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Le dimanche de la Pentecôte A

11 mai 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 20, 19-23

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Saint Jean situe la venue de l'Esprit Saint le soir de Pâques. Après les événements bouleversants des derniers jours, où Jésus a été arrêté, soumis à la moquerie des soldats, condamné et crucifié, puis relevé par Dieu, ses disciples sont encore sous le choc. Ils ont eu la peur de leur vie: à l'époque, si on condamnait un chef de rébellion, ses disciples devaient mourir avec lui. Ainsi, à la tombée de la première nuit, ils ont trouvé refuge ensemble derrière leurs portes closes, solides, soigneusement verrouillées. Le Souffle puissant du Créateur est sur le point de faire irruption dans le monde.

Mais la menace qui plane sur les disciples n'a rien à voir avec les événements qui ont entouré la venue de Dieu au Sinaï. Vous vous souvenez que, lors de l'apparition à Moïse, “la fumée montait comme d'une fournaise et toute la montagne tremblait violemment” (Exode 19, 24).

Dans l'évangile de saint Jean, tout est calme. Sans prévenir, Jésus est là. Maintenant glorifié, il se fait présent là et quand il le veut, en marchant comme il l'a déjà fait sur la tempête (Marc 6, 47-50). D'une seule Parole, il rassure d'abord les disciples: “La paix soit avec vous.” Et la paix se fait à l'instant, comme le calme au milieu de la bourrasque sur le lac (Marc 4, 39).

Une fois la peur disparue, Jésus se fait mieux reconnaître. “Il leur montra ses mains et son côté.” Le Messie souffrant, annoncé par le prophète Isaïe (42-53), c'est lui. Le Messie humilié, rejeté et broyé par les hommes, c'est ce même Jésus qu'ils ont intimement connu et aimé, lui qui donne maintenant la vie en abondance, depuis que Dieu l'a relevé, puis glorifié.

C'est la deuxième étape du récit, en saint Jean: “Les disciples furent remplis de joie” dans la foi. Jésus l'avait annoncé: “pour que ma joie soit en vous, et que vous soyez comblés de joie” (Jean 15, 11). Mais il ne faut pas s'arrêter là. Il leur dit encore une fois: “La paix soit avec vous! De même que le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie.”

Il les envoie en mission, et la mission qu'il leur confie prolonge la fonction de jugement donnée au Fils par le Père (5, 22) en vue de la rémission des péchés. Il répand son souffle sur les disciples en leur disant: “Recevez l'Esprit Saint! À ceux à qui vous remettez les péchés, ils seront remis; à ceux à qui vous les retenez, ils seront retenus.” Rappelons-nous que le passif sert ici à désigner une action de Dieu, en évitant de prononcer son Nom. En plus, la reprise d'une affirmation à la forme négative était, à l'époque, une formule d'insistance. Ce pouvoir de pardonner est bien réel!

Nous observons en passant que le texte reflète aussi une pratique d'exclusion selon les fautes commises, dans la communauté où écrit saint Jean. Nous en avons quelques traces dans ses épîtres. Retenons que le rôle de jugement, confié à Jésus, est au coeur de la mission transmise aujourd'hui aux disciples: celle d'assurer la rémisssion des péchés.

Mais qui est l'Esprit Saint, qui nous donnera ce pardon? En saint Jean, il est d'abord un professeur, un enseignant, celui qui nous fait comprendre ce que Jésus a dit, quelqu'un, en somme, qui nous conduit vers la vérité tout entière. L'Esprit, pour saint Jean, est d'abord un Maître de vérité.

Depuis deux semaines, le même saint Jean parle aussi du Défenseur que Jésus enverra après avoir prié le Père. Vous vous souvenez peut-être que dans les traductions, autrefois, on parlait souvent du Paraclet: “Je prierai le Père et il vous enverra un autre Paraclet” (Jean 14, 15). Un Paraclet!

C'est un mot difficile à traduire, sur lequel on hésite dans toutes les langues. C'est comme s'il n'existait pas de mot capable d'englober tout le sens du mot Paraclet. Notre lectionnaire français parle d'un Défenseur. On explique en note que le mot Paraclet est un terme juridique, un mot qui désigne l'avocat de la défense, celui qui donne la réplique à un accusateur. C'est pourquoi les Anglais traduisent le Paraclet par Advocate, un avocat.

En fait, Paraclet vient de deux mots grecs: Para-klètos. Para veut dire à côté, et klètos vient du verbe kaleô, qui veut dire appeler, comme en anglais to call: appelé pour être près de nous. Advocatus, pour les gens qui ont fait du latin, appelé comme celui à qui on peut faire confiance, à qui on peut confier ses secrets, car il sera toujours auprès de nous, de notre côté.

Le lectionnaire latino-américain parle d'un Intercesseur, et cela aussi s'explique. L'intercesseur est celui qui parle en notre nom, en notre faveur. Le lectionnaire italien, de son côté, traduit par un Consolateur. Cela aussi est très beau et décrit bien le rôle de l'Esprit qui nous est donné aujourd'hui.

Les Allemands catholiques parlent d'un Assistant, de quelqu'un qui est toujours auprès de nous, et prêt à nous aider. Cela aussi, c'est le rôle de l'Esprit de Dieu. Les Allemands luthériens emploient le même mot que les Italiens, un Consolateur. En somme, c'est comme s'il n'y avait aucun mot assez ample et assez vaste, en chacune de nos langues, pour décrire tout le rôle de l'Esprit qui nous est donné en ce jour de la Pentecôte.

Le récit des Actes des Apôtres, dans la première lecture d'aujourd'hui, nous aide encore à mieux comprendre qui est l'Esprit de Dieu: il est la lumière qui nous éclaire, la force qui affermit en nous l'intelligence et le courage face à tous les obstacles.

Les apôtres qui avaient peur deviennent soudain forts et courageux. Ils ouvrent toutes grandes leurs portes et rassemblent la foule. Eux qui étaient lents à croire, hésitants et craintifs, ils sont maintenant pleins d'intelligence et de courage. Ils parlent avec assurance et conviction au point que tout le monde en est surpris. Il se trouve même des gens pour ajouter que les disciples ont bu un peu trop de vin, et qu'ils ne savent plus ce qu'ils font.

Mais le miracle, déjà saisissant, dépasse les bornes. Non seulement les apôtres parlent sans crainte à la foule, mais voilà qu'ils s'expriment en diverses langues: en égyptien pour les Égyptiens, en grec pour les Grecs, en élamite, en mésopotamien, en arabe, en crétois... Tout le monde s'étonne.

Non seulement les apôtres n'ont plus peur de rien, mais tout est clair dans leur esprit. Le Paraclet, appelé auprès d'eux, les réconforte et les éclaire. Le Souffle de l'Esprit leur donne un amour plus fort que tout, de sorte que leur sécurité personnelle n'a plus aucune importance. Dieu a fait naître en eux un amour plus fort et plus grand que le monde.

C'est ce que nous pouvons demander aujourd'hui pour nous, pour notre Église et pour notre monde: un courage qui nous fait dépasser nos limites, une intelligence qui nous fait bien voir les merveilles de Dieu, et enfin un amour plus grand que tout, qui transformera notre vie

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 15:46 hrs. le 10 novembre 2007 par JL.