de joie.

Pour leur première à Montréal l’équipe de Féérie a choisi une chorégraphie pyromélodique déjà éprouvée en partie à Cannes. Spectacle qui lui a valu le Vestale d’or  l’an dernier. David Hamon , précisait la veille du feu  avoir repris cette fois  le spectacle  dans  son intégrité  d’origine pour Montréal uniquement.

Cette équipe d’un nouveau genre a apporté dans ses bagages  le talent, l’expertise et le sens inné du spectacle. On y décelait toute la sensibilité et l’émotivité du concepteur artistique. Joel Hamon a donné  à l’art pyromusical ses lettres de noblesse. Ils ne sont pas légion les concepteurs compétiteurs à Montréal qui s’appliquent à bâtir un  scénario serré et peuvent le mener avec succès.

Le feu pyromusical  devient de plus en plus un art qui se développe grâce  à de nouveaux produits et des agencements plus originaux. Encore faut-il y  consacrer le talent  et la créativité  pour faire ressortir l’imaginaire du concepteur

Spécialiste des chorégraphies pyromusicales la firme Féérie  a su donner  l’élan indispensable pour combler l’enthousiasme débordant des spectateurs. Nous avons toujours eu l’habitude de présenter des spectacles à thème, insistait David Hamon, concepteur pyrotechnique  du feu de Montréal

Comme les artificiers de la plupart des firmes compétitrices  les Français, eux aussi, ont du composer avec un temps exécrable et redoubler d'efforts pour l’installation de leur feu.

Vendredi, sur les rampes  la pluie s’était remise de la partie, retardant la mise en place des pièces. Ce qui faisait dire à un membre de l’équipe de Féérie, Luc Caillot : c’est un vrai temps de Bretagne. La firme est en effet installée à Nantes, en Bretagne.

Huitième et dernière concurrente de cette saison  la nouvelle firme allemande IP ( Matthias Lunig –Joachim Berner ) invite les spectateurs  à vivre  L’émotion inoubliable d’un feu d’artifice hors de l’ordinaire.  Lunig père aujourd’hui âgé de 85 ans a déjà remporté plusieurs Jupiters à  Montréal  (1985,1988 et 1989); il suit toujours de près  les compétitions