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Le dimanche de l'Ascension du Seigneur A

4 mai 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 28, 16-20

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Nous venons de lire les cinq derniers versets de saint Matthieu, la fin de son évangile, et les onze premiers versets des Actes des apôtres, rédigés par saint Luc. Les deux racontent l'Ascension, la fête d'aujourd'hui. Mais l'arrimage des deux récits n'est pas évident. C'est comme Noël dans les textes de saint Matthieu et de saint Luc (voir le 4e dimanche de l'Avent).

Nous pourrions recouvrir d'un voile de telles difficultés apparentes, et ne pas en parler. Elles peuvent cependant nous conduire à une meilleure intelligence de notre foi, et au goût des Écritures. Elles nous font mieux saisir, mieux connaître et mieux aimer la Parole de Dieu.

En fait, nous aimons déjà cette Parole qui nous rassemble et qui est la lumière de nos vies. D'autres paroles nous ont déçus, et les réponses du monde présent sont loin de combler notre intelligence faite pour vivre toujours. Prenons donc quelques instants pour comparer ces deux lectures.

Dans les Actes des apôtres, saint Luc raconte qu'“au cours d'un repas qu'il prenait avec eux, Jésus leur donna l'ordre [aux apôtres qu'il avait choisis] de ne pas quitter Jérusalem” (Actes 1, 4). Pour un contemporain, cela veut dire que les onze ont observé la consigne et qu'ils sont demeurés à Jérusalem jusqu'à l'Ascension.

Dans l'évangile, saint Matthieu écrit au contraire: “Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait donné l'ordre de se rendre” (28, 16). Nous pourrions nous demander: Lequel des deux a raison? Les onze sont-ils restés à Jérusalem, comme semble l'indiquer saint Luc, ou sont-ils allés en Galilée, comme le raconte saint Matthieu?

Une mauvaise piste serait d'entreprendre une longue recherche pour établir les faits, ou soumettre les deux narrateurs à un test de crédibilité pour voir lequel des deux a dit vrai. Voici un peu ce que donnerait cette approche.

Saint Matthieu était un apôtre, un comptable, un collecteur d'impôts formé à la rigueur et à la précision. Il fut témoin des événements qui ont suivi la résurrection, et il est mort martyr plutôt que de renier la foi qu'il avait proclamée. Voilà la parole d'un vrai témoin!

Qu'en est-il de saint Luc? Il n'a pas vu les événements. Une tradition nous dit qu'il était païen de naissance et qu'il n'est pas mort martyr: il aurait terminé sa vie dans le nord de la Grèce, à l'âge de 84 ans.

Mais arrêtons-nous ici. Avant de choisir entre deux évangiles, dont l'un serait faux et l'autre serait vrai, nous pouvons du moins examiner le langage de ces deux récits vieux de 2000 ans, et que nous sommes tentés de lire avec nos mentalités d'aujourd'hui. D'autant plus que l'identité précise des évangélistes est fort discutée: là-dessus, les meilleurs auteurs expriment aujourd'hui plus de doutes que de certitudes.

Examinons d'abord le texte de saint Luc. Il écrit que Jésus avait donné aux apôtres des preuves de sa résurrection, “puisque, pendant quarante jours, il leur était apparu, et leur avait parlé du royaume de Dieu.”

Parler du royaume de Dieu, c'est en résumé l'enseignement du Messie. Quarante n'est pas quarante. Ce chiffre mérite qu'on s'y arrête, puisqu'il revient 70 fois dans l'Ancien Testament et seize fois dans le Nouveau. Les premières lectrices et les premiers lecteurs de ce texte en connaissaient bien le sens. Quarante, c'est un accomplissement, l'enseignement définitif mené à bien, pleinement achevé. C'est cela que nous dit l'auteur: Jésus a pleinement rempli sa mission; il nous a fait comprendre les Écritures.

Remarquez que nous avons bien, nous aussi, quelques expressions déroutantes. Nous disons par exemple: “Si tu as une minute, j'aimerais te dire deux mots sur le prochain contrat.” La conversation se poursuit une demi-heure, et l'on ne compte pas les mots. Les Espagnols ont là-dessus une belle expression: ils disent “un mot” à quelqu'un, mais ils le disent au pluriel: “unas palabras!”

Ainsi, l'auteur nous dit qu'après sa résurrection, Jésus a achevé son enseignement. Comme il est si bien dit au terme de cet évangile “Il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des écritures ” (24, 45).

L'Ascension a-t-elle eu lieu à Jérusalem ou en Galilée? On ne le sait pas, et cela importe peu. Ce qui importe est de savoir ce que l'évangéliste a voulu dire à des lectrices et à des lecteurs qui comprenaient son langage.

Pour saint Luc, la vie de l'Église commence à Jérusalem et s'étend à l'ensemble des nations. C'est du Temple saint, de ce lieu de la présence et de la volonté de Dieu que naîtra l'Église. Comment illustrer cette théologie un peu abstraite pour des gens habitués à lire les images? Voilà pourquoi il situe l'Ascension au coeur du judaïsme. Comme l'enseignera saint Jean, Jésus est venu de Dieu, il est né de Lui, et il retourne maintenant vers Lui. C'est dire que, pour Jésus, la mission que lui a confiée le Père est enfin accomplie.

Nous pourrions aussi nous demander: Et pourquoi un repas? Car nous lisons: “Au cours d'un repas qu'il prenait avec eux” (Actes 1, 4). C'est l'image d'une fête joyeuse, de la communion entre Jésus et les disciples pour le long temps de l'Église et jusqu'à son retour. La communion et le repas eucharistique forment le coeur de l'Église. Il est donc difficile d'imaginer que des chrétiens puissent vivre aujourd'hui sans la Parole et sans le Pain.

Nous pouvons maintenant nous demander: “Et pourquoi saint Matthieu a-t-il situé l'Ascension sur une montagne, en Galilée?” Il écrit pour une communauté formée en bonne partie de juifs convertis, probablement à Antioche, en Syrie, au nord du pays de Jésus. Cette communauté semble en butte à la division et aux persécutions, et elle a besoin d'un message clair.

Nous savons que la montagne, dans la tradition juive née au sein du peuple nomade, représente le point de contact entre la terre et le ciel: c'est l'expression idéale d'un message venu de Dieu. C'est donc en lien étroit avec Dieu que Jésus achève sa mission, c'est de là qu'il retourne vers le Père.

Et pourquoi la Galilée? C'est encore une belle image du premier évangile. La Galilée, c'est le lieu du premier appel, de la première rencontre avec Jésus, le lieu de la première annonce de la Bonne Nouvelle. Au début de cet évangile, l'auteur citait heureusement la parole d'Isaïe: “Galilée, toi le carrefour des païens” (4, 15). C'est justement cela qu'était en fait la Galilée, située aux confins de la Samarie, de la mer, de la Syrie et de la Décapole.

C'est donc à partir d'ici que retentira, pour tous les peuples, le grand message d'espérance: Jésus a traversé la mort. Il faut maintenant, dans l'univers, préparer le jour où “il reviendra dans la gloire”, car le règne de Dieu est présent au milieu de nous. Et c'est le sens de la fête d'aujourd'hui.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 15:36 hrs. le 10 novembre 2007 par JL.