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Conférence au Congrès 2005 de l’AQHSST à St-Hyacinthe

Avoir du pif! La détection de moisissure dans les bâtiments par un chien renifleur certifé « mold dog ».  
Anne O’Donnell, M.Sc., C.I.H.
HSST Conseils Inc., Montréal (Qc)

Depuis plusieurs décennies, les chiens renifleurs sont utilisés pour la détection des  bombes, drogues, armes et accélérants. Récemment, les chiens ont été utilisés pour identifier la présence de cancers et même les crises d’épilepsie chez les patients. Depuis environ dix-huit ans, les Suédois utilisent les chiens pour la détection des moisissures aux endroits cachés dans les immeubles. Il y a quatre ans, les Américains ont débuté l’entraînement des chiens pour la détection des moisissures. Maintenant, il y a plus d’une trentaine de ces bêtes qui participent à la détection. Au Québec, le premier chien renifleur est arrivé en septembre 2004. Cet article a pour objectif de présenter la méthodologie favorisant le développement d’un chien renifleur certifié et des résultats d’études de cas de six interventions.

INTRODUCTION

Les occupants d’immeuble peuvent ressentir des symptômes d’asthme, d’irritation aux voies respiratoires et aux yeux, rhinites, sinusites et enflures, sans connaître la cause.  Il est possible que la cause des malaises soit une exposition aux moisissures dont la présence est cachée. Le chien renifleur est utile pour la détection des moisissures invisibles et présentes sous les planchers et derrière les murs.

Le détecteur canin doit être dressé par un professionnel en utilisant les mêmes méthodes pour la détection des bombes, drogues et accélérants.  Donc, la certification annuelle et des tests de contrôle de qualité trimestrielle sont des éléments importants pour assurer et maintenir l’efficacité de détection d’olfaction du chien.  L’entraînement du chien se fait quotidiennement pendant le dîner où le chien doit trouver les petits échantillons de moisissure que le meneur du chien a cachés.  Associée à la détection des moisissures se trouve la nourriture et donc la survie du chien renifleur. Ces échantillons munis des différentes espèces sur des morceaux de matériaux de construction, sont préparés par un mycologue.

Le chien doit être accompagné par un meneur de chien et un hygiéniste industriel. Avec l’aide du propriétaire et des occupants du bâtiment, l’hygiéniste industriel doit identifier les sources potentielles de moisissure. Le renifleur est ensuite amené aux endroits pouvant être affectés par la présence fongique.  S’il y a présence, le chien se couche au sol et ensuite pointe avec son museau l’endroit contaminé. Aux endroits où le chien indique la présence fongique,  des échantillons  analysés en laboratoire ou exploration visuelle doivent être obligatoirement effectués.

Le renifleur bien dressé pour la détection des moisissures peut aider à dépister les causes d’apparition des symptômes causés par la présence de moisissure non visible dans un bâtiment.   Cet outil réduit les dégâts permettant de localiser la présence fongique sans démolir inutilement. De plus, le chien détecteur oriente l’hygiéniste  industriel dans sa démarche de prélèvement et d’analyse.

MÉTHODOLOGIE

Les chiens ayant un potentiel de renifleur sont ceux dont le système d’olfaction est développé. D’abord, les races idéales sont les chiens de chasse qui dépendent de leur système d’olfaction pour attraper leur proie. Afin d’optimiser les aptitudes d’un chien renifleur pour les moisissures, le jeune chiot idéal doit présenter des caractéristiques d’animal enjoué, courageux (le premier à faire l’exploration à l’extérieur de la pouponnière) et la gourmandise. À l’âge de huit semaines, après l’adoption, le jeune chiot doit être exposé à différents types de  situation, environnement et personne, incluant les enfants, différentes races humaines, hommes et femmes. À l’âge d’environ 9 mois, le maître entraîneur décide de l’avenir du chien apte à devenir un chien renifleur. Le chien doit être entraîné par un professionnel et expérimenté avec les chiens renifleurs. La durée d’entraînement est de 1 000 heures environ. La formation du meneur doit être intégré  dans la formation du chien.  Le chien est entraîné avec les différentes espèces de moisissure introduite dans les matériaux de construction.  Les échantillons doivent contenir des blancs, par exemple du gypse n’ayant aucune contamination fongique mis en contenant et des échantillons munis de composés organiques volatiles. Le chien renifleur fonctionne avec une récompense de nourriture. Même que le chien dépend entièrement de la détection des moisissures pour sa survie et l’entraînement du chien se poursuit pendant la carrière de l’animal. Afin de maintenir la certification « mold dog », au trimestre, le chien renifleur subit des tests de contrôle de qualité. Parmi les cinq échantillons de produits de construction, les produits contaminés doivent être identifiés par le chien renifleur. Ces tests sont conformes au système légal des États-Unis pour le contrôle de qualité des chiens renifleurs pour la détection de drogues, bombes et accélérants.

