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Le quinzième dimanche ordinaireA

13 juillet 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 1-23

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Nous commençons aujourd'hui une nouvelle série de textes, en saint Matthieu. On les appelle “les paraboles du Royaume.” Jésus raconte comment des grains tombés sur la bonne terre “ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.” C'est la première parabole du Royaume de Dieu. Son message est clair: il faut donner du fruit.

Les gens sans influence ont tendance à dire qu'ils en donnent peu, alors que les chrétiens influents pourraient avoir le sentiment d'avoir bien rempli cette mission. Que signifie porter du fruit?

Si vous le voulez bien, nous prendrons comme exemple du célèbre frère André, le fondateur de l'Oratoire Saint-Joseph, à Montréal.

Alfred Bessette est entré dans la communauté de Sainte-Croix à 25 ans. Tous voyaient en lui l'homme de l'échec, celui qui n'avait rien réussi jusque là. Huitième enfant d'une famille pauvre, très peu instruit et de santé fragile, quel fruit pouvait-il porter?

Il y a une vingtaine de textes où Jésus nous demande de porter du fruit. Le frère André a beaucoup prié, il a sûrement médité longuement sur chacun de ces textes. Mais devant l'échec initial de sa vie, il aurait pu dire: “Moi, je n'ai ni l'argent, ni le pouvoir, ni le savoir; je ne peux donc pas donner du fruit autant que les autres.” Relisons quelques pages d'évangile et voyons comment il a répondu à cette invitation de porter du fruit.

Au 15e chapitre de saint Jean, Jésus se compare à une vigne dont le Père est le vigneron. Toute branche qui porte du fruit, il la nettoie, alors que les autres sont coupées et jetées au feu. Jésus ajoute: “La gloire de mon Père, c'est que vous portiez beaucoup de fruit.” Et quelques lignes plus bas: “Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, c'est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous donniez du fruit, et que votre fruit demeure.”

Pour la parabole de la vigne, nous pouvons dire que le frère André était en bonne position. S'il y a un être humain sur terre qui a vécu uni à la vigne, c'est bien lui. Il a pris tous les moyens pour rester uni à Jésus: il a prié, il a lu l'évangile, il en savait même de longs passages par coeur. Il est resté uni à la vigne de manière à donner chaque jour tout le fruit qu'on pouvait attendre de lui.

La parabole d'aujourd'hui est racontée par trois évangélistes. Jésus insiste sur notre mission de porter du fruit. Des grains “sont tombés dans la bonne terre et ils ont donné du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.” Quelques lignes plus bas, il explique à ses apôtres cette parabole en disant: “Celui qui a reçu la semence dans la bonne terre, c'est l'homme qui entend la Parole et la comprend; il porte du fruit à raison de cent, ou soixante, ou trente pour un.”

Ici encore, nous pouvons convenir que le frère André a un bilan positif: il a bien accueilli la Parole de Dieu et l'a mise en pratique.

Vient ensuite la parabole des talents qu'il faut faire fructifier. C'est en saint Matthieu, juste avant le récit impressionnant du jugement dernier. C'est l'histoire d'un homme parti en voyage, qui a confié des talents à ses serviteurs. Le talent, au temps de Jésus, c'est une somme d'argent très élevée: des centaines de milliers de dollars que chacun doit faire fructifier. Saint Luc parle de mines, des sommes environ cinquante fois moindres; mais l'idée reste la même, celle de donner du fruit.

Dans cette parabole, deux serviteurs font fructifier leurs talents en proportion de ce qu'ils ont reçu et le maître s'en réjouit. Mais le troisième a caché son talent au lieu de le faire profiter et le maître ordonne: “Ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres; là il y aura des pleurs et les grincement de dents!” Cette phrase très dure de l'évangile indique bien l'importance de donner du fruit en vue du Royaume.

Le frère André a bien compris cette parabole également. Il n'a surtout pas comparé sa productivité à celle des autres. Il n'était pas en compétition. Il est entré en communauté après avoir réfléchi, consulté et prié pendant deux ans. Puis portier durant quarante ans, il a répondu à la porte, lavé les planchers, arrosé les fleurs, coupé les cheveux des élèves et porté leurs repas à l'infirmerie. Il ne s'est pas mesuré aux autres: il a porté du fruit simplement en faisant le mieux possible le travail qui lui était confié.

Toujours en saint Matthieu, à la fin d'une autre parabole de la vigne, celle qui est confiée aux vignerons malhonnêtes, Jésus dit: “Le Royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.” C'est encore une condamnation sévère de ceux dont la vie est stérile.

“On reconnaît l'arbre à ses fruits”, répète Jésus en deux chapitres de saint Matthieu (7 et 12). Et il ajoute: “C'est à leurs fruits que vous les reconnaîtrez... tout bon arbre donne de beaux fruits, et l'arbre mauvais donne des fruits détestables.” Le moins qu'on puisse dire ici encore est que le fruit porté par le frère André fut apprécié, si bien que des milliers de gens ont eu recours à lui.

Trois évangélistes racontent ensuite l'épisode du figuier stérile. En saint Luc, il y a un jardinier qui donne une dernière chance au figuier. Le maître lui a dit: “Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier, et je n'en trouve pas. Coupe-le. À quoi bon le laisser épuiser le sol?” Mais le jardinier reprend: “Seigneur, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche autour pour y mettre du fumier. Peut-être donnera-t-il du fruit à l'avenir. Sinon, tu le couperas.”

Tout comme le jardinier de l'évangile, le frère André s'est efforcé d'aider les autres à donner du fruit. La conversion fut son premier but comme c'est encore le but aujourd'hui de l'Oratoire du Mont-Royal. Le frère André a passé sa vie à motiver les autres, à leur rappeler l'urgence de la conversion, à les convaincre de mettre leur confiance en l'amour toujours accessible du Fils de Dieu. Lorsqu'il conduisait des pèlerins à saint Joseph, il leur montrait le chemin d'une vie qui donne beaucoup de fruit.

Tous ces enseignements de l'évangile sur l'urgence de donner du fruit étaient contenus dans la prédication de Jean Baptiste, avant l'entrée en scène du Messie: “Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion,” dit-il. “Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.”

Le frère André a été attentif à cette Parole de Dieu. Il a donné du fruit en abondance. À notre tour, il faut entendre la Parole de Dieu de manière à rester unis à la vigne et à donner le fruit qui demeure éternellement.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 10:28 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.