Le treizième dimanche ordinaireA
le 29 juin 2008
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 10, 37-42
Jésus disait aux douze Apôtres:
37 Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi
n'est pas digne de moi;
celui qui aime son fils ou sa fille plus que moi
n'est pas digne de moi;
38 celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas
n'est pas digne de moi.
39 Qui veut garder sa vie pour soi
la perdra;
qui perdra sa vie à cause de moi
la gardera.
40 Qui vous accueille
m'accueille;
et qui m'accueille
accueille Celui qui m'a envoyé.
41 Qui accueille un prophète en sa qualité de prophète
recevra une récompense de prophète;
qui accueille un homme juste en sa qualité d'homme juste
recevra une récompense d'homme juste.
42 Et celui qui donnera à boire, même un simple verre d'eau fraîche,
à l'un de ces petits en sa qualité de disciple,
amen, je vous le dis: il ne perdra pas sa récompense.
Chers soeurs et frères dans la foi,
Celui qui ne prend pas sa croix...
Jésus termine aujourd'hui son discours apostolique.(1) Il a choisi et désigné douze apôtres, en leur donnant des directives et des pouvoirs. Puis il précise leur vocation propre. Dans l'esprit du rédacteur, cette vocation n'est pas universelle; en faire inconsciemment l'application à l'ensemble des baptisés ferait perdre en vérité ce que le texte gagnerait en étendue.
Jésus envoie d'abord les Douze aux brebis perdues de la maison(2) d'Israël. N'allez pas chez les païens (ethnoi: les nations, les non-juifs). Il poursuit en exigeant leur attachement absolu. Les yeux fixés sur lui, ils marcheront avec lui jusqu'à la mort, vers l'anéantissement total de la croix.
Les trois premières directives pourraient s'adresser à tous. Le Christ réclame la première place au coeur des apôtres. Lui préférer son père ou sa mère, son fils ou sa fille, rend indigne de lui. Les Douze devront donc aimer le Seigneur et le servir en priorité, quitte à reléguer au second plan ceux et celles envers qui ils ont pris des engagements et contracté des devoirs précis.
L'apôtre devra non seulement préférer le Christ aux membres de sa famille, mais à sa propre vie. Sa mission passera avant tous ses projets les plus nobles et les plus généreux: il sacrifiera au Christ son indépendance et se laissera conduire par lui. Enfin, le Christ ressuscité construira avec lui un projet qui bousculera, au besoin, les lenteurs comme les impatiences de l'apôtre.
En une progression évidente, Jésus atteint alors au plus intime ceux qui auront la charge d'annoncer le Royaume: c'est à une véritable crucifixion qu'il convie les Douze. Pour qu'il n'y ait aucune fuite possible, et comme pour justifier une telle intransigeance, il ajoute: Qui veut garder sa vie pour soi la perdra; qui perdra sa vie à cause de moi la gardera.
Tout apôtre qui n'aura pas entièrement perdu sa vie pour le Christ devient incapable d'annoncer le Royaume. S'il ne marche pas vers la mort comme le Christ et avec lui, s'il n'est pas totalement l'homme de Dieu dans tous ses gestes, même les plus quotidiens et les plus ordinaires, alors il n'est pas digne d'accomplir l'oeuvre du Messie en son nom.
(1) Tout le dixième chapitre, où saint Matthieu reconstitue un discours de Jésus aux douze apôtres, avant leur départ en mission.
(2) Le mot oikia, maison, désigne aussi la famille: parents, enfants, serviteurs et servantes. En latin, familia désignait en premier lieu les esclaves.
Bernard Lafrenière, c.s.c.
Dernière mise à jour à 11:53 hrs. le 7 novembre 2007 par JL.