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La Fête du Saint-Sacrement A

25 mai 2008,


Évangile de Jésus Christ selon saint Jean 6, 51-58

( le texte de l'évangile ci-haut est disponible à la version brève en cliquant ici)




 

 


“ Chers soeurs et frères dans la foi, ”

Ce n'est pas la première fois que nous participons à la messe et que nous avons l'intention de communier. Mais il faut bien avouer que nous sommes parfois distraits malgré nos efforts. C'est peut-être un peu pour cette raison que l'Église nous propose aujourd'hui la fête du Saint-Sacrement.

Elle nous donne l'occasion de réfléchir sur la communion au Corps et au Sang du Christ. Elle veut nous préparer à communier avec une vérité toujours plus grande.

À première vue, les déclarations de Jésus sont fracassantes. C'est le moins qu'on puisse dire! Elles provoquent d'ailleurs dans la foule une réaction d'étonnement outré. Jésus déclare: “Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel: si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie.” La réaction des Juifs qui l'écoutent ne se fait pas attendre: “Comment cet homme-là peut-il nous donner sa chair à manger?”

Il semble que, pour les gens du temps de Jésus comme pour beaucoup de nos contemporains, la proposition de Jésus de nous donner sa chair à manger est vraiment inconcevable. Qui peut la supporter? Si une personne de votre entourage vous offrait, ce matin, sa chair à manger, alors vous lui diriez sans hésiter que ça ne va pas, ou qu'elle a besoin de repos... C'est ce que les gens ont répondu à Jésus devant son discours d'aujourd'hui.

Mais avant d'accepter ou de refuser un tel message, prenons le temps de le méditer un peu ensemble, en nous aidant des lectures d'aujourd'hui. Dans la première lecture, tirée du Deutéronome, nous venons d'entendre parler du séjour d'Israël au désert du Sinaï. Le peuple de Dieu vient de quitter l'esclavage d'Égypte. Il passera maintenant de très longues années dans le désert. De cette expérience pénible, l'auteur du livre du Deutéronome tire quelques enseignements essentiels. Il aide le peuple des croyants à comprendre ce que le Seigneur son Dieu a voulu lui dire tout au long de cet interminable séjour au désert du Sinaï. C'est en quelque sorte une leçon en images qui nous est proposée aujourd'hui.

Yahvé a mené son peuple au désert. Il l'a fait errer durant quarante ans. Le Peuple de Dieu a été humilié, il a eu faim et soif, il a été menacé par des scorpions et des serpents à la morsure brûlante. Selon l'auteur du Deutéronome, le but de cette épreuve était que la fidélité du peuple de Dieu soit enracinée fermement en lui. C'est à travers cette longue épreuve du désert que le peuple comprendra enfin que “l'homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui vient de la bouche du Seigneur.” (Deutéronome 8, 3)

L'homme ne vit pas seulement de pain. D'ailleurs, au désert, le pain lui-même vient de Dieu: c'est la manne qui tombe du ciel chaque matin. Le breuvage vient aussi de Dieu: c'est l'eau qui jaillit du rocher. Ainsi le peuple aura conscience d'entrer dans la terre promise non pas seulement par ses propres moyens, mais de façon très visible, par la puissance de Dieu.

Et il en sera ainsi de génération en génération, jusqu'au bout de son histoire. Le peuple des croyants saura pour toujours que Dieu seul l'a fait sortir du pays d'Égypte. Dieu seul le protège du danger. Dieu seul le désaltère avec l'eau du rocher. Dieu seul le nourrit avec la manne qui vient du ciel. Si le peuple réussit à subsister dans le désert, s'il peut ensuite entrer dans la terre promise, ce sera grâce à la nourriture que Dieu lui envoie.

Voilà donc l'enseignement auquel l'Évangile se greffe aujourd'hui. D'ailleurs, le Lectionnaire introduit le texte par ces mots: “Après avoir nourri la foule avec cinq pains et deux poissons... ” C'est dire en résumé le miracle de Jésus que nous connaissons bien. Une foule immense le suit, elle a faim et Jésus la nourrit avec seulement cinq pains d'orge et deux poisons. Comment rapprocher ce récit de celui de l'Ancien Testament?

D'abord les gens qui ont suivi Jésus sont un peu comme les Hébreux au désert du Sinaï. Lorsqu'ils ont faim, Jésus pose le même geste que le Tout-Puissant au désert: il leur donne lui-même à manger.

Ainsi la multiplication des pains est l'accomplissement d'un souvenir enraciné au coeur de la tradition juive. De même que les Hébreux dans le désert ont eu la vie sauve uniquement par la protection du Dieu vivant, de la même manière les gens qui entourent Jésus trouveront de la nourriture grâce à lui. De la même manière également, nous-mêmes, aujourd'hui, nous ne pourrons vivre et entrer dans la vie éternelle que par la nourriture que le Seigneur nous donnera.

Jésus dit en effet aux Juifs: Le pain descendu du ciel “n'est pas comme celui que vos pères ont mangé. Eux, ils sont morts; celui qui mange ce pain vivra éternellement... ” En effet, s'ils ont échappé aux dangers du désert grâce à la manne, leur avenir a quand même été limité à la terre promise, après quoi, ils sont morts. Quant à nous, notre désert, c'est le monde où nous vivons, avec les “serpents brûlants” des difficultés actuelles... la faim d'affection... la soif de la justice... Aujourd'hui encore nous avons faim et soif d'une foule de choses dont les plus importantes sont souvent les moins visibles. Si nous refusons aujourd'hui la nourriture que le Seigneur nous offre, alors nous sommes voués à la mort, tout comme les Hébreux qui auraient refusé de recevoir la manne venue du ciel.

Jésus ajoute: “Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.” En recevant ce pain qui est le Corps du Christ ressuscité, le croyant n'est plus seul. Il a la vie de Jésus en lui. La mort devient inopérante pour nous comme elle l'est aujourd'hui pour Jésus, selon le mot de saint Paul: “Le Christ ressuscité ne meurt plus.”

C'est la parole de Jésus: “Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi je demeure en lui.” Et pour se faire bien comprendre, Jésus ajoute: “De même... que moi je vis par le Père, de même aussi celui qui me mangera vivra par moi.”

Le pain vivant n'est donc pas uniquement un symbole. Ce n'est pas seulement un signe qui nous parlerait de Jésus et de son action. Jésus se donne réellement à nous et, désormais, la mort devient inopérante à cause du Christ qui vit en nous par l'Eucharistie, le Christ ressuscité des morts qui ne meurt plus, et sur qui la mort n'a plus aucun pouvoir.

Dans un moment, nous recevrons encore une fois le Corps du Christ ressuscité. Efforçons-nous de le faire avec toute l'attention dont nous sommes capables. Ce Jésus que nous recevrons dans un moment, il nous donne, dès aujourd'hui, une vie qui ne finira jamais.

Bernard Lafrenière, c.s.c.


 

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 Voir version brève avec Évangile

Dernière mise à jour à 15:52 hrs. le 10 novembre 2007 par JL.