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Le premier dimanche du Carême A

1 mars 2009,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Nous allons essayer de comprendre, ce matin, les trois tentations au désert. Mais auparavant, prenons un instant pour nous situer dans ce désert dont nous parle l'évangile.

La distance entre Jérusalem et Jéricho est d'environ 25 kilomètres. Mais ce sont des kilomètres de désert, de solitude, de sécheresse. C'est un pays montagneux, très sec; non pas de sable, mais de terre séchée au soleil. Il tombe dans toute cette région de 5 à 10 cm de pluie annuellement, ce qui équivaut à quelques orages en hiver. La route suit un torrent desséché. Jésus a choisi ce pays âpre et désertique comme lieu de retraite avant sa vie publique. Comme les prophètes du désert, il médite, il jeûne, il réfléchit, il prie.

L'évangile ne dit rien de son horaire. Le texte nous apprend seulement qu'il était guidé par l'Esprit et qu'après quarante jours, il eut faim et fut tenté par le diable à trois reprises. Ces trois tentations sont celles du Messie face à sa mission.

Soulignons en passant que le mot grec “diabolos” désigne un menteur, celui qui accuse faussement. Il veut donc amener Jésus à dévier de sa route.

Après quarante jours, nous dit saint Matthieu, Jésus eut faim. Voilà une première tentation, et le diable lui dit: “Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains.” Il invite Jésus à combler sa faim de nourriture par la puissance de Dieu qui l'habite. Jésus répond que la Parole de Dieu est sa priorité: “Il est écrit: Ce n'est pas seulement de pain que l'homme doit vivre, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.”

C'est la première tentation, celle de centrer sa vie sur le monde créé. En d'autres mots, le diable aurait pu lui dire: “La puissance qui est en toi, mets-la au service de ce monde visible. Assure d'abord ton bien-être et celui des autres.” Jésus refuse. Il est venu au désert justement pour se priver de biens matériels, pour faire le vide en lui et rencontrer Dieu.

Jésus savait qu'un homme pauvre ressent mieux le besoin de Dieu. Il faut se libérer, il faut se faire pauvre pour ressentir le besoin de Dieu. Si je me suis privé de pain, semble dire Jésus, c'est précisément pour ressentir en moi des besoins moins sensibles, mais beaucoup plus réels et beaucoup plus importants. Seul le jeûne des satisfactions sensibles permet de ressentir ce besoin de Dieu. Jésus a voulu jeûner pour aller à l'essentiel.

Sa deuxième tentation en est une d'abus de confiance. Satan lui demande d'abuser de sa confiance en Dieu. Il l'emmène à Jérusalem, sur le pinacle du Temple, qui domine toute la vallée du Cédron. Il sont au-dessus d'une vallée très profonde: une soixantaine de mètres environ, en face du Temple. Avec la construction, à l'époque de Jésus, cela donnait quelque 70 mètres au-dessus d'un ravin.

“Jette-toi en bas!” lui commande Satan. C'est comme s'il lui disait: “Livre-toi à n'importe quelle sottise: précipite-toi de 70 mètres. Ou encore, méprise les gens qui t'entourent, mène une vie déréglée, ne respecte pas ton épouse, ou ton mari, ou tes enfants; de toute manière, Dieu te protégera. Si tu hésites dans ton coeur, c'est que tu manques de confiance en lui!”

Ce raisonnement semble logique et nous le faisons parfois. Nous créons pour nous-mêmes des situations impossibles, en mettant Dieu au défi. À l'échelle mondiale, nous créons des conditions de guerre en cultivant toutes sortes d'injustices; et devant les souffrances qui en découlent, nous nous mettons à prier pour la paix, ou pour les victimes de nos propres oublis.

D'autres se disent avec inconscience: “Si vraiment Dieu existait, telle ou telle souffrance n'existerait pas...” Mais c'est justement parce que Dieu existe qu'il nous laisse mesurer les conséquences de nos gestes. Agir sans discernement, créer autour de soi des conditions injustes, bousculer les autres et compter ensuite sur la Providence pour réparer les conséquences de nos actions, c'est la deuxième tentation proposée à Jésus: “Jette-toi en bas, — de 70 mètres; et si Dieu t'aime, il te protègera!” Jésus oppose encore à Satan la force de la Parole de Dieu: “Il est encore écrit: Tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu.” Il ne faut pas tenter Dieu (Psaume 94, 9).

La troisième tentation est plus subtile. Le diable emmène Jésus sur une très haute montagne. C'est peut-être le mont de la Quarantaine, d'où l'on aperçoit Jéricho, véritable paradis de verdure en plein désert. C'est un point d'eau sur un affluent du Jourdain, une oasis remplie de cyprès, de bananiers, de dattiers. Jéricho, au pays de Jésus, représentait le monde et ses richesses.

Le diable dit à Jésus: “Tout cela, je te le donnerai, si tu te prosternes pour m'adorer.” Qu'est-ce que cela veut dire? Se prosterner devant quelqu'un, c'était se soumettre. L'acte d'adoration traditionnel nous en rappelle le sens: “Mon Dieu, je vous reconnais pour mon Créateur, mon souverain Seigneur, et le Maître absolu de toutes choses.”

Dans l'Antiquité, quand un esclave se prosternait devant un nouveau maître, il déposait à ses pieds tout son être. Déposer ses bras et ses mains, c'était offrir ses services. Déposer ses pieds et ses jambes, c'était offrir ses déplacements. Déposer sa poitrine et sa tête, c'était offrir ses pensées et ses affections. Selon le diable, Jésus n'avait qu'à poser ce geste, à se soumettre à lui pour posséder le monde! Il serait devenu, avec lui, “le Prince de ce monde”, comme l'appelle plusieurs fois saint Jean (12, 31; 14, 30; 16, 11).

Jésus oppose une troisième fois, à la logique humaine du tentateur, la force de la Parole de Dieu: “Il est écrit: C'est devant le Seigneur ton Dieu que tu te prosterneras, et c'est lui seul que tu adoreras.” Cette troisième tentation était celle de l'idolâtrie sous toutes ses formes: tout effort pour s'approprier le pouvoir même de Dieu en le mettant à son service. C'est ce que faisaient autrefois les païens qui réduisaient les divinités à une idole de pierre ou de bois, pour mieux les saisir, pour avoir accès à leur pouvoir. Il est clair que reconnaître la souveraineté du vrai Dieu, c'est pour chacune et chacun de nous le moyen de se dominer et de servir à la manière de Jésus.

Au cours de ce temps de Carême, comme Jésus, nous serons tentés parfois de limiter notre faim aux biens visibles et ainsi de nous laisser encombrer par la réussite, le boire et le manger, le vêtement, le confort. En deuxième lieu, nous serons tentés de nous éloigner de Dieu, en lui laissant le soin de réparer les conséquences de nos oublis. Enfin, nous serons tentés de lui refuser la souveraineté sur nous, en nous laissant diriger plutôt par les forces et les puissances de ce monde.

Que l'Eucharistie nous fortifie pour les quarante jours qui viennent afin que nous puissions triompher à notre tour des trois mêmes tentations. Nous serons, par le jeûne, plus détachés du confort matériel, plus respectueux de la puissance de Dieu, et surtout plus soumis à lui seul dans la réalisation de ses projets sur le monde. Amen.

Bernard Lafrenière, c.s.c.

 

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Dernière mise à jour à 11:35 hrs. le 25 novembre 2008 par JL.