Le douzième dimanche ordinaireA
22 juin 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Jésus fait de l'humour aujourd'hui. Mais nous ne sommes pas habitués à le voir et c'est donc pour nous une occasion de le mieux connaître. Comme les gens de son pays et de son temps, il aimait sans doute faire sourire ses amis et ses proches. Si vous avez des amis nés en Italie, en Égypte ou au Liban, vous reconnaîtrez facilement cet humour méditerranéen.
D'ailleurs, les gens qui ne rient pas ne sont pas des gens sérieux!
Mais il faut reconnaître que nos traductions françaises sont un peu figées. Elles ne laissent souvent pas transparaître les traits d'humour du Fils de Dieu. Il faut lire des ouvrages en anglais ou en d'autres langues, ainsi que des traductions plus précises que les nôtres, pour le remarquer.
Souvent les traducteurs ont choisi d'arrondir des phrases plutôt que de laisser transparaître ce côté léger, humoristique, sans doute un peu trop galiléen, ou trop méditerranéen de Jésus. En fait, plusieurs historiens nous disent que les gens des campagnes de Galilée étaient plus rieurs que ceux des collines plus arides et plus sévères de Judée.
Aujourd'hui, donc, celles et ceux qui ont le sens de l'humour se délectent de la comparaison de Jésus entre les hommes et les moineaux: Vous valez plus que beaucoup de moineaux! dit-il. Mot à mot, dans le texte grec initial: Vous surpassez en valeur de nombreux moineaux! C'est tout un compliment de la part du Fils de Dieu!
De la même manière en français les traductions font disparaître le verbe couché lorsque l'évangile décrit le Fils de Dieu allongé sur des coussins pour un bon repas. On pourrait croire que Jésus se doit d'être bien élevé et de se tenir droit comme dans un tableau de Rembrandt ou de Léonard de Vinci lorsqu'il mange. Mais ce n'est pas le mot de l'évangile.
Le verbe grec signifie être allongé, être couché. On peut comparer là-dessus les récits de saint Marc, en français, avec n'importe quelle version anglaise, chez Simon le lépreux (14, 3) ou à la dernière cène (14, 18). On lit dans toutes les versions anglaises: Jesus was reclining... c'est-à-dire qu'il était couché, et le rédacteur initial ne se donne même pas la peine de préciser que c'était pour manger... Pour lui, c'était évident!
Il en va de même de l'ironie dont Jésus fait souvent preuve, en saint Marc surtout, à l'égard de ses adversaires. Il en résulte que beaucoup de chrétiens de langue française sont pris de court si on leur demande ce qu'il y a d'amusant dans le dialogue entre Jésus et la Syrophénicienne (Marc 6, 24-30), ou dans de nombreuses répliques aux scribes et aux pharisiens.
L'humour est un trait important du Messie. Les premiers chrétiens y étaient habitués, parce qu'ils lisaient l'évangile dans le texte initial. Et son enseignement, dans la lecture d'aujourd'hui, est tout aussi remarquable. Nous allons maintenant nous y arrêter.
Ainsi, nous valons plus que bien des moineaux! L'expression avait de quoi frapper! On imagine qu'à travers les malheurs qui s'abattaient sur les premiers chrétiens, de nombreuses paroles de Jésus leur revenaient à la mémoire. Saint Matthieu les a colligées et regroupées dans un entretien que les biblistes appellent le discours apostolique. Il s'adresse aux Douze au moment de leur premier envoi en mission (chapitre 10).
C'est bien connu dans l'expérience humaine à travers le monde que plus un message dérange, plus on s'en prendra au messager. La première lecture, tirée du prophète Jérémie, est là pour le rappeler. Le prophète du temps qui précéda l'exil a subi la haine et la colère de son milieu. Qu'en sera-t-il du témoignage des apôtres? Devons-nous à notre tour jouer un rôle semblable? Le verbe craindre revient quatre fois dans ce texte: il ne faut pas craindre, il ne faut pas avoir peur d'accomplir la mission qui nous a été confiée.
Depuis quelques décennies, beaucoup semblent croire que le temps de l'annonce directe et explicite de la Parole de Dieu est révolu, et qu'il est désormais plus urgent de communier à l'inquiétude du monde présent plutôt que de lui proposer notre espérance.
C'est vrai que la foi ne s'impose pas. Le dernier concile y a insisté. Et nous pouvons ajouter que témoigner tous les jours comme on le faisait dans l'Église primitive, au péril de sa vie, n'est peut-être pas toujours la meilleure approche. Faudra-t-il faire marche arrière ou dé-missionner?
En fait, nous voulons respecter les cultures et les croyances des autres. Nous sommes accueillants. Et nous voyons autour de nous trop de gens qui cherchent à imposer leurs doctrines, leurs manières de voir et même leur morale à des pays entiers. Nous ne sommes pas enclins à les imiter.
Nous voyons que les fondamentalistes sont condamnés de partout dans la société actuelle. Non pas, souvent, à cause de leur message. Ils peuvent être bien renseignés et bien intentionnés. Mais on les condamne à cause de leurs méthodes et de leur approche. On condamne de la même manière les fondamentalistes des diverses religions de ce qu'ils imposent dans leurs pays et ailleurs dans le monde. La conviction et le dialogue valent mieux que toutes les forces de répression, car il faut respecter la conscience des gens.
D'autre part, la question de sens le sens de nos vies dans le projet du Créateur se pose encore à toutes les consciences d'aujourd'hui. Avec affection et respect, chaque chrétienne, chaque chrétien est invité à rendre compte de sa confiance et de son espérance sans hésitation et sans crainte.
Il importe de le faire en conservant des relations fraternelles et harmonieuses avec le milieu, dans toute la mesure du possible. Là-dessus, il faut voir les efforts répétés de Jésus pour entrer en dialogue avec les scribes et les pharisiens, qui pourtant se proposaient de le mettre à mort.
Nous avons sous les yeux le bel exemple de François d'Assise qui alla rencontrer le sultan pour dialoguer avec lui, avec naïveté sans doute, mais dans une approche que tous admirent aujourd'hui, plutôt que de lui faire la guerre comme on l'avait déjà fait si souvent au Moyen-Âge.
Quel est le témoignage que Jésus me demande de rendre dans l'évangile d'aujourd'hui? C'est d'abord celui de ma confiance et de mon espérance: je crois et j'espère. Le message de Jésus est clair: ne pas le renier; ne pas craindre; ne pas avoir peur. Car je sais que Dieu a posé son regard sur moi comme sur chacun et chacune d'entre nous. Même les cheveux de ma tête sont comptés. Dieu me connaît mieux que personne, et je sais que c'est lui, en définitive, qui aura le dernier mot de tout ce qui pourra m'arriver.
C'est pourquoi je vis ouvertement dans la confiance.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 9, 36-10, 8
Chers soeurs et frères dans la foi,