Haute voltige pyromusicale

 

Etonnants américains! Pour le plus grand plaisir des amateurs, ils ont livré un spectacle de grande classe qui offrait un éventail de couleurs et de pièces à la hauteur de leurs aspirations, de leurs ambitions De la haute voltige pyromusicale! Un feu italo-américain techniquement bien ficelé, rehaussé de couleurs à l’italienne avec une touche rappelant l’Américain d’Eric Tucker. Tout comme le charme de Giovanni Panzera avec ses envolées en série de comètes à un coup (comparées aux chandelles romaines) et ses couleurs chatoyantes.

Pour leur deuxième participation à cette compétition prestigieuse, les Américains de Atlas Pyrovision Productions avaient choisi un scénario comprenant un prélude et une narration sur le thème Symphonie pyrotechnique emmenée par une trame musicale un peu discordante.

Un feu parfaitement équilibré, bien dosé qui a su mettre en valeur avec brio tous les niveaux de l’emplacement :haut, moyen, bas et surtout le lac des Dauphins et addition d’une rampe.

Il manquait toutefois à ces artificiers cette touche de transcendance qui fait ressortir les émotions du public qui ne demande qu’à vibrer au plus profond de lui-même. Les nombreux supporteurs américains venus applaudir les leurs n’en avaient que faire. Emportés dans la vague de leur hymne national, ils exultaient avec leurs compatriotes, Que demander de plus!

Au départ, pendant plus de deux minutes, leur prélude sur la Symphonie américaine a donné le ton à tout le programme, annonçant déjà leurs couleurs. Un prélude parfaitement réussi, cadré avec des comètes à un coup, bombes vertes, saules dorés, lilas et fusées sifflets à un rythme soutenu. Le tempo était donné. Il ne manquait que le coup de baguette magique de l’enchanteur. Avant d’entrer dans le spectacle lui-même, ils ont rendu hommage  à ce prestigieux concours, à ses artisans et ses compétiteurs avec en trame de fond une musique de Gladiator. Un coup de chapeau dans une excellente narration en français à la Pierre Walder.  Dommage qu’ils ne se soient pas inspirés de l’expertise de Walder dans l’art d’agencer les  séquences musicales. Leur thème Symphonie pyromusicale annonçait une harmonie et une unité qui réussissent souvent à émouvoir les spectateurs et qui aurait dû nous dévoiler une facette de l’âme américaine et qu’on a attendu vainement.

Parmi les douze tableaux,  certains passages ont volé la vedette. Ainsi la séquence sur Greased Lightning  a été fort remarquée avec ces mines, ces jets sur le lac accompagnés de volcans qui partaient en cadence sur la musique, le faisant miroiter de tous ses feux.   .

Pendant  l’Oiseau de feu de Stravinsky, des gerbes ont jailli de la rive, rapidement suivies de moulins ancrés sur des radeaux au milieu de l’eau, tournoyant avec un cœur rouge changeant de couleur. Passage particulièrement réussi et qui donnait au lac une ampleur féerique accompagnée de ce panache de comètes dorées se déployant à la manière des ailes de l’oiseau de feu.

A noter également cette séquence vers la fin de At Last où les amateurs se sont amusés avec cet arc-en-ciel rouge, vert et  bleu, de comètes à un coup qui partaient en saccades surgissant du lac, une prouesse qu’affectionnait particulièrement Eric Tucker. Sans oublier  les surprenantes soucoupes à double Ascension qui ont étonné et amusé les spectateurs.

Un spectacle de choix, bien rythmé et synchronisé. Certes les comètes à un coup étaient belles, lumineuses, levant tantôt à gauche, tantôt à droite et s’amalgamant dans un continuel ballet de chassés-croisés. Pourtant, à force de répéter sans cesse le manège on finit par annihiler le résultat escompté. Egalement beaucoup trop de volcans multicolores, même s’ils suivaient parfaitement le mouvement de la musique.

Dans l’ensemble un feu bien structuré avec une série de pièces toutes aussi étonnantes les unes que les autres. Une panoplie à 50 pour cent espagnole(Ricardo Caballé) dont ces superbes bombes cylindriques à multi-bris et à doubles anneaux, les  bombes chrysanthèmes japonaises, les taïwanaises et italiennes. Une démonstration de force qui a su récolter l’ovation du public parmi lequel de nombreux américains venus encourager leurs congénères

Le concepteur et président de cette firme du New-Hampshire fondée en 1950, Steven Pelky a jonglé avec les couleurs à l’italienne comme un Merlin l’enchanteur, jouant aisément avec les rouges vermeil, les verts, les bleus, les lilas, les jaunes, les orangés et les chartreuses. Dans une superbe palette.

Le bouquet final semblable à toutes les finales a pris des allures de bombardement infernal. La Ronde a craqué de toutes parts avec ces fusées crépitantes  prenant continuellement le pas sur les bombes, les girandoles et les comètes à un coup et toujours en  avant-plan ces volcans crachant leurs flammes. Un déchaînement total!

D’année en année le concours de Montréal a, comme le prônait feu Giovanni Panzera, privilégié l’innovation et l’originalité chez les compétiteurs, repoussant les limites de l’imaginaire. La prestation de la firme Atlas Pyrovision Productions illustre bien le long chemin parcouru  entre sa participation en 1995 et celle de cette année. Les Américains ont su s’inspirer des grands maîtres en leur rendant hommage par leur éclatante démonstration. De plus cette firme a eu le mérite de mettre en évidence ce concours qui a en 19 ans d’existence a dépassé les frontières du pays et ouvert une fenêtre sur le monde.

Mercredi, la firme canadienne Royal Pyrotechnie, qui en sera à ses premières armes au Mondial SAQ, nous invite sans retard à  leur spectacle, puisque Le ciel ne peut attendre.