Le sixième dimanche de Pâques A
27 avril 2008,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Jésus nous dit aujourd'hui: Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur. Dimanche prochain, en effet, ce sera l'Ascension, et l'autre dimanche, la Pentecôte. Avant de retourner vers le Père, Jésus promet un autre Défenseur. Certaines traductions l'appellent le Paraclet, et l'on peut se demander: Qu'est-ce qu'un Paraclet? Et surtout: Pourquoi Jésus parle-t-il d'un autre Paraclet, comme si nous en avions déjà eu un premier?
Le Paraclet, c'est un mot difficile à traduire. L'ancien missel Feder l'appelait: un Conseiller. Saint Jérôme, qui a révisé les traductions latines, a choisi de garder le mot du texte grec tel quel: le Paraclet. La Bible de Jérusalem a suivi son exemple, ainsi que la Traduction oecuménique de la Bible. Le Lectionnaire traduit aujourd'hui le mot Paraclet par un Défenseur.
On dit parfois un conseiller, un compagnon, un consolateur, en sentant bien que le mot Paraclet n'a aucun équivalent, comme les mots hébreux Amen ou Alléluia, qu'on emploie tels quels, sans les traduire.
Para-klètos est donc un mot grec. Para veut dire à côté de; et klètos est le participe passé du verbe kaléô, appeler. C'est une personne appelée auprès d'une autre. Ce peut être un avocat (ad-vocatus). Ce peut être un défenseur ou un conseiller. Ce peut être un guide, un professeur, un adjoint, un confident. Le Paraclet, c'est quelqu'un qui a été appelé auprès d'une personne pour la guider, l'éclairer, la réconforter, la soutenir, la conseiller.
Un exemple auquel nous pensons spontanément chez nous est le frère André. Les gens l'appelaient auprès des malades. Il était, en grec, paraklètos, appelé auprès d'un malade ou d'une personne souffrante. Et qu'est-ce qu'il faisait auprès des malades? Il les encourageait. Il les réconfortait. Il les écoutait. Il priait et leur redonnait confiance. Par sa seule présence, il aidait les gens à dépasser leurs peines pour retrouver l'espérance. Il remplissait alors les fonctions d'un Paraclet, d'une personne appelée auprès d'une autre.
C'est en ce sens que Jésus promet aujourd'hui la venue d'un autre Paraclet, lui-même ayant rempli ce rôle auprès des disciples jusqu'à présent. Il a été le premier Paraclet, appelé par le Père auprès des apôtres pour les enseigner, les diriger, les soutenir, les encourager; leur donner sa force, sa lumière, la chaleur de son amitié, de son réconfort.
L'Esprit Saint va lui succéder, puisque Jésus doit retourner auprès du Père. Il est donc normal qu'il nous en parle aujourd'hui et qu'il nous invite à bien connaître cet autre Paraclet. Dans les lectures d'aujourd'hui, nous trouvons trois conditions de sa venue et de sa mission.
La première condition, c'est de connaître Jésus, le Christ. Seuls, ceux et celles qui connaissent le Fils recevront l'Esprit à la Pentecôte. Ceci apparaît dans les Actes des Apôtres. Le diacre Philippe offre aux Samaritains la connaissance de Jésus Christ. Il leur annonce la Bonne Nouvelle et les foules unanimes l'écoutent. Tous ces gens voient même les signes qui accompagnent la parole de Philippe et alors, ils croient en Jésus. Ils seront en mesure de recevoir l'Esprit Saint qui viendra leur donner sa lumière, sa force, sa confiance, et l'intelligence des Écritures.
Le premier signe de la présence du Paraclet dans le monde sera donc la connaissance de Jésus ressuscité. Au moyen de signes comme la générosité et l'affection de ceux et celles qui croient, leur engagement social, la qualité de leur présence et de leur action bénévole, des hommes et des femmes pourront discerner la présence de Jésus ressuscité, vivant au milieu de nous.
La deuxième condition de sa venue, c'est la fidélité à l'évangile et aux commandements. Jésus le dit aujourd'hui: Si vous m'aimez, vous resterez fidèles à mes commandements. Cette fidélité est aussi une condition à la venue du Paraclet. C'est parce que les Samaritains ont bien accueilli la Parole du diacre Philippe que Pierre et Jean ont pu leur imposer les mains et leur transmettre l'Esprit. Pierre va plus loin dans sa lettre. Il engage ses correspondants à la fidélité totale au Christ Jésus. Celui qui veut recevoir le Consolateur, l'Ami, le Confident, le Défenseur, doit d'abord connaître et aimer Jésus, en suivant ses commandements.
Enfin, la troisième condition est la prière. C'est la parole que Jésus nous adresse ce matin: Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Paraclet qui sera pour toujours avec vous.
Ainsi, pour obtenir l'accompagnement, la lumière et le réconfort de l'Esprit de Dieu, il faut d'abord prier. Nous voyons que Jésus lui-même a beaucoup prié. Mais il insiste aussi sur notre prière à nous. Par exemple, en saint Luc (11, 1-13), Jésus insiste sur la persévérance dans la prière. Et il explique: Quel père parmi vous donnerait un serpent à son fils qui lui demande un poisson? ou un scorpion quand il demande un oeuf? Alors, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent!
En somme, à l'approche de la Pentecôte, il faut prier comme Jésus nous l'a demandé, pour que l'Église dans son ensemble reçoive l'Esprit Saint.
Voilà des conditions à remplir pour qu'il vienne: il faut bien connaître Jésus, obéir à ses commandements, et peut-être la chose la plus difficile pour les gens occupés que nous sommes: prier beaucoup. Il faudra, durant les deux semaines qui nous préparent à la Pentecôte, trouver le temps de prier.
Inutile de nous demander pourquoi il en est ainsi: on ne discute pas les dispositions du Créateur. Mais on peut en découvrir les conséquences. Pour la prochaine Pentecôte, l'Église et chacun de nous recevrons l'Esprit à la condition de le demander les uns pour les autres. La prière des baptisés est indispensable à la vitalité de l'Église. On comprend pourquoi les apôtres ont donné une telle place à la prière dans leur travail d'évangélisation. On comprend aussi pourquoi l'Église a toujours encouragé la vie des contemplatifs, hommes et femmes, qui obtiennent, par la prière, la force et la lumière de l'Esprit Saint pour l'ensemble des croyants.
Cette prière d'intercession est donc, avec l'annonce de la Parole de Dieu, la fonction essentielle et fondamentale de l'Église. Sans la prière et sans l'annonce de la Parole, le monde serait privé du don de l'Esprit. On comprend alors la promesse de Jésus, tout à l'heure, à la fin de l'évangile; il faut garder bien vivant ce lien explicite avec Dieu: Celui qui m'aime sera aimé de mon Père; moi aussi je l'aimerai et je me manifesterai à lui.
Durant ces deux semaines de préparation, nous prierons les uns pour les autres, afin que le Seigneur se fasse mieux connaître; qu'il donne à tous et à toutes le courage et la fidélité; enfin, qu'il répande en abondance, dans notre monde, son Esprit qui renouvelle la face de la terre.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 14, 15-21
Chers soeurs et frères dans la foi,