Giovanni Panzera s’éteint à 70 ans

 

Le concours international d’art pyromusical de Montréal et le monde de la pyrotechnie viennent de perdre un de leurs grands maîtres.

 

Giovanni Panzera s’est éteint hier, à Turin, à 70 ans, victime d’un cancer des glandes lymphatiques. Il y était hospitalisé depuis le 25 août. Avec ce monstre sacré de la pyrotechnie disparaît une tradition ancestrale qu’il avait su insuffler comme maître artificier. Directeur artistique depuis 1987 du plus grand concours d’art pyrotecnique au monde, il a su donner à ce concours tout l’élan nécessaire pour en faire l’événement culturel de choix estival de Montréal. C’est grâce à lui que Montréal a été reconnu comme la plaque tournante de cet art éphémère qui a su émerveiller des millions de spectateurs.  Dans son esprit, Montréal était devenu l’ « l’Université des feux d’artifice » , permettant à des firmes de se créer une véritable réputation à Montréal et dans le monde.  Pour Pierre Bibeau, directeur général de la Société du Parc Jean-Drapeau qui organise ce concours, le décès de Giovanni Panzera marque le symbole de la fin d’une époque. «  Étrangement, précisait-il, hier à La Presse, son décès coïncide avec la fin de la saison des feux, celle de la commandite de Rothmans, Benson & Hedges et la mise en vente de La Ronde. »

 

M. Bibeau ne cache pas que Panzera a donné un nouvel élan à l’art pyromusical et mis Montréal sur la carte. « A chacune de nos rencontres, ajoute-t-il, nous parlions toujours un peu de l’avenir des feux. Il a bien réussi à éduquer le public montréalais. »  A son avis, le plus grand hommage qu’on peut lui rendre, c’est de « respecter son héritage ». Il insiste : « Notre défi sera de garder le même niveau d’excellence du concours tel qu’il l’a laissé avant son départ. Nous allons mettre tout en œuvre pour maintenir ce concours au plus haut niveau de l’art pyromusical. » Il n’exclut d’ailleurs pas de créer un prix ou un autre hommage pour perpétuer son image.  Malheureusement, La Presse n’a pu joindre son acolyte de toujours aux feux de Montréal et d’ailleurs, Pierre Walder, avec qui il a partagé toutes ces années. Walder qualifiait ainsi Panzera, il y a quelques années: « Il a la minutie et la précision allemandes, l’élégance française, l’exubérance italienne et le fair-play québécois »

 

Innovateur, cet Italien du Sud qui dirigeait l’entreprise familiale fondée par son père Luigi au début du siècle, s’était forgé une réputation internationale Initiateur des premiers feux pyromusicaux en Europe, Panzera avait acquis son surnom de «  père de l’art pyromusical »D’ailleurs, depuis 1987, il avait su donner à Montréal la réputation qu’on lui connaît dans l’art pyromusical.  Chargé de recruter les meilleures firmes pyrotechniques pour Montréal, Giovanni Panzera se faisait un devoir d’aller chercher les grands noms de l’industrie, mais aussi les petites firmes potentiellement capables de présenter de bons spectacles. Car pour lui la qualité devait primer sur la quantité. Il était sans cesse à l’affût de nouvelles firmes. Ainsi cet automne, il devait se rendre en Russie pour visiter une firme soviétique capable de venir rivaliser à Montréal.  Homme de l’école traditionnelle de la pyrotechnie, comme un enfant de la balle du cirque, Giovanni Panzera jouait avec le feu depuis plus de 40 ans. Il avait tiré son premier feu d’artifice à Montréal le 31 mai 1985, sous la pluie et les éclairs. Son tout premier feu, il l’avait présenté à Luxembourg en 1950 et le premier pyromusical en 1970. On le connaissait aussi comme un maître incontesté de la pyrotechnie et comme l’inventeur de la chandelle romaine Panzera.

 

En 1988, La Presse l’avait proclamé personnalité de la semaine. En 1994, il recevait le Jupiter spécial pour sa contribution au développement de l’art pyrotechnique à Montréal et en 1997, l’Université Pro Deo de New York le faisait docteur honoris causa en chimie.

Lors de sa venue en juin dernier, il se sentait particulièrement fatigué à tel point que pour la première fois dans les annales du concours, malade, il n’avait pu participer à son feu de clôture et à la remise des Jupiters.

 

Personnage attachant, un peu bougon, Panzera ne laissait personne insensible, même si parfois on le sentait plutôt détaché. Sa présence ne passait jamais inaperçue dans la salle de presse. On le saluait, on venait écouter ses conseils ou encore parler librement de tout et de la pyrotechnie, bien sûr. D’ailleurs chaque fois que je tentais de lui soutirer quelques commentaires avant de tirer chacun de ses feux, il avait cette réplique : « Georges, je ne peux rien te dire, tu sais tout. » Et il s’enfermait le temps d’un instant dans sa coquille, un sourire au coin des lèvres. Lorsque j’avais visité son usine en 1992, enfoncé dans son fauteuil il avait eu cette boutade suave : « Georges je n’aime pas travailler. » Et pourtant il savait tout ce qui se passait dans son fief. C’était un artiste dans l’âme mais aussi un homme d’affaires avisé. 

 

Certes, il laissera dans le cœur des amateurs, l’image d’un homme qui a apporté à Montréal sa réputation de capitale mondiale de l’art pyrotechnique. Grâce à lui, Montréal peut s’enorgueillir d’avoir popularisé l’événement numéro un du Québec.  Il ne voulait jamais entendre parler de retraite. « Pourquoi une retraite, disait-il avec son accent coloré, la seule chose que j’aime c’est la pyrotechnie. » Il aura su garder le flambeau jusqu’à sa fin… Il laisse à son unique descendant, son neveu Franco Bauducco, le soin de perpétuer la tradition Panzera.