Les Soldi frôlent le succès

 

Tout concourrait vers un succès pour les Italiens de la fime Soldi à leur dixième participation à Montréal : un temps idéal, un choix de pièces variées aux couleurs chatoyantes, une prestation de bon goût et une parfaite maîtrise de leur spectacle. On s’orientait vers une démonstration de haut niveau comme savent le faire ces artistes de la pyrotechnie. Ouvrant  la voie à une très enviée place  sur le podium  des Jupiter.

 Malheureusement il aura fallu qu’en fin de programme (deux minutes avant le final) un bris de communication entre l’ordinateur et le module de tir vienne tout gâcher. Au grand désespoir des amateurs qui, dès le départ, se sentaient vraiment dans le feu.

 Sur l’avant-dernière séquence Dragostea Din tel (chanté en roumain)  La Ronde a sombré dans l’obscurité totale. Suivie de Hung Up (Madonna) sans aucun appui de pièces pyrotechniques. Une éternité pour les amateurs qui se sentaient tout à coup désemparés, déçus. voire inquiets. C’était la consternation!

On avait l’impression qu’une fois encore la guigne revenait hanter les Soldi, eux qui avaient déja connu d’autres ennuis techniques dans le passé. Après leur démonstration, les frères Sergio et Fulvio Soldi, diplomates mais visiblement déçus, ne savaient plus  que penser. Gagnants d’un Jupiter de bronze en 1995, ils avaient pourtant tout misé pour leur participation à l’International des feux Loto-Québec. Durant un mois la famille au complet s’était concentrée sur la fabrication des pièces et la préparation de leur spectacle.

Dès le départ les Italiens s’acheminaient vers une prestation de haut niveau avec Gladiateur.  La rive du lac des Dauphins s’illuminait harmonieusement de rouge. Feux de Bengale et nautiques ouvraient le bal. Un départ prometteur et surtout  bien dosé et bien cadencé.

Un feu bien équilibré avec des pièces variées et des couleurs étonnantes. Déjà on se sentait dans le feu, on le vivait au  fur et à mesure l’émotion nous imprégnait, grandissait. Un feu parfaitement synchronisé qui ne laissait aucun moment de répit aux spectateurs pourtant moins nombreux sur La Ronde.  Tout roulait à la perfection : choix des pièces, cadence sur la musique et l’homogénéité du feu. Qu’espérer de mieux!

Quant à la trame musicale de 16  séquences elle ne présentait pas une révélation pour rehausser le thème du  scénario L’Italie, le monde. On n’y retrouvait guère l’âme italienne si ce n’est le passage de I Hate you then I love you  interprété en duo Pavarotti – Dion ainsi que  le thème du film La vita é bella.

En revanche, à mon avis, certains passages auraient mérité quelques moments plus calmes. Dans l’ensemble les Italiens ont su maîtriser avec un art consommé leur agencement par une synchronisation pointueappuyée par une présentation de pièces raffinées et élégantes : de véritables joyaux pyrotechniques. Un arsenal  produit typique de cette petite entreprise : gâteaux (cassetta infernale), Bengales, cœurs, farfales, nautiques, volcans, chandelles et bombes de 200 mm. Elle répondait en partie au vœu déjà exprimé en juin 1990 par le regretté Giovanni Panzera  qui insistait sur le fait qu’il fallait miser sur la qualité plutôt que sur la quantité.

Certes, dans ce déploiement intempestif  on ne peut guère faire abstraction d’une prolifération de fusées crépitantes, de gâteaux et de fusées sifflantes. Et pourtant ne gâchaient pas pour autant ce grandiose spectacle comme saventsi bien le faire les Soldi . Des passages étonnants notamment sur Army of Lovers (Lee Ryan) au moyen de moulins et de geysers  et Street of Love  (Rolling Stones) par l’illumination du lac au moyen d’une parfaite lignée de Bengales. Pendant  Welcome to Wherever You are (Bon Jovi) d’immenses queues de paons dorés se déployaient en miroitant somptueusement dans le lac des Dauphins sur un crescendo bien amené. Un lac qu’ils ont su exploiter comme d'habitude de main de maître. Pour repartir sur une pluie d’étoiles et d’une envolée de fusées, reprise par un étalement de moulins aux couleurs changeantes s’ouvrant simultanément avec une précision d’horloger. Chandelles s’entrecroisant, bombes farfales et pluie de cheveux d’ange terminaient la séquence Remarquable démonstration de savoir faire à l’italienne sur Eros Ramazzotti & Anastacia ces chandelles rouges rasant parfaitement le lac des Dauphins.

Malheureusement l’enchaînement laborieux vers le bouquet final sur Hung Up (Madonna) a connu ses répercussions inévitables. Un bouquet qui se concluait dans un véritable méli mélo sur un assortiment de bombes multicolores, de craquelins et fusées pétaradantes qui virevoltaient dans tous les sens. Une impressionnante cacophonie. A tel point qu’un grand nombre de bombes qui ont été inutilisées

Dimanche prochain les Agentins de Cienfuegos pour leur deuxième venue à Montréal nous entraîneront sur les traces d’Evita et le Che.