Le dix-septième dimanche ordinaireA
27 juillet 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Depuis trois dimanches, Jésus nous parle du Royaume des cieux. Il se sert de paraboles qui nous sont maintenant familières. Assis dans une barque, au bord du rivage, il raconte à la foule attentive ce qu'on appelle les paraboles du Royaume. Nous avons lu ainsi, depuis trois semaines, tout le 13e chapitre de saint Matthieu.
Aujourd'hui, il veut inviter les gens à mettre de l'ordre dans leurs valeurs. Le Royaume des cieux, pour Jésus, c'est le trésor inestimable. C'est le bien par excellente. Et pour l'obtenir, il faut être prêt à sacrifier tout ce qu'on a. Tout sacrifier, c'est mesurer l'importance du Règne de Dieu.
Un homme a trouvé un trésor dans un champ. Comme tous les récits d'évangile sont brefs, nous n'avons pas les détails. Est-ce un employé qui travaillait dans ce champ? En avait-il entendu parler? L'histoire ne le dit pas. Tout ce qu'on sait est que celui qui a trouvé le trésor en connaît la valeur, et qu'il est prêt à tout sacrifier pour le posséder.
Il en est de même pour le marchand de perles. Jésus emploie la même phrase dans les deux récits; l'un comme l'autre va vendre tout ce qu'il possède, et il l'achète. La décision est rapide et facile à prendre. Dans sa joie ... , il procède comme si toutes ses autres possessions n'avaient plus aucune importance devant celle du trésor ou de la perle rare.
Le premier n'a rien cherché. Il a simplement trouvé un trésor. Et plutôt que de l'emporter tout de suite en secret, il décide d'acheter le champ. Il le fait avec précipitation, sans même se poser de question sur la portée morale de son acte ou sur la légalité d'un tel achat. Il veut posséder le champ et tout le reste lui paraît sans importance. Dans sa joie ... , il est prêt à tout risquer et à tout sacrifier pour posséder ce bien suprême.
L'homme ne semble pas se douter qu'il pourra être accusé d'avoir trompé le propriétaire en dissimulant une information essentielle sur la valeur du champ. Il pourra être traîné devant les tribunaux et être forcé d'admettre qu'il connaissait la présence du trésor, et donc, qu'il a payé moins que sa valeur réelle. Jésus n'insiste pas. Il dit seulement que l'homme a agi avec précipitation, pour s'assurer sans délai la propriété du champ.
Peut-être, l'homme devra-t-il laisser passer quelques années avant de révéler aux autres sa découverte. La seule chose qu'il a très bien saisie, c'est que le prix qu'il donne est dérisoire par rapport au trésor caché. C'est le seul point important de la comparaison proposée par Jésus. De la même manière, nous devons, nous aussi, être prêts à tous les sacrifices pour nous assurer la possession du Royaume des cieux.
Le marchand de perles est un connaisseur. Contrairement au premier qui semble avoir trouvé le trésor par hasard, le deuxième cherchait depuis longtemps une perle de grand prix. Et voilà qu'il contemple l'objet de son désir. Il procède avec la même précipitation, car sa décision était déjà prise: il était prêt à tout céder pour obtenir une pareille perle.
À la lecture de ces deux paraboles, nous pouvons nous demander: Où sont mes valeurs? Où est le sens de ma vie? Quels sont les biens les plus précieux et qui importent le plus pour moi? Car chacun devra faire des choix; et quand on choisit, on fait toujours quelques sacrifices.
Il existe une expression anglaise bien connue: Tu ne peux pas manger ton gâteau et l'avoir en même temps! On dit en France: On ne peut pas avoir le beurre avec l'argent du beurre. Il faut choisir. Qu'est-ce que je suis prêt à sacrifier pour posséder le Royaume des cieux?
La troisième parabole vient encore éclairer notre choix. C'est l'histoire du filet de pêche jeté à la mer et qui ramène toutes sortes de poissons. Cette troisième parabole reprend un peu le thème du bon grain et de l'ivraie. À la fin des temps, le Maître de la moisson fera séparer l'ivraie du bon grain. Il dira aux moissonneurs: Enlevez d'abord l'ivraie, liez-la en bottes pour la brûler; quant au blé, rentrez-le dans mon grenier.
Le pêcheur fait le même choix aujourd'hui. Quand le filet est plein, on le tire sur le rivage, on s'assied, on ramasse dans des paniers ce qui est bon, et on rejette ce qui ne vaut rien. Ainsi en sera-t-il à la fin du monde: les anges viendront séparer les méchants des justes et les jetteront dans la fournaise: là il y aura des pleurs et des grincements de dents.
Tous ceux et celles qui connaissent bien l'évangile se sont sans doute posé des questions devant de telles menaces de fournaises et de feu éternel. Une telle menace peut nous sembler intolérable et nous pourrions nous demander: Est-ce que Jésus a voulu faire peur au monde?
Il est bon de nous souvenir que les menaces, dans l'Ancien Testament, ne sont jamais exprimées dans le sens de représailles. Dieu ne se venge pas et il ne nous enseigne pas à nous venger. Ses menaces sont en fait de pressants appels à la conversion. La même forme d'insistance, dans l'évangile, est en plus tempérée par les nombreuses paraboles de la miséricorde.
Par exemple, l'Ancien Testament parle plus de cinquante fois de la colère de Dieu. Dans le Psaume 94: Dans ma colère, j'en ai fait le serment: jamais ils n'entreront dans mon repos. Ou le Psaume 85: Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère et plein d'amour. Cette colère de Dieu peut paraître comme une menace. Elle exprime en fait la ferveur de Dieu qui désire plus que tout au monde la fidélité et le bonheur de ses enfants.
Il en va de même des châtiments racontés par Jérémie dans les cinq très beaux chapitres des Lamentations. Le but de ces textes, et ce que Dieu désire plus que tout, c'est que le peuple se convertisse et revienne à lui.
C'est ainsi qu'il faut lire et comprendre aujourd'hui les paraboles du Royaume. Ce que le Seigneur désire le plus est que chaque personne se rende compte du vrai sens de la vie humaine. Les paraboles d'aujourd'hui nous disent qu'il est urgent de mettre de l'ordre dans nos valeurs. Et comme l'indiquent les derniers mots de l'évangile d'aujourd'hui, Tout scribe devenu disciple du Royaume des cieux est comparable à un maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l'ancien.
Même le scribe, le spécialiste de la Parole de Dieu, devra mettre de l'ordre dans ses valeurs face à la nouveauté du message de Jésus. C'est dire que la proclamation du Royaume de Dieu amène toute la loi de Moïse, et les dix commandements, à leur plein accomplissement. Le scribe aussi devra donc choisir.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 13, 44-52
Chers soeurs et frères dans la foi,