La Croix Glorieuse B
le 14 septembre 2003
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 3, 13-17
13 Nul n'est monté au ciel
sinon celui qui est descendu du ciel
le Fils de l'homme
14 De même que le serpent de bronze
fut élevé par Moïse dans le désert,
ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé
15 afin que tout homme qui croit
obtienne par lui la vie éternelle.
16 Car Dieu a tant aimé le monde
qu'il a donné son Fils unique:
ainsi tout homme qui croit en lui ne périra pas,
mais il obtiendra la vie éternelle.
17 Car Dieu a envoyé son Fils dans le monde
non pas pour juger le monde,
mais pour que, par lui, le monde soit sauvé.
Chers soeurs et frères dans la foi,
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
La croix nous révèle qui est Dieu
La fête d'aujourd'hui souligne l'aspect glorieux de la croix, comme le faisait l'hymne latin du Vendredi saint: Les étendards du roi s'avancent... O bel arbre resplendissant, paré de la pourpre royale, seul arbre jugé digne de toucher des membres aussi saints...(1) Au départ, la croix n'était pour les Grecs qu'un supplice barbare et méprisable; elle était pour les Romains le châtiment des esclaves; et pour les juifs, un signe de la malédiction divine. Elle deviendra, avec saint Paul, la sagesse de Dieu (1 Corinthiens 1, 23) puis dans l'évangile de saint Jean, la manifestation même de la gloire du crucifié.(2)
Nous célébrons dans la croix l'acte suprême de l'amour de Dieu, que nous appelons avec raison un amour fou, la révélation la plus admirable de la Trinité. En effet, il est éternellement naturel, au sein de la Trinité, de se donner sans limite: Dieu aime et il se donne; le Fils, qui est Dieu, aime et donne sa vie sans réserve. C'est ce que saint Jean nous explique aujourd'hui: Dieu a tant aimé le monde qu'il a donné son Fils unique: ainsi toute personne qui croit en lui ne périra pas, mais elle obtiendra la vie éternelle.
Durant 70 ans, saint Jean a médité sur la croix. En suivant un procédé classique dans l'antiquité, il met ses réflexions sur les lèvres mêmes de Jésus et il situe son discours dans une atmosphère baignée de mystère. Nicodème, un pharisien, un notable et un docteur de la Loi, l'a interrogé seul à seul, au coeur de la nuit, pour en découvrir toute la vérité.
Par un jeu de mot sur le grec,(3) Jésus lui dit, dans un premier temps, qu'il sera élevé de terre en même temps qu'exalté dans la gloire. Il lui révèle en plus que sa mort en croix réactualisera un texte prophétique du livre des Nombres (21, 6-9): De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé.
Mort en croix et ressuscité, monté au ciel puis exalté à la droite du Père, le Messie nous ouvre toutes grandes les portes de son Royaume. Mais comme l'expliquaient déjà les rabbins juifs, l'action du serpent de bronze n'était pas magique. C'est par la foi que nous aurons part à la vie même de Dieu.
(1) L'hymne Vexilla regis fut composé en 568 par Venance Fortunat, futur évêque de Tours.
(2) Cet évangile a été lu et commenté le 4e dimanche du Carême.
(3) Upsoô en grec, comme exaltare en latin, veut dire à la fois élever (de terre) et exalter au sens d'élever dans la gloire.