Le baptême du Seigneur A,
13 janvier 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Chers soeurs et frères dans la foi,
Nous venons d'entendre la Parole de Dieu au début de l'évangile de saint Matthieu. En fait, cette Parole de Dieu est déjà enracinée en nous depuis la première fois que nous l'avons entendue. C'était le jour de notre baptême. Alors que nous étions tout petits, le Seigneur nous a appelés par notre nom et il nous a dit: Marie, ... Paul, ... Pierre, ... Sylvie, ... viens avec moi. Parce que tu comptes pour moi. Parce que tu as du prix à mes yeux et que moi, je t'aime (voir le texte d'Isaïe 43, 4).
Dans l'évangile de ce matin, c'est la même parole du Père qui nous est adressée. Essayons de revivre l'événement du Baptême de Jésus pour en comprendre le sens.
À ce moment-là, Jean Baptiste vivait au désert. Il était prophète de son métier. Nous ne savons pas tout ce qu'il disait mais il était célèbre parmi le peuple. Le roi Hérode le connaissait personnellement. Saint Marc a même écrit qu'Hérode aimait lentendre (6, 20). En somme, Jean Baptiste était déjà un personnage très bien connu.
Il prêchait au bord du Jourdain et il offrait un baptême de purification aux gens qui étaient prêts à changer de vie. Il annonçait surtout la venue d'un prophète plus grand que lui en disant: Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu.
Ainsi établi au bord du Jourdain, Jean Baptiste était sur le chemin des caravanes. Beaucoup de voyageurs le connaissaient. Ils s'arrêtaient auprès de lui quand ils passaient pour se reposer et pour l'écouter un peu. Or, un jour que Jean Baptiste prêchait et qu'il baptisait dans le Jourdain, arriva un homme de métier de Nazareth appelé Jésus.
Le récit de saint Matthieu est court. Il donne peu de détails, mais il insiste sur le rôle propre de Jean Baptiste à l'égard du Messie.
Jésus s'approche donc pour se faire baptiser, un peu comme tout le monde. Parce que lui aussi avait décidé de commencer une vie nouvelle, à sa manière. Jusque là, il avait grandi et travaillé simplement à Nazareth, en homme comme les autres, apparemment sans histoire.
Dans le récit écrit par saint Matthieu, Jésus doit insister pour se faire baptiser. Ce dialogue met en lumière sa véritable identité.
C'est seulement lorsqu'il sort de l'eau qu'un événement se produit. Saint Mathieu écrit: Voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Limage vient du prophète Isaïe: Ah! si tu déchirais les cieux et si tu descendais! (63, 19). En d'autres termes: Si tu intervenais dans notre histoire!
Nous pourrions nous demander: Et pourquoi une colombe? Par sa blancheur, la colombe symbolise la pureté. Par sa douceur, dans le monde antique, elle était un signe d'affection, de tendresse, d'amour, de paix. Dans la Bible, ici, elle est signe de Dieu: un signe tout spécial de son affection pour Jésus. Elle représente l'Esprit d'amour et de paix qui repose sur lui.
Et voici justement le coeur de l'évangile d'aujourd'hui: comme la Parole de Dieu est entrée dans nos vies le jour de notre baptême, ainsi la voix du Père se fait entendre pour Jean Baptiste et ses disciples. C'est à eux que le Père s'adresse en disant: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en lui j'ai mis tout mon amour.
Jean Baptiste reconnaît cette phrase. C'est le début de quatre textes du prophète Isaïe. Il accueille la parole du Père qui lui dévoile aujourd'hui l'identité du Messie. Quelle sera donc la vocation de Jésus?
Pour le comprendre, il faut retrouver, dans la Bible, la phrase que tous reconnaissent: Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui j'ai mis toute ma joie. J'ai fait reposer sur lui mon esprit. Tous connaissaient très bien ce texte. Ils le connaissaient pratiquement par coeur: c'était la première phrase du premier chant du Serviteur de Yahvé. C'est le début de quatre poèmes du prophète Isaïe, qui décrivent en détail la mission du Messie, son oeuvre dans le monde, les souffrances de sa Passion, l'oeuvre de la rédemption. Toute cette prédiction d'Isaïe, Jean Baptiste la connaissait par coeur comme les juifs de son temps. Depuis qu'il était enfant, il l'avait entendu lire et commenter à la synagogue.
Il comprend donc tout de suite cette parole du Père: Le Serviteur de Yahvé, c'est lui. Voilà sa vocation: il sera ce personnage biblique, l'envoyé de Dieu, le Sauveur que le prophète Isaïe a si bien décrit, car celui-ci est mon Fils bien-aimé; en lui j'ai mis tout mon amour.
Jean Baptiste reconnaît donc, dans la parole du Père, la première phrase du premier chant du Serviteur souffrant, le Serviteur annoncé six cents ans plus tôt par le prophète Isaïe (42, 1 etc.). C'est un message plein de force, qui annonce notre libération; mais c'est aussi un message de souffrance, surtout dans le troisième chant du Serviteur annoncé par Isaïe.
Le prophète décrit en particulier la vocation de Jésus dans ces mots: Quant à moi, je n'ai pas résisté. Je n'ai pas soustrait mon visage aux outrages et aux crachats. . J'ai tendu le dos à ceux qui me frappaient (50, 5-6). C'est par la souffrance que Jésus rachètera l'humanité. Toutes ces paroles du Serviteur de Yahvé que nous entendons chaque année, durant la semaine sainte, Jésus les reconnaît dans la parole de son Père.
Comme nous, au moment de notre baptême, Jésus est appelé. Il reçoit de son Père sa vocation d'homme. Il sera le Messie. Il sera celui que tous les prophètes avaient chanté.
Il accomplira en détail ce que disent de lui les quatre chants du Serviteur de Yahvé, tels que rédigés six cents ans plus tôt par le prophète Isaïe. Le Fils de Dieu ne devra omettre ni sa puissance magnifique, qui passe par la compassion, les guérisons, la douceur et la patience; ni la rédemption du monde, qui passe par l'humiliation et l'obéissance jusqu'à mort de la croix. Voilà le mandat confié par Dieu le Père, aujourd'hui, à son Fils Jésus.
Que retenir de cet évangile? À travers la vocation propre de Jésus, c'est nous tous qui sommes appelés. Nous sommes rejoints par la même parole de Dieu, appelés à entrer avec lui dans la création nouvelle, celle d'un royaume à bâtir ensemble sur la paix et la justice, sur l'amour, le partage, la fraternité.
Nous sommes tous appelés, en Jésus, à devenir fils et filles de Dieu, à entrer dans son grand mouvement de renouveau qui trouvera son accomplissement dans la vie éternelle. Par le baptême de Jésus, c'est notre vocation à nous qui nous est donnée aujourd'hui.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 3, 13-17
Voir version brève avec Évangile