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Le vingt-cinquième dimanche ordinaireA

21 septembre 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 20, 1-16a

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

En lisant cette année l'évangile de saint Matthieu, nous avons plusieurs fois remarqué que Jésus aime raconter des paraboles. Au cours du mois de juillet, nous avons lu “les paraboles du Royaume”: le Royaume des cieux est comparable à du grain tombé dans la bonne terre; c'est comme s'il y avait de l'ivraie dans un champ de bon grain; comme un trésor caché dans un champ, comme une perle de grand prix, comme un filet de pêche dans lequel il faut séparer le poisson de ce qui ne vaut rien, comme un trésor d'où on tire du neuf et de l'ancien...
Aujourd'hui, et les trois prochains dimanches, nous lisons une autre série de paraboles appelées “les paraboles du jugement.” Elles se rapportent toutes à la récompense qui viendra à la fin des temps. On pourrait les appeler aussi les paraboles de la rétribution. Sur quoi et sur qui faut-il compter pour s'assurer de bien réussir sa vie chrétienne?
La réponse dans la parabole d'aujourd'hui est qu'il faut d'abord compter sur la générosité de Dieu. Et il semblerait même, à première vue, que Jésus prend plaisir à étonner ses auditeurs.
Saint Matthieu écrit en effet dans un milieu judéo-chrétien, c'est-à-dire pour des chrétiens d'origine juive. Pendant toute leur vie, ils ont fait beaucoup d'efforts pour rester fidèles à la Loi de Dieu. Ils font maintenant beaucoup d'efforts pour continuer à suivre le Christ fidèlement malgré la persécution. Et voici que des païens, des gens qui n'étaient même pas juifs — qui n'ont pas suivi la loi juive et qui ont vécu comme des païens — viennent se joindre à l'Église et ils sont bien accueillis dans le Royaume.
Est-ce que Jésus aurait été d'accord? Tous les efforts que nous avons faits ne comptent-ils pour rien? Qu'adviendra-t-il à ceux qui se convertiront à la fin de leur vie? Saint Matthieu répond à toutes ces questions par une parabole que racontait Jésus. La parabole des ouvriers de la onzième heure.
D'abord, pourquoi la onzième heure?
Dans l'empire romain, on comptait les heures à partir du lever du soleil, vers six heures du matin. Cela donne la premième heure à 7h, la 2e à 8h, la 3e à 9h, la 6e à midi, la 9e à 3h de l'après-midi et la onzième heure à 5h du soir. La parabole parle donc d'ouvriers de jour qui commencent leur journée à 5h du soir. Ils ont à peine le temps de se mettre au travail.
Si la parabole d'aujourd'hui a pour but d'étonner, elle est réussie! Qui voudra de ce Règne de Dieu où des ouvriers qui travaillent seulement une heure gagnent autant que ceux qui portent tout le poids du jour? Et comme si l'injustice n'était pas assez apparente, le Maître remet d'abord leur salaire aux derniers venus en disant qu'ils seront les premiers. Expliquez ça aujourd'hui à votre assemblée syndicale!
On peut même dire que le fait de payer le même salaire à ceux qui n'ont presque rien fait est le meilleur moyen de jeter tout notre système économique par terre! Qui va travailler toute la journée?
Visiblement, Jésus cherche à étonner. Il vise en particulier ceux, parmi les juifs, qui tenaient beaucoup à mesurer leurs mérites à leurs oeuvres. L'enseignement de Jésus est clair: Dieu ne compte pas de la même manière que nous. Sa générosité est infinie.
L'un des exemples classiques de la récompense accordée par Jésus est sa parole au bon larron: “Aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis.” (Luc 23, 43) Pour ceux qui calculent seulement sur le mérite, voilà la pire des injustices. Cet homme n'est même pas un ouvrier de la onzième heure, il est celui du dernier instant; il est le larron le plus habile de tous les temps puisqu'il a volé le paradis sans l'avoir mérité!
Il faut remarquer que, le plus souvent, les paraboles se soucient peu de cohérence. Il ne faut rien presser au-delà du point de comparaison. Pensons par exemple à la parabole où Jésus compare notre prière adressée au Père à la supplication d'une veuve importune à un juge inique. (Luc 18, 1-8) Dieu n'est pas un juge inique! Dans la même veine, la comparaison des apôtres à des pêcheurs d'hommes ne fait pas de nous des poissons; et son invitation à paître les brebis ne fait pas de nous des moutons!
La parabole d'aujourd'hui est un peu spéciale en ce que plusieurs détails sont cohérents. Observons quelques-uns de ces détails.
Les premiers ouvriers ont un contrat ferme: une journée de travail à la vigne pour un denier. Le Maître respectera son contrat: il agit avec justice.
Les suivants ont une simple promesse: “Je vous donnerai ce qui est juste.” Ils sont donc allés travailler dans la confiance sans se poser de questions. Le Maître récompensera leur confiance en plus de leur travail.
Les derniers n'ont rien du tout, pas même une promesse. Ils n'ont qu'une invitation à aller travailler et leur réponse est fondée sur la confiance pure. On pourrait conclure aujourd'hui que plus la foi est gratuite, et plus la confiance est grande, plus le Seigneur récompensera généreusement ceux qui travaillent à bâtir le Royaume.
En poursuivant cette réflexion, on peut aussi trouver un enseignement intéressant sur la justice sociale. Dans cette parabole, les chômeurs ont un droit équivalent à ce qu'il faut pour vivre. Nous observons que les chômeurs, dans cette histoire, travaillent dès que le Maître les invite. Le fait qu'ils étaient sans travail n'était donc pas dû à un manque de générosité de leur part. Ils étaient prêts à travailler mais personne ne les a engagés. La preuve est qu'ils vont à la vigne dès que le Maître les invite.
Mais, il faut bien le répéter, de telles réflexions en marge des paraboles sont le plus souvent périlleuses. Il faut habituellement retenir, dans les paraboles, le seul point de comparaison voulu par l'auteur.
Que faut-il retenir de la parabole d'aujourd'hui? Le succès de notre vie est un don gratuit, il est le résultat de l'amour gratuit et de la générosité de Dieu. Nous n'avons donc pas à mesurer nos mérites, ni à tenir des comptes. Nous devons encore moins juger les autres à partir de nos valeurs, surtout les gens qui nous semblent le moins fidèles à l'évangile. Si nous vivons dans le respect des autres, Dieu qui a été généreux pour eux se sera aussi pour nous.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 11:17 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.