Pendant l’évaluation d’un bâtiment, le manieur canin accompagné par un hygiéniste industriel émet l’ordre au chien de faire la recherche des moisissures. Le manieur doit interpréter les endroits et le comportement du chien et l’hygiéniste industriel doit identifier la source et l’ampleur de la présence fongique.  Aux endroits marqués par le chien, des échantillons doivent être prélevés et (ou) une évaluation visuelle à l’aide d’ouverture de plancher, mur ou plafond doit être effectuée. L’analyse des résultats du laboratoire et de l’ampleur de la présence fongique est suivie de recommandations de contrôle à la source et méthodes de décontamination.

RÉSULTATS

Cas 1 – École primaire – Présence des moisissures sur les charpentes en bois derrière le mur et tableau.

La  classe est située à l’étage supérieur de l’immeuble. Le bâtiment de deux étages a été  construit dans les années 1920.  Une section est ajoutée dans les années 1950.  Les mesures dans l’air indiquent des concentrations de moisissure ayant un aspect normal et semblable aux niveaux et espèces détectés à  l’extérieur. 

Le but du mandat est de répondre aux plaintes de maux de tête et d’irritation des voies respiratoires rapportées par les élèves et enseignantes. 

Le chien détecte la présence fongique derrière le mur situé en avant de la classe.  L’endroit est situé à la jonction des deux sections construites dans les années 1920 et 1950.  L’ouverture du mur démontre une décoloration blanchâtre des charpentes en bois indiquant la présence de moisissure.  Le bois est analysé à l’aide d’un microscope par un mycologue et par la suite, mis en culture. Les résultats démontrent la présence de diverses espèces communes au Québec, notamment le Cladosporium.

Cas 2 – Maison de ville : Détection fongique sous les fenêtres suite à un projet de décontamination.

Depuis le verglas en 1998, cette maison de deux étages, construite dans les années 1970, subit des infiltrations d’eau à travers la toiture et autour des fenêtres. Une compagnie d’assurance a fait enlever et remplacer la structure atteinte par l’eau. Cette maison est habitée par une famille formée des deux parents et de deux enfants âgés de 7 et 12 ans. La fille de sept ans souffre de troubles respiratoires depuis sa naissance, ce qui coïncide avec le verglas.

L’analyse a pour objectif de vérifier la présence des moisissures dans la résidence suite aux travaux de décontamination.

Le chien détecte des moisissures dans la chambre des parents sous les fenêtres. Une ouverture du mur démontre la présence de moisissure.  Une analyse de surface démontre notamment la présence d’aspergillus fumigatus. 

Cas 3 – Centre hospitalier : détection des moisissures à l’intérieur de murs suite à une inspection visuelle préliminaire.

Un projet de décontamination du centre hospitalier de onze étages utilise l’aspect visuel des moisissures afin d’identifier les structures à décontaminer et à reconstruire. Suite à l’analyse visuelle préliminaire et la démolition des endroits visiblement atteints par la présence fongique, le chien renifleur alerte la présence fongique sur quelques pans de murs de gypse restant. L’ouverture des murs indique la présence de moisissure provenant de l’infiltration d’eau du système de drainage du toit. D’autres endroits non visibles sont la partie inférieure de l’intérieur des murs adjacents aux salles des toilettes, des losanges à l’intérieur des murs probablement par l’entreposage des murs de gypse dans un endroit humide préalable à la construction et quelques bas des murs affectés par le nettoyage continuel des planchers.

Cas 4 - Maison unifamiliale : Détection dans les murs de la chambre à coucher. 

