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Le trente-troisième dimanche ordinaireA

16 novembre 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 25, 14-30

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Pour bien comprendre cette parabole, il faut nous dire que le talent, au temps de Jésus, était une unité de poids qui valait 60 mines. En argent, cela donnait 6 000 deniers. D’autre part, en saint Matthieu (20, 2), le denier représente le salaire d’une journée. Au salaire minimum actuel (6,90$ en 1999), huit heures de travail donnent 55,20 $ par jour. Cinq talents valaient donc (5 fois 6 000 X 55,20 $) 1 656 000 $. Ainsi, le plus capable des trois serviteurs reçoit plus d’un million et demi; le second, 650 000 $; et le moins capable, 325 000 $. Et le maître s’en va... pour un long voyage.
Que demande le Maître? Dans une autre parabole, il demande l’obéissance et la fidélité: “Heureux ce serviteur que le maître, en arrivant, trouvera à son travail. En vérité, je vous le déclare, il lui confiera la charge de tous ses biens.” (24, 46-47) Mais aujourd’hui, ce n’est plus la même chose... Il ne donne pas de directives à ses serviteurs. Voici le texte: “Un homme qui partait en voyage appela ses serviteurs et leur confia ses biens. À l’un il donna une somme de cinq talents, à un autre, deux talents, au troisième un seul, à chacun selon ses capacités. Puis il partit.” (25, 14-15)
Sans aucune directive. C’est un peu comme s’il disait: “Faites comme bon vous semblera. Ayez de l’initiative; les richesses sont des valeurs qui vous sont confiées; découvrez par vous-mêmes à quoi elles peuvent servir, et faites pour le mieux.”
Et le maître partit. Il reviendra longtemps après. Jésus laisse transparaître un effet de surprise: “longtemps après,” au moment où tout le monde l’a oublié, le maître revient. Et dès son arrivée, il demande des comptes. Avec tout l’argent que je vous ai donné, qu’est-ce que vous avez fait? Qu’est-ce que vous avez fabriqué? Qu’est-ce que vous avez imaginé et réalisé?
Le premier s’approche, tout heureux, et répond: “Seigneur, tu m’as confié cinq talents; voilà, j’en ai gagné cinq autres.” Le maître, aussi heureux que lui, répond: “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup: entre dans la joie de ton maître.
Le deuxième, qui avait reçu 600000$, s’approche à son tour, aussi heureux, et lui répond: “Seigneur, tu m’as confié deux talents; voilà, j’en ai gagné deux autres.” Et le maître répond sur le même ton, par les mêmes paroles: “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle pour peu de choses, je t’en confierai beaucoup; entre dans la joie de ton maître.”
Mais le troisième, lui qui était libre comme les autres, qui n’avait pas reçu de directives, lui non plus, avait décidé de faire un grand trou et d’enterrer 30 kilos d’argent dans le sol. Il n’a rien volé. Il n’a rien pris. Mais il n’a rien fait. Et, comme pour se justifier devant le maître qui lui demande des comptes, il se met à lui dire qu’il est un homme exigeant, dur et injuste, qui retire des profits du travail des autres.
Alors, le maître se fâche: “Serviteur mauvais et paresseux! Si tu me savais injuste, pourquoi n’as-tu pas placé mon argent à la banque? À mon retour, je l’aurais retrouvé avec les intérêts! Enlevez-lui ses 300 000 $ et donnez-les à celui qui a 3 millions. Car celui qui a recevra encore, et il sera dans l’abondance. Mais celui qui n’a rien se fera enlever même ce qu’il a. Quant à ce serviteur bon à rien, jetez-le dehors dans les ténèbres; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.”
En somme, on confie à ceux qui sont capables de bien gérer.
Pour compléter cette parabole, voici une histoire qui était racontée en Nouvelle-France, au début de la colonie. En pensant à la parabole des talents, on raconte que saint Joseph se présente un jour devant le Maître. Durant sa vie terrestre, saint Joseph était libre, comme vous et moi. Mais il a joué un rôle unique en étant attentif aux appels de Dieu: “Prends chez toi Marie, ton épouse. Elle mettra au monde un fils auquel tu donneras le nom de Jésus... Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, et fuis en Égypte... Reviens au pays d’Israël.
Or donc, saint Joseph se présente devant le souverain Juge... avec beaucoup d’autres qui faisaient chacun valoir leurs talents. Saint Joseph s’approche en disant: “Père éternel, je suis pauvre. J’étais ouvrier à Nazareth. Mais voici Jésus que tu m’as confié. Je l’ai protégé et développé de mon mieux... et il a rapporté la multitude des élus.” Alors, l’assistance se lève, pendant que Dieu le Père fait avancer Joseph en lui disant: “Mais entre, serviteur bon et fidèle. Puisque tu as si bien protégé mon Fils, reçois en charge le paradis.” Et l’histoire se termine en disant que Joseph accueillit alors tous ceux qui s’étaient confiés à lui, de la même manière que Jésus.
Le travail, pour les chrétiens, répond à cette parabole des talents. Ce que le Maître nous a confié est beaucoup plus que les millions de dollars de la parabole. Il nous a donné la vie, la santé, l’intelligence, une famille, des parents, des amis, et tout un monde matériel à transformer et à organiser.
Tout cela, Dieu nous le donne gratuitement, sans toujours indiquer en détail ce que nous devons en faire. Pour bien remplir son rôle, le chrétien devra donc se servir de sa tête, de son intelligence, de son coeur. Il n’est pas chrétien de seulement remplir quelques heures par jour dans une usine, un chantier ou un bureau. Il faut en plus apporter une qualité humaine qui, autrement, n’existerait pas. Il faut prendre des décisions, réfléchir, apprendre sans cesse. Il faut devenir plus compétent, s’intéresser et s’instruire. C’est alors seulement que nous développerons le bien qui a été déposé en nous. Et c’est seulement par un travail soigné que nous pourrons faire grandir ce monde que Dieu met à notre disposition.
Pour plusieurs d’entre nous, les activités ont sans doute diminué. Quand nous étions plus jeunes, nous avions l’impression d’être plus actifs. Mais nous avons encore notre coeur, notre intelligence, notre capacité d’aimer. Nous pouvons nous servir de nos talents pour donner de la joie et du bonheur aux personnes qui nous entourent.
À l’occasion de cette parabole des talents, nous pensons d’une manière spéciale à ceux et celles qui sont engagés dans l’action et dans le développement du monde. À l’exemple de saint Joseph, modèle des travailleurs, il faut voir à ce que le bien en nous trouve sa pleine mesure. Qu’ainsi nous soyons prêts à nous entendre dire à notre tour: “Très bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de choses, je t’en confierai beaucoup: entre dans la joie de ton maître.”

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 14:28 hrs. le 12 novembre 2007 par JL.