Le quatorzième dimanche ordinaireA
6 juillet 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici))
Il y a des textes bibliques qui éveillent en nous un sentiment profond de bien-être. Ainsi, le prophète Zacharie décrit l'entrée triomphale d'un maître qui régnera en faveur des pauvres. Le voici humble et monté sur un âne, un âne tout jeune, contrairement aux conquérants romains pour qui l'entrée triomphale se faisait sur un char. Ce conquérant sera doux et humble!
Exulte de toutes tes forces, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem. Voici ton roi qui vient vers toi. Nous avons déjà célébré cette entrée triomphale le dimanche des Rameaux. Nous nous souvenons que les acclamations de la foule ont précipité la mise à mort du Fils de Dieu.
L'évangile marque un tournant tout aussi agréable: Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger.
Jésus ajoute plus loin: Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange: ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
C'est un message plein de poésie, mais qui soulève bien des questions: Pourquoi ne pas être sages? Pourquoi ne pas être savants? La sagesse n'est-elle pas le don le plus précieux? Et pourquoi ne faudrait-il pas étudier pour mieux connaître l'orientation et le sens de toute vie humaine?
Nous sentons bien que ce message est paradoxal. En fait, les sages et les savants, dans les paroles de Jésus, sont des orgueilleux remplis d'eux-mêmes et d'intelligence purement humaine, qui se limitent à ragarder ce que l'oeil peut voir et ce que le cerveau peut immédiatement saisir et contrôler.
Leur sagesse peut sembler raisonnable à première vue. Le Créateur n'a-t-il pas demandé à l'humanité de remplir la terre et de la soumettre? Son projet n'était-il pas de confier la création à des gens capables de bien l'administrer? Quelle est donc la sagesse orgueilleuse condamnée par Jésus? En d'autres mots, que faudra-t-il retenir de la Parole de Dieu aujourd'hui?
Elle nous met en garde contre une double erreur. Il y a d'une part des gens extrêmement sûrs de leur foi, comme l'étaient les pharisiens, prêts à tenir tête à tout changement. D'autre part, il y a des gens qui ne croient qu'à leur talent et qui mettent toute leur confiance en eux-mêmes.
Les pharisiens du temps de Jésus étaient de ceux-là. Ils ne pouvaient rien mettre en doute. En fait, l'histoire de l'Église est remplie de tels pharisiens capables d'imposer à tous leur vision du monde et leurs idées. Cette attitude n'a jamais été source de réconciliation ni de paix. Elle fut au contraire source de conflits et de guerres au cours des siècles.
En plus, les pharisiens qui se croyaient sages et instruits sont devenus les pires ennemis de la libération apportée par Jésus. Ils ont amené la pensée religieuse à un arrêt complet. Être sage et instruit peut donc devenir une source de mort pour qui oublie de vivre humblement.
Jésus nous appelle à être, à son exemple, doux et humbles de coeur.
Car il y a des sages et des savants remplis d'eux-mêmes qui n'ont rien à apprendre de Dieu. Ils croient que la science peut tout expliquer et qu'il n'y a aucun mystère dans l'expérience de toute vie humaine. Alors ils laissent tomber la foi pour vivre à la lumière de leurs propres raisonnements.
Ils ressemblent aussi aux pharisiens de l'évangile qui ont rejeté la libération du peuple par attachement à leurs idées. Car la connaissance du Royaume de Dieu ne vient pas de la pensée humaine. Elle est un don gratuit et non le produit de l'esprit humain.
La foi est un don. Il dépend de la bienveillante du Créateur de révéler son Règne aux tout-petits, à ceux et celles qui se laissent conduire par amour. Le Règne de Dieu sera ainsi révélé à des personnes confiantes et capables d'accueillir le don gratuit de Dieu.
Seuls les humbles feront confiance au Maître, ce Jésus doux et humble de coeur. Voici le Fils de Dieu, le roi conquérant qui adopte la monture des pauvres, et dont parle le prophète Zacharie: il est humble et monté sur un âne, un âne tout jeune. Il fait son entrée à Jérusalem pour inaugurer un règne bienveillant à l'égard des pauvres.
Nous savons d'autre part que le Christ a aussi fait son entrée avec puissance et gloire, non pas à la tête d'une armée pour écraser et dominer. Il est venu guérir et soulager les humbles de l'univers, accomplissant ainsi la prophétie de Zacharie: Sa domination s'étendra d'un océan à l'autre, du fleuve jusqu'à l'extrémité du pays.
Il reste la question essentielle: Serons-nous parmi les sages et les savants, ou du côté des tout-petits? Voilà un autre paradoxe comme il y en a beaucoup dans l'évangile. Un paradoxe, c'est une contradiction apparente comme: Heureux les pauvres! Heureux ceux qui pleurent! Heureux ceux qui ont faim! L'évangile en est rempli.
En fait, nous pouvons tous être heureux et riches comme Abraham. Nous pouvons être heureux et vivre en santé. Dans l'évangile d'aujourd'hui, chacun peut être sage et instruit tout en entrant dans le Royaume comme un petit enfant. C'est un paradoxe où un membre n'élimine pas l'autre. Mais il nous faut chercher ce qui importe le plus. Faudra-t-il mettre la sagesse humaine au-dessus de la confiance en Dieu? Faire confiance d'abord à notre intelligence ou faire confiance, comme les enfants, à leurs parents?
Saint Paul propose un paradoxe semblable dans la seconde lecture. Est-ce que nous vivons dans la chair ou dans l'esprit? La vraie réponse, c'est: les deux. La question est de savoir ce qui passe en premier. Saint Paul dit: Si vous vivez sous l'emprise de la chair, vous devez mourir; mais si, par l'Esprit, vous tuez les désordres de l'homme pécheur, vous vivrez.
Nous savons bien que nous vivons tous dans la chair, avec notre corps fragile. Nous pratiquons aussi la sagesse en voulant agir comme des êtres sages et intelligents. Mais nous savons aussi que la confiance en Dieu est la meilleure connaissance et la plus haute sagesse. Nous faisons donc confiance à notre Créateur comme les enfants le font envers leurs parents. Et nous aussi, nous louons aujourd'hui le Père avec les mots de Jésus:
Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l'as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l'as voulu ainsi dans ta bonté.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 25-30
Chers soeurs et frères dans la foi,