Cette maison est habitée par un couple. L’occupante de la maison souffre d’allergies aux moisissures. Cette maison a été affectée par la tempête du verglas en 1998, entraînant une infiltration d’eau à travers le toit. 

Le mandat obtenu consistait à identifier la présence fongique à des endroits invisibles à l’œil nu. Le chien détecte des moisissures à l’intérieur des murs de la chambre des maîtres.  Une analyse des spores prélevés dans l’air à l’intérieur du mur mitoyen démontre une détection d’environ    4 000 spores par mètre cube d’air  comparativement à 300 spores par mètre cube d’air (situation qualifiée de normal). Il s’agit surtout de Cladosporium et de Basidiospores.

Cas 5 – Une maison de ville :  Détection des moisissures dans un lit d’eau.

Cette maison est habitée par une patiente au lit dont la source du problème de santé n’est pas connue.  Comme la personne malade est principalement au lit, l’inspection est effectuée dans la chambre à coucher. Le chien détecte des moisissures dans le lit d’eau au niveau du bouchon. De plus, il y a détection dans le mur extérieur situé sous une fenêtre, un endroit souvent affecté par la présence d’eau après de grandes pluies.

Cas 6 - Un édifice à bureaux :  Détection des moisissures derrière les murs et planchers près des unités de chauffage par calorifère à eau chaude et unités de climatisation.

Ce bâtiment de quatre étages est un ancien couvent construit au début du siècle. Les occupants se plaignent de maux de tête et de troubles respiratoires. Le mandat consiste à effectuer une inspection pour la présence fongique.

L’alerte signalée par le chien renifleur nous dirige vers les planchers et murs adjacents aux calorifères. Des mesures d’humidité en surface indiquent que les planchers couverts de tapis et les murs de gypse sont humides. 

Dans un bureau fermé, une détection est signalée devant un classeur. La source et la présence d’eau à cet endroit ne sont pas évidentes. Un examen plus poussé démontre que l’eau provient du bureau voisin doté d’un climatiseur qui a déjà engendré des dégâts d’eau pendant la période estivale.  L’eau s’infiltrait sous le mur du bureau voisin.

DISCUSSION 

Les résultats démontrent que l’utilisation du chien renifleur permet de détecter la présence de moisissures à des endroits non visiblement affectés par la présence d’eau. Des exemples présentés dans ce présent rapport sont :

  • À l’intérieur d’un mur mitoyen faisant partie de la jonction entre une ancienne et plus récente section d’une école,

  • suite à un projet de décontamination, présence fongique sous une fenêtre derrière la laine minérale,

  • suite à une inspection visuelle préliminaire dans un projet de décontamination d’un centre hospitalier, détection de la présence fongique à l’intérieur des murs affectés par les fuites de tuyaux de drainage de la toiture, le bas des murs et le débordement des toilettes.

  • Dans la chambre des maîtres d’une maison unifamiliale, la présence fongique à l’intérieur d’un mur corroboré par des résultats des spores dans l’air à l’intérieur du mur.

  • Dans une maison de ville habitée par une personne malade, détection sur le lit d’eau et au mur inférieur à une fenêtre.

  • Dans un bureau exempt de présence d’eau visible, détection de moisissure sur un tapis affecté par un dégât d’eau provenant d’un système de climatisation situé dans un bureau voisin.

CONCLUSION

Le chien renifleur entraîné et certifié pour la détection de moisissure dirige  les intervenants vers les endroits où il y a présence de moisissure non visible. Suite à la découverte de présence fongique, une évaluation plus poussée comprenant une inspection visuelle ou des prélèvements dans l’air ou en surface est  recommandée. L’interprétation des gestes du chien et des résultats sont importantes afin de connaître l’ampleur et les méthodes de décontamination nécessaires.

RÉFÉRENCES

1) Bird, Sandra L., Using Canines in Source Detection of Indoor Air Pollutants. U.S. Environmental Protection Agency.  Ecological Research Division, Athens Georgia.

2) Wolfgang, L.,Ing. D., and Diederich, T. 2001.  “How to Find Hidden Microbial Growth with a Mold Dog.”   Présenté à la conférence Indoor Air 2001 pour l’ASHRAE: sous la rubrique: Indoor Air Quality and Moisture in Buildings.  American Society of Heating, Refrigerating and Air-Conditioning Engineers, Inc,. Atlanta, GA.


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