Le dix-neuvième dimanche ordinaireA
10 août 2008
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Nous poursuivons ensemble cette année, de dimanche en dimanche, la lecture suivie de saint Matthieu. Dimanche dernier, Jésus a nourri en plein désert une foule évaluée à cinq mille familles, avec seulement cinq pains et deux poissons. Il en est resté douze paniers. Nous ne sommes donc pas au bout de nos surprises, ce matin, en le voyant marcher sur les eaux!
Remarquez que, souvent, dans l'évangile, Jésus reprend des actions de Moïse ou des prophètes. Élisée, le disciple d'Élie, avait nourri une centaine d'hommes en multipliant vingt pains d'orge (2 Rois 4, 42-44). De façon plus éclatante, Jésus a nourri 5 000 hommes avec cinq pains. Bien avant lui, Moïse avait nourri le peuple de Dieu au désert avec la manne et les cailles; de la même manière, Jésus nourrit le peuple au désert avec le Pain de vie. Comme Moïse a traversé la mer Rouge à pied sec, aujourd'hui Jésus marche sur les eaux.
Il rejoint une barque en difficulté après avoir passé, seul, toute une nuit en prière. Confiance! dit-il aux disciples en entendant leurs cris. C'est moi; n'ayez pas peur! Pierre réagit avec son enthousiasme et sa fougue habituels: Seigneur, si c'est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur l'eau. Viens! lui répond Jésus. Isaïe avait écrit là-dessus: Si tu traverses les eaux, je serai avec toi; si tu passes les torrents, ils ne te submergeront pas (43, 2).
Cette image des eaux et de la mer déchaînées représentait, aux temps bibliques, les puissances de la destruction et de la mort. Cela fait penser à l'expérience qu'ont vécu, chez nous, bien des familles de la région du Saguenay Lac-Saint-Jean. C'est l'eau qui donne la mort. En plus, au temps de Jésus, on croyait que les puissances du mal et de la mort habitaient le fond de la mer. On craignait donc les eaux et la mer agitées, avec raison. C'est dans ce contexte que se déroule l'histoire d'aujourd'hui.
Mais aussi étrange qu'elle soit, l'aventure de Pierre nous attire et nous fascine. Elle n'est pas sans rappeler nos élans et nos hésitations dans la foi. Nous comprenons facilement le risque qu'il prend dans son élan spontané vers le Seigneur. Quelqu'un pourrait ici se comparer à saint Pierre et dire: Il me semble qu'à sa place, j'aurais eu confiance, et que j'aurais réussi. Ou inversement: Moi, comme je me connais, je n'aurais même pas osé mettre un pied hors de la barque! Et toi, Jean-Pierre, et toi Hélène; et toi, Sébastien; as-tu confiance? Y serais-tu allé?
Suivre Jésus inconditionellement jusqu'au bout à la manière de Pierre, s'engager avec tout ce que cela comporte d'invraisemblable et de surhumain, n'est-ce pas aussi notre expérience de croyantes et de croyants? D'ailleurs, le risque pris par saint Pierre était très réel; c'est tellement vrai que la suite du récit nous surprend à peine. Voyant qu'il y avait du vent, il eut peur; et comme il commençait à enfoncer, il cria: Seigneur, sauve-moi!
Il nous arrive aussi parfois d'être fascinés par un aspect ou l'autre de l'évangile. Et nous pensons: Voilà mon projet. Voilà ce que je veux réaliser. Cela se produit à l'occasion d'une méditation, d'une prière, d'une lecture. Voilà ce que je veux faire de ma vie. Seigneur, donne-moi l'élan pour te suivre! Il nous arrive même de ne pas réaliser que nous nous engageons alors dans l'impossible car, nous dit Jésus, tout est possible pour Dieu (Matthieu 19, 26). Et ce n'est qu'à ce point-là que commence la foi.
À plusieurs reprises, Jésus exige de ses disciples une entière confiance en lui. C'était vrai aussi dans l'Ancien Testament. Par exemple, au moment de confier sa mission au prophète Jérémie, Dieu exigeait de lui la même assurance: Ne tremble point devant eux; sinon, c'est moi qui te ferai trembler devant eux! (1, 17)
La peur que Pierre a ressentie aujourd'hui, nous la connaissons nous aussi. Nous avons aussi peur des autres et de ce qu'ils diront de nous s'ils voient nos échecs. Nous avons peur d'un passé difficile à assumer. Nous craignons même d'avoir peur, en sachant pourtant qu'avoir peur du mal, c'est déjà être dominé par lui. Les lectures d'aujourd'hui nous invitent à mettre une confiance totale dans le Seigneur.
L'expérience de Pierre marchant sur la mer déchaînée nous attire et nous fascine. Dans le perpétuel combat de la chair et de l'esprit, nous pressentons à coup sûr l'échec inévitable dont seul le Seigneur pourra nous tirer. Par la répétition de nos efforts, par la succession de nos élans et de nos échecs, nous faisons l'expérience de la solidité de Dieu. Et un jour, nos yeux s'ouvriront et nous redirons avec les rameurs de cette nuit-là: Vraiment, tu es le Fils de Dieu.
Saint Paul, dans la lecture de ce matin, se désole des limites de son peuple. Sa foi au Christ ressuscité est absolue, mais en même temps, il se sent solidaire de son peuple. Il énumère les dons que les gens de sa race ont reçus. Il constate qu'ils ont tout ce qu'il faut pour croire au Messie et il voit pourtant qu'ils n'y parviennent pas. Comme saint Pierre aujourd'hui, le peuple juif hésite devant un passage difficile.
Ce fut aussi l'expérience de Moïse et du Peuple de Dieu au désert. Il lui fallait quitter les structures sociales bien établies d'Égypte, avec ses marmites de viande (Exode 16). Il lui fallait ensuite sans cesse se remettre en route et repartir avec la conviction que Dieu l'appelait toujours plus loin, vers cette Terre promise qui s'éloignait sans cesse au bout du chemin.
En un sens, le cheminement du peuple de Dieu au désert, parmi les serpents à la morsure brûlante, était aussi risqué que l'enthousiasme de Pierre descendant de la barque et marchant sur les eaux.
La peur fait partie de notre nature humaine. Elle est même souvent un signe d'intelligence. Les gens qui n'éprouvent pas la peur s'exposent à des risques qu'ils ne savent pas calculer.
Il n'y a donc qu'une seule issue possible, c'est celle que Pierre nous indique dans sa réaction spontanée: Seigneur, sauve-moi! L'appel au secours de Pierre est à la fois l'aveu de sa faiblesse et le don de sa confiance. Il sait que la force de dominer la mer n'est pas en lui. Il sait en même temps que le seul qui pourra le sauver est le Fils de Dieu, en qui il a déjà mis toute sa confiance. Nous sommes heureux à notre tour de proclamer la foi de Pierre, qui est la foi de l'Église!
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 14, 22-33
Chers soeurs et frères dans la foi,
C'est toujours ainsi que nous avançons dans la foi. Nous essayons toujours de saisir le premier but atteint comme une bouée qui nous échappe sans cesse. Le progrès dans la foi se fait constamment dans une rupture avec le passé, et dans un cheminement vers l'avenir.