<_x0021_Author: GLamon><_x0021_Typist: GLamon>

Sombre défaite américaine

17 JUILLET 2002

Arrivés en conquérants avec une batterie démesurée de moyens, les Américains de la firme Austin Pyrotechnics, accueillis par leurs compatriotes de Six Flags, se sont effondrés lamentablement. Leur démonstration a tourné au véritable désastre. Déconfiture imputable en très grande partie à une préparation désorganisée, un choix fort discutable de pièces, une piètre synchronisation, de mauvais enchaînements et des temps morts à répétition. Pour eux, mieux valait donc en rire qu’en pleurer.

La veille, pourtant, Paul Austin annonçait fièrement qu’il présenterait un inoubliable concert dans le ciel. Inoubliable fiasco! Tant d’efforts et tant d’investissements et pareil arsenal pour aboutir à un tel échec! La plus navrante déroute à laquelle j’aie assisté depuis fort longtemps.

L’impatience était palpable partout. Comme bon nombre de spectateurs, j’avais vraiment hâte que les 30 minutes s’achèvent. Dommage, car le feu aurait pu être intéressant, compte tenu du programme choisi et en particulier des belles bombes italiennes aux teintes chatoyantes et pastel.

Bien sûr, Dame nature n’a guère contribué à couronner la soirée Paul Austin.. Déluge de pluie, éclairs et orages se manifestaient souventefois. De l’électricité statique contribuant même au départ inopiné de quelques bombes avant le début du feu. Un temps à faire damner tout artificier, quoi!

Le départ, retardé de cinq minutes, refroidissait d’emblée les inconditionnels déjà trempés par la pluie. Quand la chanteuse France Damour a lancé le décompte, on aurait pu croire que tout se tasserait : l’envol d’une nuée de gâteaux chinois bien placés entretenait un petit espoir. Cette orgie de gâteaux fut directement responsable du nuage de fumée stagnant, compressé par un ciel bas et qui obstruait complètement la vue. Un immense tableau noir. Un court instant, des bombes multicolores plus hautes et mieux visibles ont, un tant soit peu, compensé ce sombre tableau.

Une Célébration de la vie à l’Américaine qui comportait toutefois un programme musical varié voire prometteur de neuf morceaux. De Spring Rain en passant par America Tonight (Bernstein), Quand on n’a que l’amour(Brel), Fire of the Mountain, Quiet Village, Stardust et Circle of Life( Jones et Rice), pour clore avec Russian Easter Ouverture (Rimsky- Korsakov).

Pendant Quand on n’a que l’amour (Brel), interprété en anglais, une salve de bombardos et de gâteaux a surgi de la rive, suivie de bombes et de chandelles. Des gâteaux chinois à profusion, convenant mal au tempo de cette composition.

Sur l’enchaînement de Itsy Bitsy Spider, après le départ de quelques chandelles, s’est ensuivi un lourd silence. La mélodie terminée, des bombes explosaient encore. Au cours de Fire on te Mountain, nouveau long tableau noir, à l’exception de quelques rares bombes égarées. Une reprise de grosses bombes rouges à répétition finissant dans le vide. Le Quiet Village - il n’avait rien de tranquille - a été entraîné par d’autres gâteaux, des serpentins et des fusées sifflantes derrière un opaque mur de fumée. On n’entendait plus que les fusées sifflantes. Nouveau trou noir durant Stardust, puis des volées de gâteaux et des anneaux rouges à demi-visibles. Le Circle of Life a surpris par sa puissance et ses bombes à triples anneaux. De belles pièces mais bien mal utilisées ; des nuances auraient certes amélioré ce passage. Face à l’implacable évidence, des mécontents se manifestent par des sifflets. La fumée envahit les gradins. Pour un bon nombre de spectateurs, c’est le ras-le-bol ; ils quittent les lieux.

En bouquet final sur Russian Easter Ouverture, le déploiement d’une orgie de bombes et de fusées crépitantes a vite noyé la musique.On a sombré dans l’anarchie: aucune synchronisation pyrotechnie-musique, mais un bombardement intensif et ininterrompu. O surprise, un bref éclair a jailli sur un joli passage de superbes bombes rouges et de lucioles dorées.. Autre temps mort ; tout repart de plus belle sur des gâteaux. Tout est terminé. Quelques bombes se perdent encore.

Comment expliquer l’utilisation délibérée de plus de 500 gâteaux et d’un arsenal de 500 bombes (de 200 à 300 mm) – on a dû ajouter plus de 200 mortiers - dans une telle compétition? La qualité d’un feu ne se mesure pas nécessairement à la quantité de matériel employée On s’attendait à plus de professionnalisme de la part de Paul Austin. Il lui restera à faire son mea culpa sans pour autant tout imputer au mauvais temps…

Quant aux artificiers de La Ronde, ils ont dû rouler à un train d’enfer pendant les quatre jours d’installation. Quatre jours de cauchemar, insistait l’un d’eux. Des moyens énormes entraînant de surcroît une sécurité accrue. Rappelons qu’en 1988, la même firme avait projeté des débris de mortier dans la Grande roue et sur un restaurant.On lui avait alors interdit de revenir.Une soirée qu’Austin et les amateurs auraient intérêt à vite oublier.

Dimanche, la firme italienne artisanale Soldi (Bronze en 1995) reprend le flambeau avec Aquarius. Reconnue pour l’élégance, la finesse et les teintes de ses pièces, espérons qu’elle saura relever ce nouveau défi.