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Le onzième dimanche ordinaireA

15 juin 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 9, 36-10, 8

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Nous avons terminé le cycle des grandes fêtes chrétiennes: l'Avent et Noël, le Carême suivi de Pâques, l'Ascension, la Pentecôte, la Trinité. Et nous reprenons ce matin la lecture suivie de l'évangile de saint Matthieu.

Nous en sommes au chapitre neuvième, où Jésus parcourt les villes et les villages de Galilée en proclamant la bonne nouvelle du Royaume des cieux. Partout où il passe, il donne les signes du Royaume annoncés par les prophètes, parmi les plus connus: il guérit les malades, il rend la vue aux aveugles, il fait entendre les sourds et parler les muets. Puis il s'arrête aujourd'hui pour regarder la foule.

Il en éprouve une vive compassion parce que cette foule est laissée à elle-même, comme des brebis sans berger. En l'absence de vrais guides spirituels, les filles et les fils d'Israël s'épuisent à marcher souvent dans la mauvaise direction.

Deux mots dans les évangiles servent à exprimer la compassion de Jésus. Le premier désigne la pitié: “Seigneur, aie pitié de moi, Fils de David” (Matthieu 20, 30-31). C'est la prière de l'aveugle qui nous a donné le célèbre Kyrie eleison. Ce verbe signifie avoir pitié au sens où l'on ressent, en son âme et en son coeur, la souffrance d'un autre. C'est comme lorsqu'on dit en français: “Mets-toi à ma place! Essaie de comprendre ma situation et mon désarroi.”

Cette pitié n'a rien à voir avec l'orgueil ou la condescendance. C'est tout simplement d'être sensible à la souffrance des autres et à leurs besoins.

Un autre mot qu'on lit dans l'évangile d'aujourd'hui désigne la pitié comme une émotion profonde, ressentie physiquement. Le mot grec splagkhna veut dire les entrailles, les viscères, surtout les reins, le coeur, et l'utérus d'une mère. Ce mot qui exprime la compassion de Jésus décrit une émotion presque physique: il est bouleversé intérieurement, remué jusqu'aux entrailles devant la souffrance des gens de son temps qui sont appauvris et sans emploi. Beaucoup en sont réduits à la faillite. Les paysans doivent vendre leurs terres. Tous sont écrasés par les impôts des Romains.

Que fera Jésus? On pense spontanément à des changements sociaux. Chasser d'abord les Romains. Changer de politiques. Secourir les pauvres. Réformer la structure sociale. Car nous le savons clairement: plus que n'importe quel prophète, Jésus est venu en ce monde pour rétablir le droit et la justice. Mais voyons la solution proposée dans la Parole de Dieu.

Face à la détresse des gens et à l'urgence indiscutable, Jésus a choisi de renverser la perspective. Il a dit au chapitre 5: “Bienheureux les pauvres de coeur, le Royaume des cieux est à eux.” Alors il prend parmi ses disciples douze hommes sans grande influence, dont Matthieu, un collecteur d'impôts qui amasse de l'argent; Jacques et Jean, deux fils de propriétaire qui rêvent de dominer; Simon le zélote, un cananéen nationaliste prêt à chasser les Romains par la force des armes. Ce sont des disciples, des gens attirés par ses enseignements et qui marchent avec lui sur la route.

Jérémie, qui a vécu au septième siècle avant notre ère, a réagi de la même manière en voyant le peuple privé de pasteurs. Devant un monde en désarroi, devant la société de son temps où tout s'organisait comme si Dieu était absent, Jérémie écrivait (3, 15): “Je vous donnerai des pasteurs selon mon coeur, qui vous conduiront avec intelligence et prudence.” C'était déjà l'image du bon Pasteur, et c'est sans doute le texte auquel Jésus pensait lorsqu'il désigna Pierre pour faire paître ses brebis (21, 15).

Ainsi en choisissant douze de ses disciples, Jésus fera d'eux des pasteurs selon le coeur de Dieu. Il les enverra proclamer que “le Royaume des cieux est tout proche.”

Il est remarquable que devant un monde en désarroi, la première vocation des apôtres soit la prière. Il faut d'abord — en toute priorité! — restaurer le lien personnel et explicite avec le coeur de Dieu: “Priez donc le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson.” Dans le but même de réformer la société, Jésus parle d'abord de prier le Père et de moissonner, de cueillir les fruits de sa venue dans notre monde.

Puisque le but de Dieu en envoyant son Fils était de libérer son peuple, notre premier rôle apostolique sera de lui dire notre confiance et notre désir de voir son projet se réaliser dans le monde. Croire à la Parole d'espérance devant la souffrance humaine et prier le Père d'envoyer des ouvriers à sa moisson, telle est la première mission confiée aujourd'hui aux douze apôtres.

Afin qu'ils puissent remplir la mission, Jésus leur donne l'autorité nécessaire pour proclamer le Royaume, guérir, relever, purifier, expulser les démons, toutes les oeuvres auxquelles se reconnaît l'action du Fils de Dieu. Devant les besoins immenses de la société du temps, tout le monde aurait pu aller dans toutes les directions, en commençant par chasser les armées romaines; en éliminant les sources de malheur les plus visibles! Mais Jésus nous dit que les premiers changements se font dans l'intimité du coeur.

Ainsi, la première mission des apôtres est confiée aujourd'hui à quelques personnes, douze seulement, en espérant que, par elles, sera touchée la multitude de ceux et de celles qui attendaient la consolation d'Israël, le Règne de Dieu; ceux et celles qui n'avaient pas sur terre leur juste part de bonheur; les gens qui espéraient leur guérison ou la naissance d'un enfant; les réprouvés et les exclus; les personnes qui, dans l'évangile, se précipitaient vers Jésus et l'appelaient en attendant quelque chose de lui. Voilà sa mission et celle qu'il confie aux apôtres.

Le verbe grec apostellô, dont nous avons tiré le nom d'apôtres, signifie envoyer. La mission vient du mot équivalent en latin. Ainsi les trois mots apôtres, missionnaires et envoyés ont le même sens initial.

L'appel des premiers apôtres leur est propre: Jésus les a appelés par leur nom en les regardant dans les yeux. Ils n'étaient que douze et ne semblaient pas se rendre compte que Jésus leur confiait une tâche mondiale: la mission qui aurait le plus d'influence sur toute l'étendue de la planète.

S'il a suffi de douze apôtres pour cette mission au départ, et puisqu'elle a si bien réussi malgré leur faiblesse, nous n'avons aucune raison de douter qu'elle ne puisse se réaliser de la même manière aujourd'hui.

Nous célébrons donc en ce jour la mission évangélique remplie dans la joie et la confiance. À travers nos efforts, Dieu réalisera ses promesses. Si vous savons prier, et si nous y croyons vraiment, la mission qui nous est confiée ne pourra que se réaliser et porter son fruit. Souvenons-nous surtout que notre premier rôle, dans cette mission, c'est la prière.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 16:12 hrs. le 10 novembre 2007 par JL.