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Le trente et unième dimanche ordinaireA

2 novembre 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 23, 1-12

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

L’évangile d’aujourd’hui nous explique que les scribes et les pharisiens disent et ne font pas. Malgré leurs belles déclarations, malgré toute leur ferveur religieuse, malgré leur connaissance de la Parole de Dieu, les scribes et les pharisiens ne sont pas pratiquants. Il y a encore beaucoup d’humour dans ce texte de saint Matthieu. Même que plusieurs lecteurs et lectrices éprouveront un vif plaisir en s’arrêtant pour bien relire relire l’évangile d’aujourd’hui.
Avec une ironie quelque peu cinglante, Jésus dénonce les hypocrites, les orgueilleux, les vaniteux, les prétentieux; tous ces gens désagréables que nous avons tous rencontrés un jour ou l’autre. Chacun fait subtilement ici l’application aux successeurs actuels des scribes et des pharisiens: à celles et à ceux qui ont la science, qui cherchent la considération, qui dirigent et qui jugent les autres selon des principes qu’ils ont eux-mêmes établis avec fermeté. Il pourrait même arriver que l’anticléricalisme, qui sommeille au cœur de toute personne, se réveille doucement.
Que reproche Jésus aux chefs spirituels de son époque?
Pour bien le comprendre, il faut situer cette lecture dans son contexte. Souvenons-nous d’abord que, dans le long récit de saint Matthieu, le conflit qui oppose Jésus aux chefs des prêtres et aux pharisiens s’amplifie et que bientôt le Messie sera conduit à la mort de la croix. Depuis quelque temps, en effet, la tension monte entre Jésus et ses opposants.
Mais il y a plus. Les historiens nous enseignent que plusieurs années après la Guerre juive et après la destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en l’an 70 de notre ère, les pharisiens se sont rassemblés pour un important concile à Javné (Janmia). C’est là qu’ils ont longuement étudié la situation. Ils s’inquiétaient avec raison pour l’avenir de la nation juive. Ils voulaient s’assurer d’abord de ne pas être encore une fois écrasés par les puissantes armées de Rome.
Au cours de ce concile de Javné, les pharisiens ont donc cherché à comprendre les causes de leurs malheurs. Et plusieurs ont alors pointé du doigt les Judéo-chrétiens, c’est-à-dire les nouveaux chrétiens convertis du judaïsme. Ce nouveau mouvement chrétien leur apparaissait comme une division au cœur du judaïsme.
Ils ont alors décidé de combattre les chrétiens. Puis ils ont décidé d’exclure de leurs synagogues tous les nouveaux chrétiens convertis du jadaïsme. Ces événements, entre autres, accompagnés de persécutions, ont sans doute contribué à raviver le souvenir de bien des paroles de Jésus à l’égard des pharisiens et consignées dans les quatre évangiles.
Mais que reproche Jésus aux chefs de la nation juive?
D’abord, les scribes et les pharisiens sont incohérents: Ils disent et ne font pas. Ils sont paresseux: Ils lient de pesants fardeaux, mais ne veulent pas les remuer du doigt. Ils sont vaniteux: Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes… Ils aiment les places d’honneur… les premiers rangs… les salutations sur les places publiques.
Nous pouvons sans doute ajouter que les scribes et les pharisiens ne sont pas les seuls à se faire remarquer par leur incohérence et leur vanité: bien des baptisés dont nous sommes pourront également s’y reconnaître. Par exemple, si nous avons éprouvé de la satisfaction devant les propos de Jésus en pensant intérieurement: ;Moi, je ne suis pas de ces gens-là, alors, dès cet instant, nous en étions! D’ailleurs, qui d’entre nous ne s’est jamais réjoui de voir condamner les opinions, les erreurs ou le comportement des autres? Nous pouvons alors nous glorifier de ne pas tomber dans les mêmes travers.
Car ce que le Seigneur reproche ici aux scribes et aux pharisiens — leur incohérence, leur paresse, leur vanité — tout cela est tellement universel, tellement humain, que nous y trouvons bien notre part, chacun à sa manière. Le pire aveuglement est celui qui nous voile nos propres incohérences. Ainsi, nous pouvons nous demander si nous sommes bien ajustés aux enseignements de Jésus sur le Royaume.
Dans le Royaume des cieux annoncé par Jésus, personne n’est maître et nul ne doit dominer: nous sommes sœurs et frères. Aucun n’est père, personne n’enfante les autres: tous sont enfants de Dieu. Aucun n’est docteur et personne n’enseigne: tous font partie d’une même Église et sont enseignés par le même Esprit.
Ainsi la hiérarchie du Royaume ne repose ni sur la science, ni sur la compétence, ni sur la domination, mais sur l’humble service de ceux et de celles, en particulier, qui n’ont pas accès sur terre à leur juste part de bonheur.
Toute la perspective proposée par Jésus aux nouveaux chrétiens et aux nouveaux chefs de l’Église est donc transformée et orientée vers l’humble service. Ceux et celles qui espèrent profiter d’un poste pour s’imposer et se mettre en valeur vont à l’encontre de l’enseignement proposé aujourd’hui.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 14:17 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.