Le trentième dimanche ordinaireA
26 octobre 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Il existait beaucoup de lois au temps de Jésus; la morale des pharisiens était encore plus compliquée. Dans la Bible et la tradition, les rabbins avaient trouvé 613 lois dont 248 obligations et 365 interdictions. Pour sen rappeler, il suffit de penser quil y avait autant dinterdictions quil y a de jours dans lannée!
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 22. 34-40
Chers soeurs et frères dans la foi,
Ainsi le commandement daimer son prochain comme soi-même existait déjà. Cest une loi ancienne quon retrouve entre autres dans le Lévitique (19, 18), parmi dautres dispositions légales. Par exemple: "Tu ne commettras pas dinjustice, tu nauras pas de haine, tu ne te vengeras pas
" et, dit le texte: "cest ainsi que tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis Yahvé." (Lévitique 19, 15-18) Ici les mots "Je suis Yahvé" reviennent à plusieurs reprises dans les énoncés de lois, comme un refrain.
La loi de lamour du prochain était donc très connue et il est clair que le docteur de la loi qui posait la question la connaissait très bien. Et la réponse de Jésus nest donc pas une nouveauté à première vue.
Nous savons par ailleurs que lamour de Dieu, dans la religion juive, était central. Cétait le grand commandement: la base, le centre, le fondement de toute la religion juive. Tout être religieux chez les juifs se rappelait chaque jour quil devait aimer Dieu de tout son cur, de toute son intelligence et de toute sa force.
Dans lévangile daujourdhui, pourtant, Jésus nous apporte quelque chose de neuf: pour la première fois, quelquun enseigne que le commandement daimer son prochain est semblable, ou du moins égal, au grand commandement de lamour de Dieu. Et cela était vraiment une nouveauté.
Quand on relit la tradition juive, on voit que le manque damour ou linjustice à légard du prochain était dabord vu comme une ingratitude envers Dieu. Dieu avait été tellement généreux pour son peuple quaucun homme reconnaissant ne pouvait se mettre à tromper, à mentir ou à voler.
Prenons un exemple. Sil vous arrive de prêter des volumes ou des outils, vous serez étonnés de voir les autres vous refuser les mêmes services. Et cest normal. Si quelquun refuse toujours de vous prêter certaines choses, vous hésiterez ensuite à lui prêter les vôtres.
Il en va de même, dans la tradition juive, pour lamour du prochain. Plus quune simple loi apprise, lamour du prochain est ainsi un hommage à la générosité de Dieu.
Le Créateur nous a donné la vie, avec une famille, des bras et des jambes, des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Ainsi, il a comblé son peuple dune multitude de dons. Si maintenant un homme est égoïste et injuste, sil refuse daimer et daider les autres, alors Dieu se chargera lui-même de rétablir la justice. Cest le message de la première lecture daujourdhui:
"Tu ne maltraiteras point limmigré qui réside chez toi
Tu naccableras pas la veuve et lorphelin
Si tu les accables et quils crient vers moi, alors jécouterai leur cri. Ma colère senflammera et je vous ferai périr par lépée
" (Exode 22, 20)
Ceci pourrait ressembler à une vengeance du Seigneur Dieu. Nous observons que lAncien Testament parle plus de cinquante de fois de la "colère" de Dieu. Cest un sentiment très fort qui reflète lintensité de ses volontés, lintensité de ses appels à la conversion et à la justice. Mais Dieu ne se venge pas. Il nenseigne pas à se venger; de telles menaces bibliques sont donc dabord et avant tout de pressants appels à la conversion.
Retenons surtout que la loi juive de lamour du prochain est fondée sur la reconnaissance envers Yahvé. Comme Dieu a été bon envers nous, ainsi nous devons nous aimer les uns les autres et donner généreusement à notre tour. Cest dailleurs léducation donnée dans la plupart des familles aujourdhui. On enseigne généralement aux enfants à partager entre eux et avec les amis. De la même manière, puisque Dieu a été généreux envers nous, ainsi nous devons être généreux envers les autres. Cest la loi de lAncien testament, une loi de la reconnaissance et du partage.
Pour ce qui de lamour de Dieu, dans lAncien Testament, cétait au contraire une loi infiniment sacrée, une loi de tout premier ordre. On la retrouve dans le Deutéronome (6, 4). Cest sous la forme dun poème sacré: "Écoute, Israël: le Seigneur notre Dieu est le Seul. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cur, de toute ton âme et de toutes tes forces."
Cest le commandement par excellence que tous devaient connaître de mémoire et que, selon le texte, il fallait sans cesse transmettre à ses enfants. Il fallait lattacher à son bras, le fixer à son front, linscrire aux montants des portes et à lentrée des villes. Lamour de Dieu était la grande loi dIsraël.
Ici, nous comprenons mieux ce que la parole de Jésus dans lévangile a de nouveau: il réunit, en une seule, deux lois dont lune est infiniment sacrée, et dont lautre nétait quun geste de reconnaissance et de partage.
"Quel est le premier commandement?" demande le docteur de la loi. "Aime Dieu et ton prochain," lui répond Jésus. Le second commandement est semblable au premier. Les deux commandements qui étaient autrefois séparés se trouvent maintenant réunis pour former ensemble le premier et le plus grand de tous les commandements.
La première communauté chrétienne a très bien compris la portée de cet enseignement nouveau du Fils de Dieu. Saint Jean ira jusquà écrire: "Si quelquun dit: Jaime Dieu, alors quil a de la haine contre son frère, cest un menteur. En effet, celui qui naime pas son frère, quil voit, est incapable daimer Dieu, quil ne voit pas." (1 Jean 4, 20)
Dans lAncien Testament, lamour du prochain était la joie de transmettre et de partager: celui qui avait éprouvé la générosité de Dieu devait exercer à son tour la même générosité. Cétait la loi déjà excellente de lAncien Testament.
La loi que Jésus nous donne aujourdhui est infiniment plus grande. Cest lamour même de Dieu qui se réalise tous les jours dans nos gestes damour. Nos moindres actes de partage, de dévouement et de générosité trouvent maintenant leur source en Dieu. Ils sont les signes et la réalisation de lamour de Dieu. Peu importe si les gens qui les reçoivent en sont conscients ou pas, cest Dieu lui-même qui aime les autres à travers nos gestes damour. Ainsi cest également Dieu que nous aimons dans les autres. Maintenant en aimant les autres, nous nous rapprochons de Dieu.
Voir version brève avec Évangile