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Le cinquième dimanche du Carême A

9 mars 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 11, 1-45

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Nous venons de lire l'une des pages les plus saisissantes de saint Jean: un homme mis au tombeau depuis quatre jours en est sorti vivant, les pieds et les mains enveloppés des bandelettes de la sépulture, et le visage entouré d'un suaire. Jésus n'a pas même eu besoin d'entrer dans le tombeau, ni de lui prendre la main. Il est resté debout à la porte, et il lui a crié d'une voix forte: “Lazare, viens dehors!”

Le village de Béthanie existe encore aujourd'hui. Il est situé non loin du sommet du mont des Oliviers, à environ 3 km à l'est de Jérusalem. Les arabes l'appellent El' Azarieh, le village de Lazare. On dit en hébreu: Beith-Aneiah, Béthanie, ce qui veut dire: la maison du pauvre.

C'était, pour Jésus, la maison de l'amitié, dans une famille où il a sûrement été heureux. Saint Jean nous dit clairement que “Jésus aimait Marthe et sa soeur, ainsi que Lazare.” Il ajoute plus loin que Jésus a pleuré. Il n'a pas gémi à haute voix, comme on le faisait à l'époque, mais il a versé des larmes silencieuses, selon le mot grec choisi par saint Jean. Les juifs l'ont regardé et se sont dit entre eux: “Voyez comme il l'aimait!”

C'est donc une longue histoire d'affection entre Jésus, Lazare, Marthe et Marie, une histoire de bonheur qui ressemble aux nôtres, nous qui avons également tissé, avec d'autres, de longues histoires d'amitié.

Mais l'événement qui va suivre est loin d'être banal. En fait, l'histoire est si percutante qu'une artiste chargée d'en faire une représentation, dans notre paroisse, a voulu le rendre aussi amusant que possible pour ne pas susciter de cauchemars dans l'imagination des enfants et de leurs parents!

Si nous lisons le texte mot à mot — pour bien voir les images, comme dans un film — saint Jean écrit: “Il sortit — donc Lazare pouvait marcher; il n'avait pas les pieds et les mains 'attachés' comme semble l'indiquer la version du Lectionnaire — il sortit, celui qui était mort, les pieds et les mains entourés de bandelettes.” En contraste, nous nous souvenons que, le matin de Pâques, Jésus sera libre de tout lien avec la mort. Comme le précise clairement l'évangile, il a laissé les bandelettes et le linceul derrière lui, à l'intérieur du tombeau (Jean 20, 5-6).

Nous savons, en effet, que Lazare ressuscité des morts mourra de nouveau. Pourtant, l'événement rejoint la foi des témoins. Tout le texte nous parle de résurrection et de vie: la vie et la résurrection reliées à la foi. Quand Jésus arrive à Béthanie, il rencontre successivement Marthe et Marie, et il leur dit d'avoir confiance: “Je Suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais.” Avec un tel message, l'intention du récit est claire.

Jésus a laissé mourir Lazare. Il n'est pas allé voir, une dernière fois, son ami mourant. Il a même attendu quatre jours avant de venir à Béthanie. Il tient à ce qu'on sache que son ami est vraiment mort. Comme pour la petite fille de Jaïre. Comme pour le fils de la veuve de Naïm. “Lazare est mort, dit-il, et je me réjouis de n'avoir pas été là, à cause de vous, pour que vous croyiez.” Son but est de faire naître et grandir la foi en la puissance de Dieu qui le relèvera lui-même de la mort. Jésus a reçu le pouvoir de donner l'immortalité à ceux et celles qui croient en lui. Il le dit dans sa prière: “Père, je te rends grâce, parce que tu m'as exaucé... Si j'ai parlé, c'est pour cette foule qui est autour de moi, afin qu'ils croient que tu m'as envoyé.”

En même temps, saint Jean répète que Jésus “fut bouleversé d'une émotion profonde.” Un peu plus loin: “Alors Jésus pleura.” Et quelques lignes plus bas: “Jésus, repris par l'émotion, arriva au tombeau.” Partout, dans l'évangile, le Fils de Dieu nous est présenté comme un homme vibrant, un être aux émotions profondes et variées. Il est surtout sensible à la douleur des autres.

Ce qu'il enseigne, c'est que la mort n'aura sur lui aucun pouvoir. Il détient le pouvoir sur la mort, et le pouvoir de donner la vie éternelle à ceux et celles qui croient en lui. Comme autres signes, dans l'évangile, il a pris la petite fille de Jaïre par la main et lui a dit: “Talitha kumi! Petite fille, lève-toi!” À la veuve de Naïm, il dit d'abord: “Ne pleure pas.” Puis il a touché à la civière sur laquelle on portait son fils en terre en disant: “Jeune homme, je te l'ordonne, relève-toi.” Et le fils se lèvera, lui aussi, du sommeil de la mort. Il reviendra à la vie.

Toute la discussion, dans l'évangile d'aujourd'hui, est donc de savoir si l'on croit, ou non, à son pouvoir de redonner la vie. Avons-nous la foi? Dans l'évangile de saint Jean, la résurrection de Lazare est le dernier miracle de Jésus avant sa mort, le dernier des sept miracles racontés par l'évangéliste. C'est le dernier signe que Jésus donne à ses disciples avant d'entrer lui-même au tombeau, d'où il sera relevé par la puissance du Père.

Mais les adversaires de Jésus n'ont pas la foi. Ils seront même prêts à supprimer l'évidence pour ne pas croire en lui. Saint Jean écrit un peu plus loin: “Les chefs des prêtres décidèrent alors de faire mourir aussi Lazare... parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui, s'en allaient, et croyaient en Jésus” (12, 10-11).

Ils veulent détruire l'évidence et effacer le miracle. Ils sont donc prêts à tuer aussi Lazare. Nous savons que les scribes et les pharisiens cherchent depuis plusieurs semaines à se débarrasser de Jésus. Leur entêtement est à son comble devant la puissance grandissante des signes accomplis par Jésus. Ils veulent effacer jusqu'au souvenir qu'en garderont les témoins.

Une seule Parole de Jésus a suffi à démontrer son pouvoir sur la mort. Et ce pouvoir, clairement manifesté à Pâques, entraînera la foi de millions de personnes au cours des siècles. Aujourd'hui, Jésus apparaît en pleine lumière de Pâques: “Je suis la résurrection et la vie, dit-il à Marthe venue à sa rencontre. Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et toute personne qui vit et croit en moi ne mourra jamais.”

Le retour à la vie de Lazare entraîne donc la foi des témoins. Saint Jean nous redit, en somme, que la mort n'aura pas le dernier mot. Il y aura toujours, au plus profond de l'être humain, la vie qui ne peut pas disparaître tout simplement, un soir ou un matin d'automne ou de printemps.

La résurrection de Lazare éveille la foi de nombreux témoins; mais d'autres désirent la mort du Maître de la vie. Au-delà de tels refus, saint Jean nous redit que “la vie n'est pas détruite, elle est transformée” (1ère préface des défunts). Clairement, la mort n'aura pas le dernier mot! C'est avec cette certitude que nous lirons, dimanche prochain, la passion et la mort du Fils de Dieu.

Bernard Lafrenière, c.s.c.

 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 11:46 hrs. le 9 octobre 2007 par JL.