Remarquable féerie italienne

 

Une de ces grandes soirées de fête pyromélodique, véritable ravissement pour les milliers d’amateurs réunis à la Ronde.

Les artificiers de la firme italienne Parente Fireworks ont démontré avec raffinement et adresse qu’ils figuraient au nombre des grands artistes de la pyrotechnie.

Gagnante des Grands feux Loto-Québec et des feux du casino à Hull, la firme italienne n’avait rien ménagé pour sa première entrée en scène montréalaise. Troisièmes concurrents de ce 19e Mondial SAQ, les Italiens nous ont peaufiné un chef-d’œuvre par sa composition pyrotechnique esthétique où les variations de sons et de couleurs scintillantes interagissaient sur tous les plans de la scène du lac des Dauphins. Une véritable symphonie de formes, de couleurs et de sons dont le thème Mélodie de feu ne cadrait ni ne reflétait guère dans l’ensemble de cette prestation.

Par leur spectacle d’une magnificence lumineuse, ces alchimistes modernes ont abasourdi les milliers de spectateurs.Admiratifs de tant de fantaisie et de nuances, ils ont applaudi à tout rompre ces maîtres aguerris de la couleur et de l’originalité qui venaient de les surprendre.Un feu vivant qui n’a laissé aucun répit à leurs émotions, les emportant littéralement dans la vague. Un feu parfaitement cadré et structuré qui a su maintenir avec cette minutie particulière des Italiens un surprenant degré de qualité tout au long de son déroulement. Sans jamais déroger aux règles immuables de l’art pyromusical.

Avec une maîtrise étonnante et forts de leur expérience centenaire de fabricant, ces Italiens ont recouru à tous les niveaux : sol, mi-hauteur et hauteur, donnant à leur prestation toute l’ampleur de ce spectacle empreint d’une touche surréaliste. Spectacle qui enveloppait littéralement La Ronde dans une féerie de couleurs scintillantes et de pièces  originales et surtout variées. Dommage que la fumée envahissante et suffocante des gâteaux chinois – encore eux- soit venue masquer  maintes fois la vue des tableaux. Sans doute le concepteur du feu aurait-il dû penser à restreindre le nombre de ces pièces sujettes à tant de fumée. Ce qui n’a pas pour autant nui à l’ensemble de cet exercice de style éblouissant.

Certes, le répertoire musical n’avait rien de très original: il s’inscrivait dans la plus pure tradition classique : Pink Floyd, Haendel, Brahms, Ost, Shostokovich, Bond, Vangelis et Orff, avec l’incontournable Carmina Burana. Des grandes musiques pour de grands feux !

Tout au long de cette fougueuse démonstration on a assisté à une synchronisation de choix entre la musique et pièces. Passages où chandelles, bombes multi-bris, girandoles, soucoupes, serpentins et fusées crépitantes s’amusaient à rivaliser dans le ciel

Pour donner le ton au spectacle on avait invité le comédien Tino Tabarone (Omerta) à interpréter l’hymne national du pays. Tabarone incarnait l’Italien typique, fier de son. appartenance. Apparition qui  ajoutait aussi un peu d’humour à cette soirée. Ce qui a valu cette boutade de ma bouillante collègue Francine Grimaldi : A! Non! Il n'osera pas chanter!

Au départ avec Another brick in the wall (Pink Floyd) des stroboscopes ont jailli de la rive du lac, bien saccadés sur la musique et mettant d’emblée les inconditionnels en appétit. Musique bien rythmée qui amenait chandelles et grosses bombes. Et ce n’était qu’un début…

Autre moment particulier avec Mission (Ost) enveloppant le lac d’un grand miroir rouge, éclairé ensuite par un rideau de fontaines argentées. Hélas ! masquées par l’ennuyeuse fumée.

Vers la mi-spectacle sur Hungarian Song((Brahms), autre départ bien orchestré avec fusées virevoltantes. Serpentins et volées de chandelles romaines qui s’est conclu sur une superbe bouquet. Pendant Music from. te royal fireworks (Haendel), la rive du lac a de nouveau pris des allures de fête, des saxons d’argent qui s’enflammaient  et se déployaient sur un rythme intense et saccadé, appuyés par des geysers.

Une nouvelle surprise est survenue durant Waltzer no2 (Shostokovich).Des moulins dorés aux lignes parfaites  pirouettaient comme des danseurs dans un tourbillon de lumière. Puis, durant Mythodea( Vangelis) la musique a emmené un ballet de girandoles, de soucoupes volantes, de serpentins et de sifflets. Pour se terminer sur une myriade de lucioles qui semblaient sortir d’une boîte à surprises.

Quand le grand Pavarotti est entré en scène avec Nessun Dorma, accompagné de fusées orangées et de bombes rougeoyantes, c’était le bonheur total. Peut-être aurait-il été approprié d’insérer pendant le passage fort de cette pièce monumentale un élément plus percutant pour apporter une transition? Le ciel s’est empli de cheveux d’ange qui retombaient lentement pendant que le lac s’embrasait littéralement de mines multicolores, surplombées de bombes argentées aux fleurs centrées.

C’est sur le classique Carmina Burana(Orff) que s’est conclue l’apothéose de la soirée dans un tourbillon multicolore de tonnerre. Bouquet ultime durant lequel toute la panoplie de pièces s’est déployée comme une immense fleur. Une pétarade ininterrompue de bombes, de chandelles, de craquelins et tout le reste. A vous donner le frisson…

En conclusion, un spectacle grandiose qui fut non seulement une fête, mais qui a répondu aux critères du concours international prestigieux qu’est devenu le Mondial SAQ. Qui devra sans aucun doute laisser une place aux Italiens dans son palmarès?Une démonstration originale par ses pièces -dont ses bombes à doubles-anneaux et cœurs  rouges - et leur mise en valeur, l’emploi de tous les niveaux et l’harmonie entre les couleurs et les pièces pyrotechniques. On a pu déceler quelques brefs temps morts mais à peine perceptibles dans l’ensemble de ce programme à l’italienne.

Mercredi, jour de l’indépendance de l’Argentine, les artificiers argentins de Cienfuegos, pour leur première participation à Montréal, prendront la relève sur le thème Les contrastes du Sud.