Le quatrième dimanche de Pâques A
13 avril 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Un projet de vie branché au delà des regards du monde présent est incompréhensible sans une relation explicite et fréquente avec Dieu. De la même manière, tout projet de vie enraciné dans la foi demeure irréalisable sans la prière. Les vocations, dont il est question aujourd'hui, n'auront de sens que pour celles et ceux qui ont le goût de l'évangile et qui aiment prier.
Jésus a beaucoup parlé de la prière. Sa propre vocation, et tout son projet de vie, étaient enracinés dans la prière. Il a dit, par exemple, à saint Pierre: J'ai prié pour toi afin que ta foi ne défaille pas (Luc 22, 32). Car la foi de Pierre devait être la foi de l'Église pour la suite des âges.
C'est dans la prière que Jésus a établi son Église: Je prierai le Père et il vous enverra un autre Défenseur qui sera pour toujours avec vous (Jean 14, 16). Avant de choisir ses apôtres, il a passé une nuit en prière, comme avant d'entrer dans sa Passion. Devant l'oeuvre à réaliser, il nous a dit: La moisson est abondante, et les ouvrier sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson (Matthieu 9, 37-38). Car une vocation ne s'éveille et ne prend forme que dans la prière.
C'est ainsi que Jésus a vécu sa mission. Il aimait se retirer à l'écart, ou aller dans la montagne pour prier. Au moment où il a reçu sa propre vocation, à son baptême, saint Luc précise qu'il était en prière (Luc 3, 21).
En somme, aucune vocation n'est possible, ni même intelligible, sans la prière. C'est pourquoi, il y a 35 ans, le pape Paul VI a établi cette journée mondiale de prière pour les vocations, le 4e dimanche du temps de Pâques, le dimanche du bon Pasteur. Il l'a appelée: la journée mondiale de prière pour les vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires.
C'était en 1964, durant le concile, et beaucoup auraient voulu élargir son propos à l'ensemble des vocations, en y ajoutant le mariage, le service des pauvres, l'action sociale; enfin toute autre forme de vie et d'engagement inspirés par l'évangile. On parlait beaucoup de la vocation baptismale, de l'appel à la vie chrétienne qui s'adresse à l'ensemble des baptisés. On voulait donc élargir le sens de la prière demandée aujourd'hui.
J'étais alors étudiant à Rome, et Paul VI avait maintenu son double objectif. Les papes ont d'ailleurs gardé le sens premier de cette journée: un appel à la prière, en fonction de vocations spécifiques dans l'Église. Ils ont répété surtout qu'il y aura toujours des vocations plus exigentes et plus radicales au service du peuple de Dieu, dans la vie consacrée. Ce fut le sujet d'étude d'un millier de jeunes religieux et religieuses, âgés de 20 à 30 ans, réunis en congrès à Rome du 29 septembre au 4 octobre 1997. Le thème de cette rencontre était: Nous avons vu le Seigneur. (Les actes sont encore disponibles sur Internet: http://www.vidimusdominum.com).
C'est également le sens des vocations bibliques, nombreuses, exigeantes, aux mille visages. Par exemple, la vocation du jeune Samuel n'est pas celle d'Abraham, ni celle de Moïse, ni celle des prophètes. Même les vocations d'Isaïe et de Jérémie diffèrent l'une de l'autre par le contexte et le besoin.
Dans le Nouveau Testament, les vocations de Marie et de Joseph ne ressemblent pas aux appels des premiers disciples, où saint Marc (1, 16-20) reprend à sa manière le récit de la vocation d'Élisée, un laboureur que le prophète Élie invita à se joindre à lui (1 Rois 19, 19-21).
On a souvent cité en exemple l'appel du jeune homme riche: Viens et suis-moi (Matthieu 19, 21). Mais comme beaucoup l'ont souligné, comparer la vie consacrée à cet appel soulève bien des difficultés. D'abord, parce que l'homme riche a refusé l'appel et lui a préféré la richesse. En plus, sa vocation ne ressemble pas à celle des prophètes. Car l'appel à marcher avec Jésus, en le préférant à toutes les richesses de la terre, est lancé à tous les hommes, à toutes les femmes et à tous les enfants de l'univers.
Il y a une troisième difficulté. C'est que l'image, dans le texte, est inexacte. Suivre Jésus, c'est marcher à sa suite. Or, ce mot nous vient de la version latine de la Vulgate qui a réduit plusieurs images bibliques au verbe suivre. Dans le texte grec, les gens sont appelés non seulement à marcher derrière Jésus, mais à l'accompagner, à se mettre en route avec lui, et surtout à aller avec lui jusqu'à la croix et au matin de Pâques.
Enfin, pour bien saisir la vocation de l'homme riche, il faut savoir que le mot grec eis,(one, ou someone,en anglais) choisi par saint Marc (10, 17), désigne une personne en général, homme ou femme. Toute personne est appelée à préférer Jésus aux richesses et à l'accompagner sur les chemins qui mènent à la vie. C'est ainsi que nous aurons part à sa mort et à sa résurrection. En somme, la vocation de la personne riche, dans l'évangile, est universelle, tout comme l'appel à devenir parfait comme notre Père céleste (Matthieu 5, 48).
Revenons maintenant aux lectures d'aujourd'hui. L'image centrale est celle du bon pasteur qui nous rassemble, qui enseigne et qui conduit son peuple vers un royaume d'affection, de justice et de partage. Nous sommes réunis autour du vrai berger vivant parmi nous. Sa parole et son eucharistie nous font vivre de sa vie. De l'évangile, nous retenons deux images: celle du berger qui conduit son peuple, et celle de la porte qui donne accès au Père et nous le révèle. Ainsi, Jésus nous fait entrer à l'intérieur de son peuple; il est aussi la porte ouverte sur l'extérieur, vers la mission.
En somme, cette journée mondiale de prière pour les vocations vient d'abord rappeler aux communautés chrétiennes qu'il existe toujours des vocations au service presbytéral et à la vie consacrée. Appeler des jeunes et des personnes de tout âge au ministère presbytéral et diaconal, à l'engagement missionnaire et à la vie consacrée, c'est aimer sa communauté. C'est prier le Maître de la moisson de procurer à son Église les ouvriers pour la moisson.
Ensuite, c'est aimer les jeunes que de les appeler, puisque c'est leur offrir d'excellentes perspectives de bonheur dans une fraternité, et c'est leur ouvrir la possibilité de servir dans une générosité à leur mesure.
Tous ne sont pas appelés. Mais en cette journée mondiale de prière pour les vocations presbytérales, religieuses et missionnaires, nous tournons les yeux vers le Père, vers son Fils et vers l'Esprit Saint, car aucune vocation ne s'éveillera sans l'appui de la prière. Nous savons aussi qu'aucune vocation ne saurait s'affermir et se développer sans notre appui: par notre invitation explicite et notre accueil généreux.
Avec l'ensemble de l'Église, nous demandons à Dieu de susciter des pasteurs selon son coeur (Jérémie 3, 15): en particulier des diacres, des prêtres, des personnes consacrées au service de la prière, des personnes engagées aux diverses tâches apostoliques et missionnaires. Demandons aussi la générosité pour les accueillir; car le peuple de Dieu en a un grand besoin, dès maintenant.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 10, 1-10
Chers soeurs et frères dans la foi,