Le premier dimanche de l'avent A,
2 décembre 2007,
( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)
Chers soeurs et frères dans la foi, Vous êtes-vous déjà trouvés, un soir d'orage, sur une route incertaine? Lorsque la nuit est noire, et que la visibilité est presque nulle, il suffit d'un éclair sur le paysage pour nous sentir rassurés, ne serait-ce que d'avoir vu où nous allons. De la même manière, quand notre coeur est inquiet face à une décision difficile, comme il est bon de trouver la lumière dans la nuit!
Dans les lectures de ce matin, il est question de sommeil et de lumière. Le Seigneur vient nous tirer du sommeil de la nuit pour nous conduire à la lumière. Au milieu de notre nuit, il se passe quelque chose d'important, un événement que personne ne semble avoir prévu. Le Seigneur vient.
Saint Paul écrit ce matin: C'est le moment, l'heure est venue de sortir de votre sommeil... La nuit est bientôt finie, le jour est tout proche... C'est le premier dimanche de l'Avent.
Dans l'Évangile, Jésus nous dit: Veillez donc... Si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n'aurait pas laissé percer sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi: c'est à l'heure où vous n'y penserez pas que le Fils de l'homme viendra. Le Seigneur vient.
Et pour nous dire l'importance de ce message, Jésus nous donne quatre exemples où des gens ne semblent se douter de rien. Pourtant, il se passe quelque chose de la plus haute importance.
Nous lisons l'histoire de Noé dans les premières pages de la Bible, au sixième chapitre. Un événement extraordinaire est sur le point de bouleverser toute l'humanité, et personne ne semble s'en douter sauf un homme: Noé. Dans le monde qui l'entoure, les hommes et les femmes se marient, ils mangent et boivent comme si rien ne pouvait troubler leur existence. Il n'y a que Noé qui se monte un bateau en pleine campagne. D'ailleurs, comme il est très âgé, les gens s'amusent sans doute, à le regarder faire. Jésus explique, dans l'Évangile: Les gens ne se sont doutés de rien, jusqu'au déluge qui les a tous engloutis: tel sera aussi l'avènement du Fils de l'homme.
Deux hommes seront aux champs à faire un travail sans doute bien ordinaire, en pleine nature: l'un est pris, l'autre laissé.
Deux femmes seront au moulin. On peut retrouver aujourd'hui de ces petites meules orientales formées de deux pierres posées l'une sur l'autre, et dont l'une est munie d'une poignée que deux femmes se passent de l'une à l'autre en faisant tourner la pierre. Elles s'assoient tout simplement sur le sol, l'une en face de l'autre, et font tourner la pierre sur le froment jusqu'à ce qu'il y ait assez de farine pour préparer un ou deux repas. C'était, au temps de Jésus, une tâche très quotidienne, très habituelle. Et là encore, nous dit-il, l'une sera prise, l'autre laissée.
Mais quel est l'événement qui doit se produire pour nous? Pourquoi cette insistance de Jésus à nous réveiller et à nous conduire vers la lumière? C'est le premier dimanche de l'Avent.
Si nous regardons vivre les gens autour de nous, nous pouvons nous demander: Qu'est-ce qui les préoccupe le plus? Beaucoup semblent s'installer dans le monde qui passe, en recherchant la sécurité matérielle. Cette sécurité et ce confort matériels procurent un certain sentiment de bien-être. Pourtant, nous savons tous que le monde passe. Même dans notre abondance nord-américaine, rien n'est plus fragile que la vie présente. Nous sommes sensibles, confusément du moins, à des besoins beaucoup plus profonds qui nous habitent.
Et malgré cela, nous continuons à travailler fort pour acquérir des choses matérielles, même en sachant très bien qu'elles sont passagères: elles pourrissent, elles rouillent, elles vieillissent. À la limite, elles peuvent même se retourner contre nous.
Jésus nous invite à nous réveiller. Il nous invite à mettre en doute la confiance aveugle que nous mettons souvent dans la sécurité matérielle. Il nous demande d'ouvrir les yeux, de voir plus loin que nos possessions et nos succès passagers. Il nous demande de nous ouvrir à la lumière, de tendre vers un but, d'être vigilants.
Chrétiennes et chrétiens attentifs voient les signes qui annoncent la fin de ce monde. Ils voient en plus les signes d'un monde nouveau qui vient. Et comme Noé, ils se préparent au déluge pendant qu'autour d'eux, des hommes et des femmes vivent dans l'oubli du monde nouveau qui se prépare. C'est le message de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui.
Les signes du Royaume sont terriblement clairs. Un monde est en train de disparaître. La succession implacable des guerres et des autres désastres, le fossé toujours plus profond entre les riches et les pauvres, les taux d'actes criminels, tout cela convainc les chrétiens d'aujourd'hui que ce monde d'injustice, de souffrance et de péché n'est que temporaire. Un autre monde grandit: le règne de Dieu s'établit dans la vérité, la justice et l'amour. Et il importe de s'en rende compte aujourd'hui et de s'y engager pleinement.
Chrétiennes et chrétiens ne sont pas exempts des tensions de cette vie. Mais ils refusent de démissionner. Ils refusent de céder à la crainte et à l'anxiété. Ils savent que Dieu les aime, ils savent vivre dans l'espérance. Ils continuent de travailler, parce qu'au-delà de tout désastre, ils voient la lumière du Royaume promis. Et alors le mal, au lieu de les écraser, les tient en éveil, attentifs au règne qui vient. Ils trouvent la sécurité dans l'assurance d'une victoire finale, parce que Dieu est présent, que le Christ est déjà venu et qu'il reviendra sûrement. Nous sommes les serviteurs fidèles qui attendons le retour du Maître, dans la confiance et dans l'espérance.
Quelle que soit leur situation, tout homme, toute femme, malgré la faute, nous apparaissent comme des enfants de Dieu, héritiers avec nous de la vie sans limites ni frontières. La joie et l'optimisme chrétiens ne sont qu'un reflet de la patience et de l'amour de Dieu pour chacune de ses créatures.
Nous sommes donc invités aujourd'hui à nous réveiller et à vivre dans la lumière. Nous suivons le Christ, notre guide. Notre loi, c'est le commandement nouveau d'aimer comme Dieu nous aime. Notre but, c'est le règne de Dieu déjà commencé sur terre, et qui grandit chaque jour pour atteindre sa perfection à la fin des temps.
D'ici Noël, soyons attentifs au Seigneur qui vient au milieu de nous pour nous transformer et pour tout renouveler selon la plénitude de ses projets.
Bernard Lafrenière,
c.s.c.
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 24, 37-44
Voir version brève avec Évangile