Le deuxième dimanche du Carême A
17 février 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Chers soeurs et frères dans la foi,
Soulignons d'abord que chaque année, le deuxième dimanche de Carême, nous lisons l'un des trois récits de la Transfiguration; cette année en saint Matthieu, l'an prochain en saint Marc (9, 1-10) et l'année suivante, en saint Luc (9, 28-36). En nous mettant en route vers la semaine sainte, nous levons le voile sur la relation tout à fait exceptionnelle de Jésus avec son Père. En plus, le Père confirme la mission de son Fils.
Saint Matthieu raconte que Jésus, un jour, a invité ses trois meilleurs amis, Pierre, Jacques et Jean, à monter avec lui sur une haute montagne. Les trois ne s'en étonnent pas: il semble même que de telles promenades leur étaient familières. Jésus aimait se retirer avec ses disciples pour se reposer, pour les instruire, pour prier avec eux.
Ce jour-là, il les amène donc avec lui sur une haute montagne, qu'une tradition a identifiée au mont Thabor. C'est la plus haute montagne de Galilée, un endroit splendide. Vers la mer, Jésus et ses apôtres ont une vue sur la vallée fertile d'Esdrelon; de l'autre côté, le regard s'étend jusqu'au lac de Tibériade, parmi les plus beaux paysages de Galilée.
Ainsi, dans un décor de rêve, Jésus se repose. Il parle longuement avec ses trois apôtres. Enfin, il les invite à prier avec lui. Il arrive plusieurs fois dans l'évangile que Jésus demande aux apôtres de prier avec lui. Il est même intéressant de souligner qu'à chaque fois, les disciples s'endorment et Jésus continue de prier seul. C'est ce qui arrivera entre autres, le soir du jeudi saint, au mont des Oliviers, la veille de la Passion.
Mais voici qu'aujourd'hui, durant leur sommeil, les trois disciples sont réveillés brusquement par une intense lumière: le visage de Jésus devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la neige.. Les apôtres n'en reviennent pas et se frottent sans doute les yeux. Près de Jésus, ils reconnaissent Moïse, qui représente la Loi d'Israël; et Élie, qui représente les prophètes. La Loi et les prophètes, c'était tout l'Ancien Testament auprès de Jésus. Saint Luc nous dit qu'ils parlent de sa Passion prochaine. Mais les apôtres écoutent sans trop comprendre de quoi il s'agit.
Saint Pierre, pour sa part, est fou d'admiration devant l'éclat lumineux de Jésus. Il lui dit: Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie. Saint Marc prend la peine de nous dire que Pierre était effrayé et qu'il ne savait pas ce qu'il disait.
Pourtant, l'événement est sérieux. Il est surtout plein de sens. À ce moment-là, les trois apôtres entendent la voix du Père de Jésus, la voix qu'ils ont déjà entendue le jour de son baptême, sur la rive du Jourdain. Il prononce encore la même parole: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis tout mon amour; écoutez-le! Il faudra suivre Jésus jusqu'au bout.
Les trois apôtres sont devenus sérieux. Ils reconnaissent la première phrase des quatre chants du Serviteur souffrant chez le prophète Isaïe. Voilà donc ce que Jésus devra vivre! Ils écoutent attentivement cette voix pleine de grandeur et de majesté, venant d'une nuée lumineuse, et qui laisse deviner la fin de la vie terrestre de Jésus. Même s'ils ne comprennent pas très bien, ils sont maintenant encore plus prêts à le suivre jusqu'au bout.
Et alors, la vision disparaît. La montagne redevient calme et belle, avec son point de vue qui domine toute la Galilée. Les apôtres se regardent et retrouvent Jésus au milieu d'eux, dans son apparence de tous les jours. C'est l'ami quotidien, toujours fascinant, toujours mystérieux et attachant: le fils du charpentier, le fils de Joseph, de Nazareth.
Ensemble, ils se remettent en marche vers le bas de la montagne. Jésus a encore deux choses très importantes à leur dire. On comprend qu'ils écoutent maintenant sans perdre un mot. D'abord, cette vision qu'ils viennent d'avoir, Jésus leur défend d'en parler. Pierre, Jacques et Jean seront seuls à connaître le secret. Ils sont d'accord: ils n'en parleront à personne. Jésus ajoute une deuxième chose, très mystérieuse à ce moment-là. Les trois amis écoutent avec une attention encore plus grande: Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts (Matthieu 17, 9). Saint Marc ajoute: Tous trois gardèrent la recommandation, tout en se demandant entre eux ce que pouvait bien vouloir dire: ressusciter d'entre les morts (Marc 9, 10).
La Transfiguration à laquelle nous assistons aujourd'hui doit être pour nous une grande lumière d'espérance. C'est d'ailleurs ce qu'elle fut pour les apôtres et pour Jésus lui-même. À partir de ce moment-là, Jésus parlera de plus en plus ouvertement de sa Passion prochaine, de la croix, de sa mort, des humiliations que le prophète Isaïe avait déjà prédites dans les quatre chants du Serviteur souffrant, et que le Père applique aujourd'hui à Jésus.
À travers l'humiliation et la souffrance qui viennent pour Jésus comme pour nous, une grande lumière d'espérance brille aujourd'hui sur cette montagne. Jésus lui-même sait qu'il va mourir. Il reçoit un encouragement de son Père qui lui a dit, au baptême: C'est toi mon Fils bien-aimé: moi, aujourd'hui, je t'ai engendré (Luc 3, 22). Cette première phrase des quatre chants du Serviteur souffrant d'Isaïe est également une parole de tendresse, comme une grande lumière qui aidera Jésus à traverser la mort.
Pour les apôtres, il sera également difficile de voir leur ami Jésus rejeté, méprisé, condamné. La Transfiguration est pour eux une lumière d'espérance. Et dès le lendemain de la Résurrection, ils s'en souviendront. Comme ils en comprendront le sens, ils auront la permission d'en parler devant tout le monde: Jésus était vraiment le Fils de Dieu; Dieu lui-même nous avait annoncé sa mort et sa résurrection: nous en sommes les témoins!
Pour nous également, le Transfiguration est une grande lumière d'espérance. Au coeur des mystères dans lesquels nous vivons parfois, au milieu de toutes les questions qui se posent sur le sens de nos vies, sur le sens de nos souffrances, sur le sens du monde qui nous paraît souvent obscur et confus, il est bon de nous rappeler, comme nous le faisons aujourd'hui, la grande lumière donnée par Jésus à ses apôtres à la Transfiguration. C'est une lumière d'espérance et une lumière de foi.
Le tombeau vide au matin de Pâques, l'émotion des saintes femmes venues ensevelir Jésus, les apparitions du Christ ressuscité, tous ces événements ne sont pas dus au hasard: ils avaient été préparés et annoncés d'avance. Ils sont vrais, profondément enracinés également dans l'expérience des apôtres en compagnie de Jésus de Nazareth.
Nous allons bientôt revivre les événements de la Pâque à la lumière de la Transfiguration. Que cet événement soit déjà pour nous une lumière de foi et une lumière d'espérance.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 4, 1-11
Voir version brève avec Évangile