Le 3e dimanche du temps de l'Église A
27 janvier 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Chers soeurs et frères dans la foi,
Saint Matthieu nous raconte le début de la vie publique de Jésus. Après son baptême par Jean-Baptiste, il est allé au désert, conduit par l'Esprit. Il y est resté quarante jours, tenté par Satan.
Au bout de quarante jours, sa retraite terminée, il remonte vers le pays du nord, vers la Galilée de son enfance. Et c'est là qu'il commence son ministère. Saint Matthieu prend la peine de souligner que ce pays du nord, les rives du lac de Galilée, c'est la terre de Zabulon et de Nephtali. Pourquoi?
C'est un souvenir d'Isaïe, le prophète que nous avons entendu dans la première lecture de ce matin: le Seigneur avait couvert de honte le pays de Zabulon et de Nephtali; mais ensuite, il les a couverts de gloire. Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière; sur ceux qui habitaient le pays de l'ombre, une lumière a resplendi.
Ce texte d'Isaïe, nous l'avons déjà entendu à Noël, durant la messe de la nuit. Le prophète Isaïe l'a écrit plus de 700 ans avant la naissance de Jésus. À cette époque, dans l'histoire d'Israël, les armées assyriennes avaient ravagé les terres de Zabulon et de Nephtali. Les Assyriens étaient considérés comme les guerriers les plus cruels de l'époque. Sur les rives du lac de Galilée, la population avait été vaincue, dominée, puis traînée en esclavage.
C'est alors qu'Isaïe a consolé le peuple de Dieu. Il a prédit une grande lumière: la libération de cet esclavage. Par la bouche de son prophète, Dieu promettait de délivrer son peuple. Historiquement, cela s'est réalisé en 734 avant Jésus Christ. Les esclaves juifs étaient effectivement libérés et ils pouvaient rentrer dans leur pays.
Nous avons encore à l'oreille cette page merveilleuse de la première lecture. Isaïe parle d'une lumière resplendissante sur les habitants du sombre pays de Zabulon et de Nephtali, ce peuple devenu esclave, ce peuple écrasé qui marchait dans les ténèbres. Le Seigneur promettait de le délivrer de l'oppresseur. Par sa lumière, Dieu lui-même venait libérer son peuple.
Au début de son évangile, saint Matthieu relie le premier discours de Jésus à ce texte d'Isaïe. C'est une façon de nous dire que l'action de Jésus sera semblable à celle de Dieu dans l'Ancien Testament.
Ce sera une libération du peuple. Jésus devra délivrer les pécheurs de leur péché, et cette libération sera en un sens comparable à celle qu'avait annoncée le prophète Isaïe en 734 avant la naissance de Jésus. Comme le Dieu de l'Ancien Testament, Jésus est un libérateur. C'est le message de l'évangile d'aujourd'hui, figuré par l'esclavage de Zabulon et de Nephtali, suivi d'une libération.
Voici le texte de saint Matthieu: Jésus quitta Nazareth et vint habiter à Capharnaüm, ville située au bord du lac, dans les territoires de Zabulon et de Nephtali. Pourquoi ce territoire? Saint Matthieu poursuit: Pays de Zabulon et pays de Nephtali... Galilée, toi le carrefour des nations; le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière. Sur ceux qui marchaient dans le pays de l'ombre et de la mort, une lumière s'est levée... À partir de ce moment-là, Jésus se mit à proclamer: Convertissez-vous, car le Royaume de Dieu est là.
De quel esclavage, Jésus est-il venu nous libérer? Il nous demande de nous convertir et ce sera la libération. Il nous demande de nous détourner de l'égoïsme, des mauvais désirs, du monde matérialiste qui nous envahit. Alors, nous serons libérés, nous serons sauvés, nous ferons partie du Royaume.
L'esclavage de Zabulon et de Nephtali, pour nous, c'est la mort qui nous écrase. Jésus promet la vie pour toujours à celles et à ceux qui se tournent vers lui. L'esclavage, c'est le monde purement matériel qui ne nous permet pas d'être libres, au plus profond de nous-mêmes; ce monde matériel qui fait de nous des machines à produire et à consommer, au profit d'entreprises dont nous ignorons pratiquement tout. L'esclavage, c'est l'univers qui étouffe notre âme en la réduisant à la servitude d'un monde borné et purement matériel.
À tous ces esclaves d'aujourd'hui que nous sommes, à tous ces esclaves du monde contemporain, Jésus lance un cri de liberté, un cri qui traverse les siècles pour venir jusqu'à nous qui sommes rassemblés pour l'entendre.
Un cri de libération pour nous aujourd'hui... Il n'est pas facile de l'entendre. Nous sommes tellement dominés par le monde ambiant. Nous sommes tellement préoccupés par la vie qui nous entraîne souvent malgré nous. Il faut gagner sa vie. Il faut faire la vaisselle, habiller les enfants, se faire accepter, prévoir les achats dans les limites du budget.
Comme il est facile que toutes ces actions importantes deviennent le centre de nos vies. Si j'avais le temps!... je lirais le message de liberté que m'adresse Jésus. Je lui demanderais plus de lumière pour comprendre cette vie qui m'entraîne, par laquelle je me sens emporté.
Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu se lever une lumière... C'est le Christ Jésus. Il entre avec sa lumière de foi, plein d'espérance, plein d'amour neuf, notre vie est transformée. Ma vie peut être changée. Ce n'est pas que les problèmes seront tenus à distance: il nous atteignent toujours. Mais avec Jésus, nous avons la capacité d'y faire face, parce que le Fils de Dieu est passé avant nous, et que le terme qu'il annonce est lumineux.
Comment exprimer cette libération? Nous sommes tellement habitués à porter seuls nos problèmes et à résoudre seuls nos difficultés. Nous sommes fiers de nos moyens humains, de nos relations, de nos influences. Nous sommes fiers de nos techniques qui lavent notre linge, qui aspirent la poussière de nos tapis, qui réchauffent nos aliments; les techniques qui transportent les hommes sur la lune et qui amènent dans nos salons les émissions les plus intéressantes et les plus variées.
Tout le monde a besoin des biens matériels, alors que Jésus et sa lumière, beaucoup semblent pouvoir s'en passer. Et pourtant, nous savons bien que la technique ne répond pas à la profondeur de nos désirs. Le monde matériel ne comblera jamais les aspirations du coeur humain.
Aujourd'hui, Jésus nous invite à nous convertir: Convertissez-vous, car le Royaume des cieux est tout proche. Ce message, placé au début de l'évangile de saint Matthieu, est une invitation à rester attentifs, à bien regarder le monde qui nous entoure pour ne pas nous y laisser prendre. Le Royaume de Dieu est parmi nous.
Ensemble, prions le Seigneur de nous y conduire.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4,12-23
Voir version brève avec Évangile