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Le troisième dimanche de Pâques A

6 avril 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Luc 24, 35-48

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Le récit des disciples d'Emmaüs est l'une des plus belles pages sur la résurrection. Un seul des quatre évangélistes la raconte: saint Luc l'a écrite une quarantaine d'années après les événements de la mort et de la résurrection de Jésus. C'est aussi un très bel exemple de ce qu'étaient l'homélie et la catéchèse au temps des premiers chrétiens.

Vous l'avez sans doute remarqué, les disciples d'Emmaüs ne sont pas des apôtres. L'un d'eux s'appelle Cléophas. Quant à l'autre, l'évangile ne donne pas son nom. On pourrait l'appeler Gérard, Isabelle, André, Louis ou Sylvie: cela correspondrait à l'intention de l'évangéliste pour qui, visiblement, les disciples d'Emmaüs ne sont pas surtout des êtres du passé.

Ils représentent chacune et chacun d'entre nous qui marchons sur le chemin, nous qui voulons, à notre tour, rencontrer Jésus ressuscité. Comme les disciples d'Emmaüs, nous aurons deux moyens d'y arriver: l'écoute de la Parole de Dieu et la fraction du pain. Voici comment.

Ce jour-là, Cléophas et son compagnon quittent la ville sainte et s'en retournent chez eux, nous pourrions dire, complètement découragés. Eux qui avaient tout quitté pour suivre Jésus! Aujourd'hui, le fondement même de leur foi vient de s'effondrer. Ils avaient mis toute leur espérance en lui. Et voici qu'apparemment, Jésus s'est trompé. Le Sauveur d'Israël s'est laissé surprendre pendant la nuit. Le grand-prêtre l'a jugé et condamné. Pilate s'est moqué de lui en public; et les disciples ont eu la honte de leur vie en voyant leur Maître refuser de se défendre, se laisser tourner en ridicule, condamner, pour enfin mourir lamentablement sur une croix.

Nous vivons la même expérience que les disciples. Devant un coup dur, devant la souffrance qui s'installe partout, il nous arrive de douter de nous-mêmes et de nous demander sérieusement si Dieu existe. Nous sommes-nous trompés en aimant généreusement des gens qui nous méprisent? Notre amour et notre dévouement ont-ils un sens? Comme les disciples d'Emmaüs, nous sommes alors tentés de quitter notre ville sainte et de rentrer timidement chez nous. Nous sentons l'absence de Dieu.

Et c'est alors qu'arrive, pour eux, un étranger, un homme qui, semble-t-il, ne comprend pas ce qui se passe et qui pose des questions. “Pourquoi êtes-vous si tristes? Pourquoi avez-vous l'air si découragés? Cléophas semble le traiter en innocent: “Tu es bien le seul de tous ceux qui étaient à Jérusalem à ignorer les événements de ces jours-ci! — Quels événements?” demande l'étranger. Et les deux autres reprennent: “Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth.”

Il est intéressant de noter que Jésus se présente durant l'homélie — dans le texte grec, en tô omilein. Pendant l'homélie, c'est-à dire pendant l'entretien entre Cléophas et son ami. De plus, Jésus se présente comme un étranger, quelqu'un qui vient d'ailleurs. Cléophas et son ami pensaient bien le connaître, mais ils voyaient encore en lui un libérateur humain, un chef militaire qui devait chasser les Romains du pays d'Israël.

En se dissimulant sous les traits d'un étranger, Jésus semble leur dire: “Vous ne me connaissez pas. Vous m'avez pris pour un autre.” Nous aussi, souvent, nous prenons Jésus pour un autre, pour celui qui guérit uniquement nos misères présentes, sans tenir compte des réalités que nous connaîtrons à la résurrection.

Jésus donne aux disciples un premier moyen de le reconnaître: c'est l'intelligence des Écritures. Pendant quelques heures, il donne l'homélie, il leur donne un cours de Bible... et leur coeur devient tout brûlant. Enfin, ils comprennent que l'injustice, la douleur, la souffrance et même la mort en croix ne sont pas des catastrophes, comme la fin d'un drame qui finit mal. Tout cela était prévu et annoncé. Mais les disciples n'avaient pas compris: ils écoutent maintenant et leur esprit s'ouvre enfin à l'intelligence des Écritures.

Nous aussi, nous pouvons comprendre la Parole de Dieu. L'épisode des disciples d'Emmaüs, encore une fois, dans l'intention de l'évangéliste, c'est notre histoire à nous. C'est nous qui marchons à la nuit tombante, c'est nous qui traversons des moments difficiles, c'est nous qui vivons un échec, la maladie, la douleur et parfois la mort d'un être aimé.

Aujourd'hui encore, Jésus marche avec nous, mais nous ne le voyons pas. C'est surtout cela que veut dire saint Luc; il faut découvrir le vrai visage de Jésus dans l'intelligence de la Parole de Dieu.

Les deux disciples sont maintenant arrivés chez eux, à Emmaüs. Mais ils retiennent cet étranger qu'ils aiment bien: “Reste avec nous: le soir approche et déjà le jour baisse.” L'étranger entre chez eux pour y passer la nuit.

Au moment du repas, selon la tradition juive, c'est l'invité qui dit la bénédiction à la place du chef de famille. C'est donc Jésus qui prend le pain, qui le bénit et le partage devant eux. Et dès cet instant, nous dit l'évangile, les disciples le reconnurent enfin. Ils l'ont reconnu dans les gestes de l'Eucharistie. Mais Jésus disparut à leur yeux, en les laissant dans la lumière de la foi.

Aussitôt, les disciples se font missionnaires à leur tour et reviennent en courant à Jérusalem pour partager leur bonheur avec l'assemblée chrétienne. Et justement, à Jérusalem, les autres aussi ont trouvé la foi. Ils leur répondent: “C'est vrai! le Seigneur est ressuscité: il est apparu à Simon-Pierre.” Puis ils célèbrent cette foi dans l'enthousiasme de la communauté chrétienne.

L'intention du récit est claire: saint Luc veut nous dire non seulement que Jésus est vivant, et qu'il est le Maître de la Vie, et que des témoins l'ont vu, et qu'ils l'ont touché, et qu'ils ont mangé avec lui. Mais surtout qu'aujourd'hui, il marche avec nous, sur notre chemin. Deux moyens sont à notre disposition pour le reconnaître: c'est l'intelligence de la Parole de Dieu, et c'est la fraction du pain que nous partagerons dans un instant.

C'est l'enseignement de l'évangile d'aujourd'hui. En écoutant la Parole de Jésus, nous comprenons ses enseignements, sa vie, sa mort et sa résurrection. Nous comprenons en même temps le sens de nos joies et de nos efforts, le sens de notre vie humaine.

Le deuxième moyen est tout aussi nécessaire: en partageant le pain au coeur de l'assemblée chrétienne, chaque dimanche, nous reconnaissons Jésus ressuscité.

Par ces deux moyens proposés aux disciples d'Emmaüs, nos yeux continueront de s'ouvrir, et nous reconnaîtrons le Fils de Dieu vivant au milieu de nous.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 11:38 hrs. le 10 novembre 2007 par JL.