Un jeu de bruits et de lumières

 

Les artificiers portugais ont flirté continuellement avec l’audace et l’intensité dans un jeu détonnant de bruits et de lumières. Leur démonstration Ritmo vagabondait sur les décibels dont le rythme intempestif ne se ressentait vraiment pas dans la trame musicale. De sorte que la pyrotechnie semblait ne pas s‘ajuster à la cadence.

       Bruits qui se sont d’ailleurs répercutés tout au long du spectacle : de tambour, de bouchons qui sautent, de gouttes d’eau, de talonnades espagnols, de crépitements, de marrons. Une tentative de performance soutenue par ce goût inné du percutant. chez ces Latins.

       Un feu peu concluant, glissant trop souvent dans le déploiement de pièces obstinément répétitives : chandelles, geysers et fusées mono-coups, fusées crépitantes et serpentins qui ne respectaient guère la synchronisation. Rien de comparable à leur prestation de 2002 et pour laquelle ils avaient décroché le Jupiter d’argent avec leur Danse du feu.

       On ne retrouvait pas dans cette prestation le côté finesse des tableaux qui se ressemblaient trop souvent, à l’exception du dernier. Ni cette quête du merveilleux qui éblouit  tout en faisant ressentir ces sensations.

       Bien sûr, la foule d’amateurs amassés sur La Ronde et le pont Jacques-Cartier apprécient ces manifestations de grandes envolées pétaradantes qui les emportent dans une sorte d’euphorie collective. Eux qui aiment exprimer leur satisfaction par des applaudissements. Il reste qu’un spectacle pyromusical doit aussi offrir aux spectateurs une certaine variation dans ses séquences, histoire de pouvoir apprécier aussi des moments plus calmes sans sombrer toujours dans l’assommant.

        En voulant innover dans leur deuxième participation à l’International des feux Loto-Québec, les Portugais du Groupo Luso Pirotecnia avaient peut-être mis la barre un peu haute pour épater les amateurs et … le jury. Si bien qu’on avait l’impression d’assister à un largage de pièces sans canevas  précis.

       Dès le départ, les Portugais voulaient se démarquer en épatant le public par le truchement d’une séquence d’ombres chinoises de deux minutes, rythmées par des tambours japonais de Kyosui  (Yoshi  Fujimoto ) Des ombres de joueurs de tambours qui, à mon avis, ne permettaient pas aux spectateurs de vivre intensément le spectacle. Si l’initiative était intéressante, s’insérant plutôt dans un programme multimédia, elle s’éternisait plus qu’elle ne suscitait l’enthousiasme.

        Un choix difficile à comprendre de la part des Portugais pourtant rompus à ces démonstrations. Eux qui en 2002 avaient conquis le Jupiter d’argent lors de leur première participation à Montréal. Habituellement c’est à l’ouverture que l’on  peut juger de la suite d’un programme..

       L’introduction de cette séquence en milieu de spectacle aurait peut-être apporté un élément plus consistant dans ce programme conçu par Vitor Machado. On aurait, semble-t-il, apprécié davantage l’ajout un peu mieux dosé de pièces en toile de fond. Belle tentative tout de même, mais dont les résultats, à mon avis, ont été plutôt mitigés.

       Quant à la séquence sur la 5e Symphonie de Beethoven, pièce magistrale la plus longue (7m 28)    si l’entrée en matière annonciatrice  semblait prometteuse, le rythme a fini par devenir répétitif et endormant avec des chandelles et des faisceaux de gerbes qui revenaient sans cesse sur une synchronisation plutôt floue. Elle nous abandonnait dans une espèce de lassitude.

       Dans l’ensemble la synchronisation ne respectait pas souvent le mariage des pièces et de la musique. On sombrait continuellement dans un jeu de chandelles entrecroisées, de fusées mono-coups , de faisceaux de gerbes et de bombes de gros calibre. Pour s’achever sur une pluie de poussière d`étoiles et de bombes en série, La musique terminée des pièces sautaient encore.

       Au cours de Flamenco la talonnade du danseur aurait pu être jouée bien autrement avec des enchaînements mieux adaptés. Non! on s’est une fois de plus contenté de la facilité : fusées, chandelles, fusées mono-coups  et crépitantes et panaches de feu au rythme imprécis. Pour conclure sur une pluie de marrons clignotants.

       Le passage le plus exubérant  a été sans aucun doute celui sur Ritmo. Ici le mot prenait tout son sens avec un emploi abusif de marrons d’air clignotants sur des percussions. On  se demandait bien ce que  percussion et marrons d’air ajoutaient à cette frénésie de décibels. Un passage beaucoup trop long  et dont la musique était littéralement étouffée et qui déroutait les amateurs de beaux tableaux. L’insertion d’une plus grande variété de pièces aurait peut-être apporté une meilleure harmonie à cette séquence.

        La véritable originalité est apparue en fin de programme pendant Reflections of earth sur le bouquet final avec cette sphère juchée sur la rampe deux. Le seul coup d’éclat qui aura duré environ quatre minutes. Sphère qui s’est soudainement illuminée crachant ses étoiles et ses fusées mono-coups dans toutes les directions, comme une myriade d’étoiles s’échappant d’une boite  à surprises, pour finalement s’ouvrir sur un immense bouquet multicolore. Autre séquence intéressante: ce tourbillon de serpentins sur l’onde qui donnaient l’impression de poissons dorés s’ébattant prestement au fil de l’eau. 

       Évidemment  le bouquet final s’est transformé en un déferlement traditionnel dans un méli-mélo de pièces multicolores. Le spectacle était terminé depuis cinq minutes que des pièces explosaient encore. Des pièces qui ont enflammé une partie de la rampe trois, détériorant du même coup une douzaine de boîtes de contrôle. 

       Samedi les Canadiens de BEM feux d’artifices nous invitent à revivre l’histoire de Montréal avec Au pied du courant.