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Le vingtième dimanche ordinaireA

17 août 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 15, 21-28

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Aujourd' hui, Jésus se fait prier. En d'autres temps, il a fait des guérisons très facilement. Souvent même, il est allé au-devant des malades ou des infirmes pour les guérir. Aujourd'hui, il se fait prier.

C'est une femme d'origine étrangère, une Cananéenne, qui est sortie à sa rencontre pour le supplier de guérir sa fille. Mais Jésus ne lui répond pas. Les disciples doivent insister: "Donne-lui satisfaction, car elle nous poursuit de ses cris ! "

Il y a deux autres endroits dans l’Évangile, où des gens doivent insister pour obtenir une faveur. Ce sont deux paraboles. Au 11e chapitre de saint Luc, Jésus vient d'enseigner aux disciples le Notre Père. Il insiste sur la prière en racontant d'abord la parabole de l'ami importun, qui va réveiller son ami en pleine nuit en lui demandant: " Mon ami, prête-moi trois pains: un de mes amis arrive de voyage, et je n'ai rien à lui offrir. "

Jésus conclut: "Je vous l'affirme, méme s'il ne se lève pas pour les donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu'il lui faut. " Voilà comment il faut prier, avec insistance !

L' autre parabole est un peu plus loin, au chapitre 18 de saint Luc. "Jésus dit encore une parabole, pour montrer à ses disciples qu'il faut toujours prier sans se décourager. " C'est l'histoire de la veuve importune qui demande au juge de lui rendre justice. Le juge dit finalement: " Je ne respecte pas Dieu, et je me moque des hommes, mais cette femme commence à m'ennuyer: je vais lui rendre justice pour qu'elle ne vienne plus sans cesse me caser la tête. " Ce sont deux enseignements de Jésus sur la prière persévérante et confiante.

La Cananéenne insiste de la même manière, et les disciples supplient Jésus de s'en occuper, parce qu'elle les poursuit de ses cris et leur casse la tête. Jésus répond: "Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues d'Israël." Alors, la femme vient se prosterner devant lui.

Dans le texte initial de 1' Évangile, rédigé en grec, le mot est le même pour dire adorer et se prosterner. Le geste signifie que la femme le reconnâît comme le Messie, comme son maître et son Seigneur. Et ceci marque un tournant dans l’Évangile de saint Matthieu. À partir de ce moment, la mission-apostolique s'ouvrira de plus en plus sur les nations paiennes.

Mais Jésus dit clairement que cela n'est pas sa première mission. Il répond à la femme: " Il n'est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. "

Il y a ici un problème de traduction. Vous vous souvenez peut-être qu' on traduisait autrefois, dans les missels: " pour le jeter aux chiens. " C'est ce qu' on dit encore dans la plupart des versions anglaises: "and throw it to the dogs," ce qui veut dire: " pour le jeter aux chiens. "Chez les Juifs, en effet, on appelait les étrangers des chiens, parce qu'ils ne se purifiaient pas avant de prendre leur nourriture.

Le problème de traduction vient du fait que la langue grecque emploie des diminutifs, comme l'italien et l'espagnol. Par exemple, le mot frère en italien, fratello devient fratellino. Bambino, un enfant, devient bambinello. En espagnol, hermana devient hermanita, ma petite sœur. Les diminutifs rendent tout plus petit, plus gentil et plus beau. Mais on les emploie rarement en français et en anglais, ce qui en rend la traduction difficile.

Dans l'Évangile de saint Marc, le texte d'aujourd'hui comprend trois diminutifs, ce qui a pour effet de produire une scène familiale, tout en douceur. La femme parle de sa petite fille, et Jésus des petits chiens et des petits enfants. C'est ce qui explique la réaction de la femme, qui n'est pas du tout insultée. Bien au contraire, elle réagit vivement et sur le même ton.

D'ailleurs, elle l'a remarqué: à l'âge de seulement quelques semaines, les petits chiens—qui représentent ici les étrangers —sont beaucoup plus habiles et plus éveillés que les enfants. Surtout pour manger! Les jeunes enfants sont malhabiles et les parents le savent bien.

Ainsi, lorsque Jésus dit qu'il n'est pas bien de donner le pain des petits enfants aux petits chiens, la Cananéenne répond tout de suite: " Oui, mais les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des petits enfants ! " Il faut bien l'admettre, l’accueil du Messie par les enfants d'Israël a manqué d'empressement. C'est le moins qu'on puisse dire: Jésus a été rejeté. Cédera-t-il maintenant aux cris d'une étrangère qui a déjà tout compris et qui réclame sa part ?

Jésus affirme donc une fois de plus que sa mission première s'adresse "aux brebis perdues d'Israël. " Alors, la femme se prosterne devant lui, c'est-à-dire qu'elle reconnaît en Jésus son maître et son Seigneur. Ce geste indique, en saint Matthieu, la deuxième étape de la mission du Christ: une femme de la région de Tyr et de Sidon, que saint Marc appelle la Syrophénicienne,
vient d'accueillir le don de Dieu qui vient des Juifs, selon l'expression de saint Jean dans le récit de la Samaritaine. (4, 22)

Ici, la femme exprime clairement son besoin de salut à travers la maladie de sa petite fille, de " sa petite enfant chérie " comme l'exprime le diminutif dans le texte grec. Elle-méme reconnaît qu'elle ne peut rien pour son enfant. Mais elle sait que Jésus peut tout faire pour elle. Elle souffre donc profondément et demande l'aide du Messie devant sa propre faiblesse, dans lesmots typiques de l’Évangile: " Aie pitié de moi, Seigneur, fils de David! "

Toute sa foi est là.

Comme l'ami importun et comme la veuve importune dans les paraboles racontées par saint Luc, la Cananéenne insistera jusqu'au bout. Elle sait qu'elle est une étrangère. Elle reconnaît facilement que le salut vient des Juifs. Mais elle reconnaît maintenant l’identité de Jésus et son pouvoir de libérer sa fille. C'est devant cette confiance inébranlable que le Seigneur lui dit à la fin: "Femme, ta foi est grande. Que tout se fasse pour toi comme tu le veux ! "
Et l'évangéliste de conclure:

" A l'heure même, sa fille fut guérie. "

Que pouvons-nous retenir de l’Évangile d' aujourd' hui ? D'abord que Jésus est le Messie, comme l'a reconnu la femme. Mais aussi que la prière insistante et confiante peut tout obtenir. Nous rejoignons ici le frère André qui insistait tellement pour que les gens prient avec confiance. Il a souvent recommandé des neuvaines. Et avec lui, grâce à cette prière persévérante et confiante, des centaines de gens ont été guéris.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 10:56 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.