Le cinquième dimanche de Pâques A
20 avril 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
L'évangile d'aujourd'hui n'est pas des plus faciles. Les paroles de Jésus, le soir du Jeudi saint, peuvent même nous sembler mystérieuses. Il se présente comme un chemin: Je suis le chemin. Il est aussi la vérité: Je suis la vérité. Et il s'identifie à la vie: Je suis la vie. Nous pouvons imaginer un peu la tête que font les apôtres alors qu'ils se regardent entre eux: Mais qu'est-ce qui lui est arrivé? De quoi est-ce qu'il parle? Nous ne comprenons pas ce qu'il veut nous dire.
Au cours d'un repas avec ses disciples, Jésus vient d'annoncer son départ prochain. Je suis encore avec vous, mais pour peu de temps, et vous me chercherez. Simon-Pierre lui demande: Seigneur, où vas-tu? (Jean 13, 36)
Jésus a choisi ce repas-là pour annoncer la trahison de Judas: L'un de vous me livrera.. (13, 21) Et il ajoute: C'est celui à qui j'offrirai la bouchée... Il la donne à Judas. Tous restent en silence. L'atmosphère est lourde et Judas Iscariote quitte la table sans dire adieu, pour se retrouver seul dans l'obscurité de la nuit. Comme pour briser le silence, Pierre se retourne vers Jésus et lui fait une grande promesse de fidélité: Pourquoi ne puis-je pas te suivre maintenant? Je donnerai ma vie pour toi! Mais Jésus lui répond brusquement: Toi, vraiment je te le dis: le coq ne chantera pas avant que tu m'aies renié trois fois!
Pierre... ravale sa salive et se tait. Tous s'arrêtent de manger et se demandent ce qui a bien pu se produire pour que leur Maître soit si triste. Au moment où tous sont immobiles, et que le silence pèse lourd, Jésus commence un discours rempli d'affection et d'amitié. C'est le texte que nous lisons aujourd'hui.
Sa voix devient tendre. Ne soyez pas bouleversés: vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi. Les paroles qu'il prononce nous réconfortent aussi, par delà les siècles. Ne soyez pas bouleversés, insiste Jésus. Il nous parle d'un sentiment qu'il connaît bien puisque lui-même, il y a un instant, fut bouleversé au plus profond de lui-même, au moment où il annonçait la trahison de Judas. On retrouve encore le même sentiment de Jésus et le même mot dans l'évangile lorsqu'il s'est approché du tombeau de son ami Lazare. Jésus sait donc de quoi il parle quand il nous dit: Ne soyez pas bouleversés.
Et pourquoi nous dit-il de ne pas céder à la détresse? Il indique deux raisons. La première est la suivante: Vous croyez en Dieu, croyez aussi en moi (14, 1). En d'autres termes, la confiance que vous avez mise en Dieu, mettez-la aussi en moi. Le Messie redit son égalité avec le Père.
Il répète en même temps l'une des grandes lignes de son sermon sur la montagne: ne pas se préoccuper outre mesure des nécessités matérielles. Il avait déjà donné plusieurs exemples: Regardez les oiseaux du ciel... votre Père céleste les nourrit (Matthieu 6, 26). Il avait dit plus loin, en saint Matthieu: Vous valez mieux que beaucoup de moineaux! (10, 31) C'était un appel à nous en remettre à Dieu qui aura le dernier mot de tout ce qui pourra nous arriver. C'est croire en lui, et lui faire confiance en tout.
Jésus ajoute aujourd'hui: Dans la maison de mon Père, beaucoup peuvent trouver leur demeure... Je pars vous préparer une place... et là où je suis, vous y serez aussi. C'est tout un plan que Jésus exprime ici en quelques mots. Un projet sur lequel nous insistons souvent trop peu. Jésus nous parle du ciel comme d'un grand projet vers lequel se dirigent tous ceux et celles qu'il conduit avec lui. Et précisément parce que le ciel est au terme de ce projet, nous n'avons pas à nous préoccuper outre mesure des hauts et des bas inévitables de la vie présente.
Assez souvent, dans notre monde actuel, lorsque nous entendons parler du ciel et du peu de souci qu'il faut se faire du monde terrestre, nous avons peur que la religion ne devienne un refuge trop facile, une belle excuse pour ne pas nous salir les mains et nous engager à fond dans la société présente qui a besoin de nos bras, et de nos talents, et de nos efforts.
Ici, le ciel apparaît comme un rêve lointain. On pourrait même voir apparaître un conflit entre l'espérance de l'au-delà et l'engagement social actuel. La religion, dit-on parfois, c'est l'opium du peuple. La religion, c'est ce qui endort les désirs légitimes des pauvres, c'est la force dont se servent les riches pour rendre les pauvres plus dociles et plus soumis.
Des phrases comme celles-là nous font parfois hésiter avant de parler du ciel, ou du nécessaire abandon à la volonté de Dieu. Pourtant, Jésus le fait sans aucune gêne ni aucune réserve. Ne soyez pas bouleversés... Je pars vous préparer une place. Quand je serai allé vous la préparer, je reviendrai vous prendre avec moi; et là où je suis, vous y serez aussi.
Les prédicateurs de l'évangile doivent-ils promettre aux affamés le banquet éternel? Ils ont conscience qu'assez souvent, par de telles paroles, ils n'appuient pas assez des programmes politiques et sociaux capables d'assurer à tous le pain quotidien, sur notre planète. Celles et ceux qui parlaient le plus souvent du ciel, et de la confiance, et de l'oubli des soucis du monde se sont un jour sentis responsables. Ils ont voulu s'engager, eux aussi, dans le feu de l'action. Et c'est ainsi qu'en voulant ramener notre attention au monde présent, et à la justice, nous avons peut-être négligé de parler du Royaume futur où Jésus nous dit aujourd'hui qu'il part nous préparer une place. Combien de fois, en vérité, parlons-nous du ciel entre nous?
Souvent, comme chrétiens, nous avons centré la plus grande partie de notre vision d'évangile et de notre attention sur les besoins matériels de nos soeurs et frères.
Pourtant, aujourd'hui, Jésus nous parle avec une grande affection des nombreuses demeures qu'il y a dans la maison de son Père. Il nous invite à la confiance, à ne pas être bouleversés, à nous préparer fidèlement et simplement pour son retour. Et il ajoute: Pour aller où je m'en vais, vous savez le chemin. Thomas n'est pas d'accord: Seigneur, nous ne savons même pas où tu vas; comment pourrions-nous savoir le chemin?
C'est aussi la question que nous aurions posée le soir du Jeudi saint, quand personne ne se doutait de la suite des événements. Jésus reprend le plus simplement du monde: Je suis le chemin, la vérité et la vie. Tout est clair à ses yeux. Le chemin, c'est lui. La vérité, c'est lui. La vie, c'est lui.
Nous avons en main l'évangile et nous pouvons maintenant prendre le temps de le lire personnellement chez nous. Nous cherchons à le mieux comprendre, à le mieux vivre. Et c'est avec Jésus que nous entrons dans le grand projet qu'il nous présente avec affection aujourd'hui.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 1-12
Chers soeurs et frères dans la foi,