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L'Épiphanie du Seigneur A-B-C,

4 janvier 2009,


Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 11, 2-11

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




Chers soeurs et frères dans la foi,

Il y a plusieurs années, nous parlions de la fête des Rois. On fêtait les Rois, même si l'évangile ne dit pas qu'ils étaient rois. Mais comme le Psaume 72 en faisait des rois, et qu'ils offraient de riches présents, et qu'ils étaient reçus par le roi Hérode, les artistes les ont représentés comme des rois. C'est en fait la fête l'Épiphanie, un mot un peu curieux qui veut dire manifestation. Ce que nous célébrons ce matin, c'est la manifestation du Seigneur, la volonté de Dieu de se faire connaître de l'ensemble des nations.

Le récit est tiré de l'évangile selon saint Matthieu. Et comme on l'a dit souvent, saint Matthieu a écrit son évangile comme on bâtit une cathédrale: tout ce qu'il a précieusement noté se tient ensemble, chaque détail est important, chaque image est remplie de sens, et les rappels bibliques de l'Ancien Testament sont fréquents. Qu'est-ce que l'évangéliste veut nous enseigner?

Au temps de saint Matthieu comme aujourd'hui, la lecture des astres n'était pas une science exacte. L'astrologie est une manière plutôt obscure de conduire sa vie. C'est ce que font les mages, des astrologues venus d'Orient et conduits au pays d'Israël par un signe confus: “Nous avons vu se lever son étoile”, disent-ils. Ils vont donc trouver le roi Hérode et s'informent auprès de lui de la tradition d'Israël: “Où est le Roi des Juifs qui vient de naître?”

Les mages ne parlent pas du “Messie”: le mot leur est étranger. Ils ne connaissent pas la tradition juive, dans laquelle le Messie était la grande espérance d'Israël. Les mages sont donc venus s'informer sur lui auprès de nul autre que le puissant roi Hérode le Grand qui règne sur le pays.

Dans leur manière de parler, ils cherchent un “Roi des Juifs.” Dans le récit de la Passion, dans la bouche de Ponce Pilate, par exemple, le même mot désignera le Fils de Dieu, le Messie promis par Dieu à son peuple. Voilà donc des astrologues venus d'Orient à la recherche du Messie. Ils cherchent le Christ, le Fils de Dieu, et ils l'appellent donc comme les païens, à la manière de Pilate: le Roi des Juifs.

Il faut aussi nous rappeler qu'à ce moment-là, le roi Hérode le Grand vieillissait. Il tenait à son pouvoir, il aimait la puissance et la splendeur.

On visite encore aujourd'hui beaucoup de ruines des constructions d'Hérode le Grand. Il avait un grand palais à Césarée maritime, avec un aqueduc dont plusieurs arcs sont encore debout, et un amphithéâtre qui a été restauré et où l'on présente encore aujourd'hui des concerts. Il a construit en plus la forteresse de Massada, celle de Machéronte, et plusieurs autres. Il avait un immense palais et des jardins à Jérusalem, puis la forteresse Antonia, et c'est lui qui a rebâti le Temple de Jérusalem, plus tard détruit par les Romains en l'an 70.

Hérode le Grand aimait donc la splendeur et la puissance. Saint Matthieu en profite pour écrire que lorsque les mages lui ont demandé: “Où est le roi des Juifs qui vient de naître?” “le roi Hérode fut pris d'inquiétude, et tout Jérusalem avec lui.” Comme si cette naissance menaçait son règne terrestre!

Il semble que les mages ne s'attendaient pas à une telle réaction. Ils lui avaient posé une simple question en toute innocence: “Où est le Roi des Juifs qui vient de naître?” Dans le récit de saint Matthieu, les mages représentent l'ensemble des nations païennes à la recherche du Règne de Dieu.

Alors Hérode se sent menacé. L'évangéliste écrit: “Il réunit tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël.” C'est presque un concile oecuménique: “tous les chefs des prêtres et tous les scribes d'Israël”! Puis les savants de la Bible s'appliquent à la tâche, scrutent minutieusement les Écritures et transmettent à leurs distingués visiteurs l'interprétation officielle de la Parole de Dieu: “À Bethléem en Judée, car voici ce qui est écrit par le prophète: Et toi, Bethléem... de toi sortira un chef, qui sera le berger d'Israël, mon peuple.”

Saint Matthieu nous présente donc Hérode comme un hypocrite: il “convoqua les mages en secret pour leur faire préciser” des choses, en disant faussement qu'il voulait aussi l'adorer. Dans un geste prophétique, Hérode a secrètement décidé de faire mourir ce Roi des Juifs qui vient de naître. Saint Matthieu veut nous dire que dès sa naissance, comme l'ont annoncé les prophètes, le Fils de Dieu doit être rejeté par les autorités civiles et religieuses de son peuple. C'est le destin du Rédempteur.

De façon prophétique aussi, de leur côté, les nations païennes cherchent le Christ en suivant confusément une étoile. Les mages y ont réussi. Maintenant instruits de la Parole de Dieu par l'ensemble des experts d'Israël, l'évangéliste nous dit qu'ils sont remplis d'une “très grande joie,” et ils poursuivent leur démarche. Ils continuent leur route et se prosternent devant lui.

Adorer, se prosterner, c'est reconnaître le Messie de Dieu. Ils lui offrent en hommage des présents de leur pays et de leur culture, tel qu'annoncé dans le Psaume 72 et par le prophète Isaïe: “ils ouvrirent leurs trésors et lui offrirent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.”

De leur côté, le roi Hérode, les chefs religieux avec les experts de la Bible rejettent ce Messie qui vient de naître: environ trente ans plus tard, ils feront de lui un homme brisé, humilié, moqué et condamné à l'anéantissement sur la croix. Encore cinquante ans plus tard, les pharisiens réunis au concile de Jamnia chasseront les chrétiens de leurs synagogues dans le but d'effacer sa trace.

Matthieu a devant lui l'ensemble de l'histoire et ses personnages sont déjà bien campés. Il annonce les grands thèmes de son récit. Aujourd'hui, le Sauveur promis aux nations vient de faire son entrée; il s'est manifesté à des représentants des nations étrangères qui déjà sont prêts à le reconnaître.

Historiquement, nous savons que la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu sera reçue par des gens d'Antioche, d'Éphèse, de Corinthe, de Thessalonique, de Rome, et d'ailleurs. La fête d'aujourd'hui célèbre déjà, dès la naissance de Jésus, la manifestation du Messie à l'ensemble des peuples de la terre.

Le texte de saint Matthieu est aussi pour nous une mise en marche. C'est comme s'il disait, au début de son Évangile: “Lectrice, lecteur, je me propose d'écrire ce livre pour toi. Lèveras-tu les yeux vers son étoile? Chercheras-tu aussi bien que les mages le sens de la Parole de Dieu? Poursuivras-tu la lecture de cet Évangile jusqu'à la fin? Accueilleras-tu enfin le Messie au plus intime de ton coeur, dans l'intimité de la foi?”

Nous passerons une année à lire saint Matthieu, tous les dimanches de 2002. Nous allons suivre ensemble son récit, et nous tâcherons d'accueillir et de comprendre ensemble cette Parole de Dieu.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à14:48 hrs. le 13 septembre 2007 par JL.