Retour au menu principal   

Le deuxième dimanche de l'avent A,

9 décembre 2007,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 24, 37-44

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




Chers soeurs et frères dans la foi,

Lorsque nous pensons à Noël, nous imaginons volontiers une fête en douceur, une fête de la consolation presque enfantine. Dieu vient chez nous sous la forme d'un enfant. Les bergers sont convoqués par le chant des anges, et au milieu de toute cette musique, nous nous laissons bercer au rythme des joies et des souvenirs de notre enfance.

Mais l'Évangile d'aujourd'hui donne un autre son de cloche. C'est à un Noël exigeant que nous sommes appelés. Jean Baptiste, le prêcheur du désert, a la voix âpre et dure. Il crie dans le désert; sur un ton presque menaçant, il annonce la venue du Fils de Dieu:

“Convertissez-vous, car le royaume des cieux est tout proche!” — “Engeance de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui vient? Produisez donc un fruit qui exprime votre conversion...” Et le prophète n'hésite pas devant la menace: “Déjà la hache est à la racine des arbres: tout arbre qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu...”

Les auditeurs de Jean Baptiste sont nombreux et peut-être un peu tremblants; ils se laissent baptiser en signe de conversion. Ceux et celles qui ont des péchés sur la conscience s'en rendent compte, ils n'hésitent pas à reconnaître leurs fautes. Ainsi Noël, dans l'Évangile d'aujourd'hui, n'apporte pas que la consolation dans un monde de rêve. C'est en pleine réalité que nous sommes appelés à vivre, c'est en pleine réalité qu'il faut nous préparer ensemble à la venue du Fils de Dieu.

Dans la Bible, le désert est le lieu des nouveaux départs, le lieu de la rencontre avec Dieu. C'est la grande expérience du Peuple d'Israël qui s'est formé pendant quarante ans au désert. Le désert est aussi le lieu du silence où Dieu parle au coeur humain. “C'est pourquoi je vais la séduire, disait le prophète Osée, je la conduirai au désert et je parlerai à son coeur” (2, 18).

Le désert, c'est également le lieu d'un nouveau départ pour Jésus. Il y a passé quarante jours avant de commencer son ministère. Pour les auditeurs de Jean Baptiste, aujourd'hui, le désert est aussi le lieu d'un nouveau départ, l'occasion d'un retournement et d'un changement de vie. Le prêcheur du désert annonce un jugement par le feu: “Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, et je ne suis pas digne de lui retirer ses sandales. Moi, je vous baptise dans l'eau... Lui vous baptisera dans l'Esprit Saint et dans le feu!” Le jugement par le feu est une comparaison avec l'or qu'on fait fondre au creuset pour le purifier en le débarassant de toute impureté.

Jean Baptiste emploie aussi une autre comparaison: “Celui qui vient tient la pelle à vanner dans sa main, il va nettoyer son aire à battre le blé. Il amassera le grain dans son grenier, mais la paille, il la brûlera dans un feu qui ne n'éteint pas.” C'est la comparaison du vanneur, celui qui à l'aide d'un grand panier plat lance au vent la paille avec le blé pour séparer l'un de l'autre. Le grain sera ramassé, mais la paille emportée par le vent sera brûlée “dans un feu qui ne s'éteint pas.”

Ainsi, pour Jean Baptiste, la venue du Messie n'est pas seulement la fête de notre enfance! Ce ne sont plus les Noëls de poésie où tintaient les clochettes, où chacun pouvait rêver d'argent, de grands repas ou de riches cadeaux. La Noël annoncée par Jean Baptiste est un jour du jugement où les fruits de chacun apparaîtront en pleine lumière, le jour où les justes prendront possession du Royaume des cieux, alors que les injustes seront jetés au feu qui ne s'éteint pas.

On a dit de Jésus qu'il était le prophète du pardon et de la miséricorde alors que Jean Baptiste apparaît aujourd'hui comme beaucoup plus exigeant. Pour lui, la venue du Messie n'est pas celle d'un enfant timide et fragile, mais l'entrée en force du Fils de Dieu qui sera le juge des justes et des injustes.

Par ailleurs, les juges que nous connaissons jugent d'après ce qu'ils entendent. Celui qui vient à Noël jugera sur ce qui est invisible: les qualités intérieures de chaque personne. Il aura même une préférence, une prédilection pour les pauvres, les humbles, ceux et celles qui l'accueillent en toute confiance. “Produisez donc un fruit, nous dit Jean Baptiste, qui exprime votre conversion, votre retournement intérieur, votre changement d'esprit.” Le mot de l'évangile que nous traduisons par conversion, metanoia dans le texte, veut dire un changement d'esprit.

Ce changement d'esprit, selon Jean Baptiste, on ne peut pas le remettre à demain. On ne peut pas non plus compter sur une ré-incarnation ou sur une vie future pour se convertir, parce que le Fils de Dieu est déjà là au milieu de nous. “Déjà la cognée est à la racine des arbres; tout arbre qui ne produit pas de bons fruits va être coupé et jeté au feu.”

En écoutant ce discours de Jean Baptiste, nous nous sentons loin des Noëls gentils et aimables de notre enfance. La venue du Fils de Dieu est un événement majeur qui appelle à la conversion: c'est l'entrée de Dieu dans un monde qui aimerait souvent mieux se suffire à lui-même et faire à sa tête plutôt que de s'ajuster au projet du Créateur. Celui qui vient est plus fort que Jean Baptiste. Jean n'est pas digne de lui retirer ses sandales. Jésus est plus fort que lui; d'un souffle de ses lèvres, il peut anéantir ses adversaires “dans un feu qui ne s'éteint pas.”

Le Fils de Dieu est donc un visiteur puissant. Personne ne peut lui résister ou même négliger sa venue. Il est urgent que chacun prenne une décision. Ou bien on accepte de se laisser conduire par lui, alors ce sera la vie; ou bien on refuse de l'entendre et de le suivre, alors ce sera le jugement.

C'est l'Évangile d'aujourd'hui. Ce n'est pas un message de douceur ni de rêve que nous apporte Jean Baptiste.

Heureusement, nous ne sommes pas laissés à nous-mêmes, l'Esprit de Dieu est avec nous. Nous sommes baptisés, c'est-à-dire immergés dans la vie même de Dieu. Nous vivons de sa vie et nous serons prêts à l'accueillir dans la mesure où nous le laisserons nous parler au désert et nous transformer.

Le fondement de notre espérance, c'est l'amour que Dieu nous porte. Croire en l'amour de Dieu, c'est mettre en lui notre confiance en sachant qu'il aura le dernier mot de tout ce qui pourra nous arriver.

Noël apparaît donc aujourd'hui comme une fête exigeante, la fête de la conversion en profondeur. Et il faut nous y préparer sans délai selon le prophète du désert. Laissons-nous conduire en ce même désert par l'Esprit de Dieu. Le temps est venu d'entendre sa voix et de nous tourner vers lui.

Bernard Lafrenière, c.s.c.

 Retour au menu principal

 

 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 16:07 hrs. le 22 août 2007 par JL.