Réjouissances italiennes
Flamboyantes réjouissances italiennes que cette prestation de la firme Ipon SRL (Pagano) pour ouvrir le troisième feu en compétition.. Fête romaine d’envergure qui se voulait aussi un hommage à l’ancienne et puissante Rome, Ville Eternelle.
Tout concourrait pour faire de cette soirée à l’Italienne un franc succès: temps superbe, musique variée, enlevante appuyée par une synchronisation pointue, feu richement coloré et pièces savamment choisies. Un feu dans la plus pure tradition napolitaine.
Riches de leur expérience concluante en 1997 et 1998, ces artificiers aguerris tentaient de récidiver et de démontrer que leurs deux participations au Concours d’art pyrotechnique de Montréal n’avaient surtout pas été que de simples coups de chance.
Pour sa troisième participation au Mondial SAQ,
Bénito Pagano, récipiendaire des Jupiters d’or(1997) et argent (1998) avait
opté pour une musique exclusivement instrumentale. Une musique grandiose,
parfaitement recherchée, harmonisant avec appoint toutes les variations,
métamorphosant les effets et les mouvements des pièces pyrotechniques dans un
programme prometteur et fort attrayant. Les artificiers italiens ont fait
passer cette foule par toutes les émotions, toutes les étapes de l’extase durant
leur démonstration se prêtant agréablement au thème Feste Romane.
Sur La Ronde fourmillante, chez les adeptes relaxés et enthousiastes, on sentait dans l’air une atmosphère qui se prêtait à la fête, aux démonstrations les plus extravagantes. D’ailleurs, imprégnés par cette fête et l’odeur de poudre ils n’en finissaient plus d’acclamer par des cris de joie et des bravos ces artistes, héros de la soirée, venus leur apporter ces sensations qu’ils voulaient ressentir à chacune des neuf séquences de leur programme.
Pour marquer cette participation italienne, la consule générale d’Italie à Montréal, Mme Laura Hagilarre, a rappelé que dans chaque village chaque fête était prétexte à un feu d’artifice, notamment la région de la Campanie, berceau de la firme napolitaine de la famille Pagano.
Le décompte terminé, on entrait de plain-pied dans la danse sur une note effervescente, la foule ébaudie manifestait sa joie. Une envolée calme et précise sur Circenses (Respighi) exécuté par l’OSM et Charles Dutoit. L’élan était donné pour ces fans ravis de se retrouver, entraînés dans ce tourbillon flamboyant et pétaradant.
Déploiement de bombes papillons à doubles effets et bombes araignées et chandelles romaines donnaient le ton à cette première séquence, chandelles grimpant en cadence tandis que les bombes progressaient sur un crescendo bien travaillé.
Animés par ce besoin d’éblouir et de démontrer leur grand savoir-faire les Italiens nous ont offert des moments magiques avec des pièces typiques de leur cru(à 95 pour cent).Comme ces bombes cylindriques mosaïques Studata spécialement fabriquées pour cette compétition, les bombes multi-bris aux couleurs changeantes, ces Kamouro, ces bombes multi-bris araignées, ces autres comportant des retards d’une seconde et ressemblant à des papillons. Enfin, ces farfales s’ouvrant comme des éventails.
Dommage que dans leur grande inspiration romaine, ils aient laissé certains passages plutôt creux avec quelques rares chandelles romaines voire volées de gerbes perdues dans le vaste décor de La Ronde. On avait l’impression que certaines lignes de leur mise à feu pyrodigitale (par ordinateur)avaient fait défaut, sinon que les installateurs avaient oublié des pièces dans l’entrepôt.
Notamment sur la séquence Steel Magnolia Suite en début de programme où, après un déploiement de saxons blancs sur la rive du lac des Dauphins, on s’est soudainement retrouvé presque dans la pénombre à l’exception, comme l’illustrait d’ailleurs ma collègue Francine Grimaldi avec sa passion du mot juste et coloré, de quelques timides prouts! prouts! On avait l’impression que le spectacle manquait de souffle et de force. Laissant la foule perplexe. Il a suffi de quelques secondes pour que le rythme reprenne tout de go.
Au départ de Leaving Port(Titanic) quelques mines nautiques ont lancé le mouvement changeant du blanc au rouge. Chandelles romaines Panzera rythmées et diabolos se sont relayées pour enchaîner la cadence. Belle incursion de bombes vertes et-rouges pour appuyer judicieusement le tintement de la cloche du navire. Chandelles, volcans et bombes araignées complétaient le tableau pourtant assombri par deux autres passages à vide, si ce n’était que quelques orphelines gerbent. Heureusement reprises par des mouvements de chandelles, de serpentins, de jets siffleurs et de girandoles bien emmenées sur un rythme parfaitement soutenu.
The Might of Rome, tiré du film Le Gladiateur, pièce maîtresse du spectacle( plus de cinq minutes) a d’emblée emporté littéralement les amateurs par trois mines stroboscopiques qui ouvraient la route à la marche triomphale romaine. Une grande illumination blanche rappelant la puissance de Rome suivie de bombes à doubles effets, que cadençait en arrière fond un chœur assurant le tempo au roulement de grosses bombes multicolores. sous une pluie de volcans. Avec une sorte de pré-bouquet final, les Italiens pavaient déjà la voie à une triomphale et imposante finale.
Belle tentative que celle d’entreprendre un bouquet final sur une note plus langoureuse plutôt que d’entamer directement le bombardement traditionnel.
Pourtant, connaissant les artificiers d’Ipon, on soupçonnait fortement qu’ils n’allaient pas en rester là. Comme de fait, le crescendo s’est rapidement emballé. L’espace de quelques secondes et chandelles romaines Panzera, jets siffleurs, fusées craquantes et bombes de tout calibre (plus de 400) se déployaient dans un immense kaléidoscope digne de ce festin des dieux. Festin où le jaune le blanc, s’unissaient au vert, au rouge, au mauve et à l’argent dans une immense et brillante palette submergeant La Ronde.
Bouquet final qui s’est traduit par un débordement typiquement italien comme une explosion de l’Etna: coloré et tonitruant. En toute dernière minute un ultime salut et ce couronnement étincelant englouti dans un bruit assourdissant qui, pareil à toute finale, rendait la musique de I pini della via Appia inaudible.
Qu’importait pour les inconditionnels cette orgie de décibels, ils venaient de vivre un moment de grande joie qu’ils ont bruyamment manifestée en répliquant à tout rompre par des bravos et des applaudissements.
Fondée en 1896, la firme italienne Ipon SRL (Pagano) exploite depuis quatre générations l’entreprise familiale qui compte une quinzaine d’employés. Quatre-vingt dix pour cent des ses produits sont fabriqués sur commande. Etablie à Ottaviano, près de Naples, elle est notamment réputée pour ses bombes cylindriques de gros calibre à multi-bris.
Samedi les Espagnols de Pirotécnia
Vicente Caballer, gagnants de cinq Jupiters, assureront la relève avec leur
thème Musique pour vous.