Une pluie de joyaux dans le ciel
Imposants et étourdissants japonais. Maîtres incontestés des déploiements de grosses bombes aux rondeurs impeccables, les artificiers de Marutamaya ont défendu, une fois de plus, leur suprématie dans ce domaine. Etalant d’énormes fleurs aux teintes vives, pastel, ils ont ébloui les amateurs avec leurs pièces de grande qualité et des nouveautés exclusives pour Montréal : bombes à doubles anneaux, bombes à multi effets clignotants en leur centre (abeilles), des anneaux et de magnifiques cœurs rouges et verts.
Pendant cette autre soirée frisquette, les spectateurs ont pu admirer une étonnante pluie de joyaux enfermés dans un écrin d’une grande richesse de couleurs. Des joyaux qui créaient un immense jardin floral dans le ciel de La Ronde.
Le thème Harmonie pour lequel avait opté le concepteur et directeur exécutif de la firme Marutamaya, Toshikatsu Ogatsu, reflétait la pensée japonaise et bouddhiste s’appuyant sur les cinq éléments de la nature : la terre, l’air, l’eau, le vent et le feu. Comme en 1987,1994 et 2000 M. Ogatsu a puisé aux mêmes sources pour étayer son programme, à l’approche très zen. S’inspirant encore d’une trame musicale du même style, réunissant à la fois du classique (Beethoven, Strauss, Holst ),du moderne Pink Floyd et John Williams et la musique techno (Yanni et Kitaro(réputé au Japon) . Une musique qui semble ne pas vouloir imprégner l’âme du feu et n’apportant pas cette symbiose entre la musique et la pyrotechnie, essentielle à un pyromusical.
Au moment du traditionnel décompte, les spectateurs retiennent toujours leur souffle, préparés à un départ fulgurant et impressionnant. A zéro ils rivent leurs yeux au ciel pour ne rien manquer du spectacle. Il aurait pourtant suffi des quelques pièces de l’ouverture pour enclencher le mouvement. Hélas ! les textes narratifs ont stoppé illico la fougue des premiers instants. Leur présentation s’ouvrait par une narration qui avait la désagréable manie de briser l’élan pourtant fort prometteur, élan qui annonçait une pièce choisie de John williams Summon the Heroes
Enfin on pouvait entrer dans le vif du sujet! Un départ bien réussi avec ces comètes à un seul coup vertes et rouges qui grimpaient en cadence ainsi que les croisements de chandelles accompagnées de ces bombes typique japonaises. Leur présentation s’ouvrait par une brève narration avant chaque élément qui orientait et donnait un éclairage particulier à chacun départ.
Dommage pour le public qui affrontait cette barrière psychologique, obstacle que les Japonais ont vraiment de la difficulté à franchir. Est-ce cette barrière entre la pensée orientale et occidentale qui nous échappe ? Au départ, la première narration portait plutôt mal pour cette soirée..
Des cinq actes on peut dire que celui sur la musique de Pink Floyd One of the day a été le mieux exploité : vraiment bien rythmé sur un tempo progressif . Notamment par le biais de la mise à feu par ordinateur (pyrodigital) avec ces lance-flammes rougeoyants sur le bord du lac des Dauphins, ses volées de comètes à un coup en série, ses girandoles et ses teintes chatoyantes, .couronnées par des bombes aux couleurs changeantes très hautes dans le ciel. Mise à feu répétitive et mécanique qui a surtout servi lors de l’emploi en série de l’orgie de fusées à un coup. Apportant plus de froideur que d’émotions.
Finalement, chandelles, girandoles et pluie dorée se déployaient sur une voix langoureuse de femme Parfaite synchronisation entre cette voix lancinante et les bombes à anneaux multiples. Des bombes rouges avec en leur centrent des clignotants comme des abeilles scintillant dans le ciel.
Belle séquence également que ce vent soufflant sur le rythme de la musique techno de Kitaro, Silk Road, rendait très bien la progression des fusées crépitantes, des chandelles et de serpentins. Un court temps mort et tout repartait avec des grosses bombes. Surgissant comme des éclairs dans le vent qui se déchaînait. Un bref temps mort et tout repartait sur un rythme bien cadencé. Nouvelle flopée de fusées sifflantes et croisements de chandelles un peu désordonnés.
Une prestation lumineuse et plutôt stylisée qui sombrait malheureusement bien souvent dans le répétitif, en particulier avec une débauche de comètes à un coup, source d’épaisse fumée et des croisements de chandelles manquant d’équilibre. On aurait espéré que, fort de son expérience, M. Ogatsu lors de sa septième participation à Montréal aurait apporté dans ses bagages un brin de subtilité et d’originalité. Mais, à l’exception des superbes bombes à anneaux multiples aux riches couleurs, rien ne tranchait concrètement dans cette démonstration de compétition. En fait, les Japonais, deuxièmes concurrents de ce concours n’ont pas provoqué de suspense dans ce mariage musique-pyrotechnie. Pourquoi M, Ogatsu ne s’est-il pas non plus servi de tous les niveaux pour agrémenter son feu sans sombrer continuellement dans le spectacle en hauteur. Ce qui, à mon avis, aurait permis d’enrichir sa prestation dans cette grande course au Jupiter Platine.
Par ailleurs, on aurait souhaité à tout le moins que pour cette joute épique le maître Ogatsu peaufine davantage sa recherche côté musical. Et pourquoi ne pas avoir joué avec des pièces pyrotechniques plus légères, plus adaptées à certaines passages de séquences musicales?
Quant à leur présentation avant chacun des cinq éléments du programme, elle aurait mieux servi le spectacle après le coup d’envoi bien minuté des premières chandelles, histoire de nous embarquer d’emblée dans le feu de l’action Une fois le décompte terminé, la foule s’attendait à un départ japonais fulgurant. Hélas ! on sombrait dans une narration.
Sur le final, emporté par la 9e Symphonie de Beethoven, les Japonais se sont livrés à un assourdissant et multicolore bouquet de bombes à anneaux, chandelles, fusées sifflantes et tout le reste dans un immense badaboum! qui supplantait à qui mieux-mieux le rythme de la musique. C’était la grande foire habituelle inondant La Ronde de tous ses feux et de toutes ses entrailles. Il fallait bien suivre la tradition et en mettre plein la vue à cette foule extasiée, enivrée par l’odeur de poudre.
Sans doute aurait-il été plus judicieux de jouer davantage sur un crescendo et une variation de pièces pyrotechniques pour amener les amateurs vers cette flamboyante finale, donnant surtout plus d’étoffe à ce bouquet sans sombrer dans le plus pur classique rugissement de la poudre.
La semaine prochaine les Italiens de Ipon SRL, gagnants de deux Jupiter (1997 et 1998) nous invitent à participer à leur Feste Romane.