Le vingt-quatrième dimanche ordinaireA
le 14 septembre 2008
Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 18, 21-35
Seigneur, quand mon frère commettra
des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner?
Jusqu'à sept fois?
22 Jésus lui répondit:
Je ne te dis pas jusqu'à sept fois,
mais jusqu'à soixante-dix fois sept fois.
23 En effet, le Royaume des cieux est comparable
à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
24 Il commençait,
quand on lui amena quelqu'un
qui lui devait dix mille talents,
(c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent).
25 Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser,
le maitre ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
en remboursement de sa dette.
26 Alors, tombant à ses pieds,
le serviteur demeurait prosterné et disait:
Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.
27 Saisi de pitié, le maître de ce serviteur
le laissa partir et lui remit sa dette.
28 Mais, en sortant, le serviteur trouva un de ses compagnons
qui lui devait cent pièces d'argent.
Il se jeta sur lui pour l'étrangler, en disant:
Rembourse ta dette!
29 Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait:
Prends patience envers moi,
et je te rembourserai.
30 Mais l'autre refusa
et le fit jeter en prison jusqu'à ce qu'il ait remboursé.
31 Ses compagnons, en voyant cela,
furent profondément attristés
et allèrent tout raconter à leur maître.
32 Alors celui-ci le fit appeler et lui dit:
Serviteur mauvais!
je t'avais remis toute cette dette
parce que tu m'avais supplié.
33 Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j'avais eu pitié de toi?
34 Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
jusqu'à ce qu'il eût tout remboursé.
35 C'est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
de tout son cur.
Chers soeurs et frères dans la foi,
Le pouvoir du pardon
D'instinct, notre nature réagit face à l'énormité d'une offense: Il y a toujours bien des limites! Il y a une stratégie à prendre pour que cela ne se reproduise plus! Faut-il donc contrôler les autres, les dominer, ou du moins les exclure de nos vies et de nos rayons d'action?
Dans ce contexte, la parabole d'aujourd'hui est fascinante, car l'approche de Jésus est radicalement opposée à nos instincts, et le moins qu'on puisse dire aujourd'hui est que le Maître ne lésine pas sur les chiffres! (1)
Un peu avant notre texte, il a parlé de l'unité de son Église, qui doit être pour toujours le signe de sa présence. Aujourd'hui il poursuit son enseignement sur cette unité et sur les moyens de la sauvegarder. Il a parlé de la brebis égarée. Il disait dimanche dernier: Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul... S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère.
Mais comment amener un frère, une soeur, une épouse, un fils au regret? La question de Pierre semble fondée sur une longue expérience de la vie: le pardon gratuit est vu comme un signe de démission et de faiblesse, alors que la ligne dure est celle des vainqueurs et des conquérants. Si la domination est la mesure de nos succès, alors il est possible que des représailles justes et qu'une force de frappe musclée soient nos meilleurs alliés... Du moins à courte vue... Mais Jésus regarde plus loin.
Par exemple, si Joseph s'était vengé de ses frères (Genèse 45), les blessures qu'il avait subies et celles que ses frères s'étaient infligées à eux-mêmes seraient-elles disparues? Auraient-ils passé le reste de leur vie dans l'amertume? Il est clair que le pardon était de loin, pour tous, la meilleure voie de guérison.
La Loi nouvelle qui exige le pardon est enracinée dans le projet initial du Créateur. Il ne nous demande rien de moins que d'être parfaits comme lui. Et de ce point de vue, nous sommes dans la position du serviteur incapable de rembourser sa dette. Il faut en être conscients au moment de régler nos comptes avec les autres. Car Dieu est partie prenante au-delà des personnes que nous côtoyons. Il faut nous pardonner entre nous puisque c'est vers lui que nous marchons ensemble, jour après jour.
(1) Si le denier représente le salaire d'une journée (Matthieu 20, 2), 60 millions de deniers valent 60 millions de fois huit heures par jour au salaire minimum actuel de 6,45 $. Cela fait 3 milliards 96 millions. C'est une dette nationale que le maître de la parabole a rayée d'un trait de plume! (1, 17)
Bernard Lafrenière, c.s.c.
Dernière mise à jour à 10:32 hrs. le 9 novembre 2007 par JL.