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Le vingt-sixième dimanche ordinaireA

28 septembre 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21, 28-32

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

"Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu." C'était toute une surprise pour les grands prêtres et les anciens du peuple, que de s'entendre dire une chose pareille !

Les chefs des prêtres et les anciens, c'étaient des notables, c'étaient des hommes importants: les chefs religieux d'Israël. Tous les considéraient comme des gens respectables et instruits, surtout dans les Écritures. Et eux-mêmes se considéraient comme fidèles à la Loi de Dieu. Jésus leur dit qu'ils seront devancés dans le royaume par les publicains et les prostituées !

En plus, les chefs des prêtres, les sadducéens, étaient les responsables de la construction du Temple de Jérusalem. On les disait plus conservateurs que les pharisiens; entre autres choses, ils n'acceptaient que les cinq premiers livres de la Bible. Par exemple, comme on ne parle pas beaucoup de résurrection dans les cinq premiers livres de la Bible, alors les sadducéens n'y croyaient pas. On se souvient de leur discussion avec Jésus à ce sujet.

Par conviction comme par rôle social, les chefs des prêtres étaient les tenants les plus convaincus des traditions. Ils étaient en même temps les moins disposés à accepter les changements que Jésus apportait. Il est donc inévitable que Jésus ait trouvé en eux une résistance plus grande à l'annonce du royaume de Dieu.

Aujourd'hui, notre situation peut ressembler à celle des grands-prêtres et des anciens, dans la mesure où nous nous considérons nous-mêmes comme des justes, des gens honnêtes, des croyants généreux qui savons assez bien ce que le Seigneur attend de nous. Alors la parabole d'aujourd'hui s'adresse particulièrement à nous.

Nous venons d'entendre la parabole des deux fils. Une parabole du jugement, en saint Matthieu, une parabole courte et facile à comprendre.

Le père possède une vigne et il a deux fils en âge de travailler. Il demande à l'un d'aller à la vigne. Je ne veux pas, répond le fils, puis il change d'idée et décide d'y aller. Le père demande à son autre fils le même service. Oui, Seigneur! répond l'autre, mais il n'y va pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? demande Jésus. Le premier, répondent les auditeurs sans hésiter, et surtout sans se douter qu'ils seront eux-mêmes comparés à celui qui a dit oui mais qui n'y va pas.

Le problème des grands-prêtres, c'est qu'après avoir dit oui à la parole de Dieu et après avoir observé toute sa loi, ils ont rejeté coup sur coup le message de Jean Baptiste et la mission du Fils de Dieu.

Ainsi, nous lisons depuis deux semaines des paraboles du jugement, en saint Matthieu. Nous en lirons deux autres les deux prochains dimanches. Les paraboles du jugement ont pour but d'étonner et d'attirer l'attention sur les orientations personnelles. Aujourd'hui, Jésus dit aux grands-prêtres que les publicains et les prostituées entreront avant eux dans le Royaume des cieux. Ils en sont stupéfaits et nous nous souvenons d'un étonnement semblable, dimanche dernier, en face des ouvriers de la dernière heure. Ces paraboles du jugement, en saint Matthieu, ont pour but d'étonner et d'attirer l'attention par l'effet de surprise.

Les chefs des prêtres et les anciens rejettent le royaume au nom de leurs propres lois. Selon eux, les publicains et les prostituées sont les êtres les plus méprisables qui existent: des gens qui n'obéissent ni à la parole de Dieu, ni à ses commandements, ni à la tradition d'Isracl. Pourtant ces gens-là, qui ont conscience de leurs problèmes et qui se savent méprisés par les chefs des prêtres, ont accueilli le baptême de conversion proclamé par Jean Baptiste. Et ils sont maintenant prêts à se convertir et à croire en Jésus. Ils entreront les premiers dans le Royaume des cieux !

Voilà, en somme, une parabole facile à expliquer. Le premier fils, qui refuse d'abord et qui va travailler à la vigne, représente les publicains et les pécheurs qui entendent la parole, qui changent d'idée et qui entrent dans le Royaume des cieux. Le second fils, celui qui dit oui et qui ne va pas à la vigne, représente les notables d'Israël, les chefs des prêtres et les scribes, qui ont rejeté Jean Baptiste et Jésus.

La parabole est simple. On peut dire non et changer d'avis; on peut dire oui et se désister. Mais quelle application faire de cette parabole dans notre vie à nous ? La parabole nous parle de nos incohérences. Celle du premier fils, qui refuse d'abord d'aller à la vigne et qui y va ensuite, était supportable, parce qu'elle marque un progrès. L'incohérence du second l'est beaucoup moins. Elle ressemble à une démission: le second fils promet mais il n'exécute pas!

En réalité, dès l'instant où nous nous croyons justes, il nous est facile de tomber dans cette forme d'incohérence. Celui qui se prend pour un juste croit qu'il travaille déjà dans le royaume. S'il pense qu'il est déjà installé dans la fidélité, il ne distingue pas très bien le progrès possible. Et au fond de lui-même, il y
aura toujours un profond refus de changer quoi que ce soit:
C'est inutile de changer puisque je suis juste.

Il est certain de posséder la vérité. Même que, selon lui, ceux qui pensent différemment de lui ne peuvent parler au nom du Seigneur.

C'est pour cela que, devant la prédication de Jean Baptiste et devant la conversion des publicains et des prostituées, les grands-prêtres et les anciens n'ont pas été tentés d'examiner leur propre besoin de conversion.

Nous tous, qui sommes croyants, nous sommes exposés à cette même incohérence que le Seigneur vient de nous montrer dans la parabole des deux fils. Nous sommes persuadés d'être dans la bonne voie. Nous nous servons de phrases et d'idées inspirées par la Parole de Dieu. Mais nous pouvons facilement vivre dans l'illusion justement parce nous sommes donnés l'impression de bien connaître l’Évangile et d'en vivre.

Et nous pourrions en rester là: rester ce que nous sommes bien décidés à ne rien changer, tout en mettant beaucoup d'éner- gie à vouloir changer les autres pour les amener à nos façons de voir et de comprendre.

Dire au Seigneur que nous voulons lui être fidèles, et refuser ensuite de le suivre, c'est la tentation qui nous guette toujours. Commencer par refuser quelque chose au Seigneur, puis obéir ensuite, c'est la conversion à laquelle l'Évangile nous appelle encore une fois aujourd'hui.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 11:21 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.