Eric Tucker sait parfaitement maîtriser l’art pyrotechnique. Il en connaît tous les secrets et sait aussi comment mettre en relief les effets qui font d’une prestation pyromusicale un succès. Mais pour ce qui est d’innover, il faudra repasser… Si sa prestation était parfaitement réussie dans l’ensemble, il y manquait toutefois un véritable scénario. Avec le feu américain d’hier soir (25 juillet) on savait d’avance, qu’à moins d’un véritable coup de malchance, Tucker reviendrait en force avec la formule gagnante qu’il emploie à chaque fois : un feu bien cadré, de belles et grosses pièces et une musique qui plaît au public. Dès hier soir, on connaissait donc déjà le roi de ce 15e concours de mercredi prochain. Cette fois, il a penché du côté classique pour nous faire sa démonstration de puissance. Il faut admettre tout de même que ce feu roulant, fulgurant présenté par le dernier concurrent de ce 15e International Benson & Hedges a vraiment déclenché l’enthousiasme de la foule des quelque 20 000 amateurs venus à La Ronde, en dépit d’un temps incertain. Un excellent déploiement de la puissance américaine mais rappelant aussi le feu de l’an dernier qui avait sacré le même Tucker. Rien de bien nouveau sous le ciel de La Ronde. Le principe est simple: quand une formule gagnante marche pourquoi ne pas récidiver? C’est exactement ce que Tucker a fait, cette fois en agençant une trame sonore classique qui par ses rythmes permet toutes les latitudes. Et le tour est joué. Le déroulement des séquences, monotone et répétitif finissait par lasser en dépit du faste et de l’ampleur des pièces. On démarrait avec des chandelles romaines Panzera suivis de crépitements, pour terminer sur de grosses bombes japonaises de 300 mm. Une meilleure exploitation du lac des dauphins, offrant pourtant toutes les possibilités aux concurrents, aurait certes apporté une touche supplémentaire au programme. On s’attendait à plus d’ingéniosité de la part de Tucker, pourtant réputé pour son audace et sa créativité. Rappelez-vous le spectacle Dragons de soie, produit en 1992 pour la Chine (Sunny), un petit chef-d’œuvre de composition qui avait remporté le jupiter d’or. A la lumière de cette fulgurante démonstration américaine, on peut se demander où se limite la puissance? Est-ce à dire que les firmes concurrentes qui sont incapables de concurrencer financièrement des déploiements de type Tucker (Performance Pyrotechnic Assosiates) sont vouées à demeurer irrémédiablement dans l’ombre? Faudra-t-il un jour limiter le nombre de pièces pour être équitable envers tous les concurrents? La question est posée. Il revient maintenant aux organisateurs de ce concours d’en évaluer tous les impacts et les conséquences. - 25 juillet 1999.